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Investissement dans l’IA
Un changement de paradigme ?
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Investissement dans l’IA
Un changement de paradigme ?
La fermeture du détroit d’Ormuz reste en vigueur en juin 2026, et les premières pénuries de produits pétroliers se font sentir en Asie. Le prix du pétrole évolue actuellement autour de 96 dollars le baril. Malgré cela, plusieurs marchés boursiers ont atteint des niveaux records ces dernières semaines, notamment aux États-Unis, en Corée du Sud et au Japon. Beaucoup d’investisseurs se demandent comment cela est possible alors que l’économie mondiale est hantée par le spectre de la stagflation.
On peut citer John Maynard Keynes, qui écrivait dans son œuvre majeure Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie que «les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable». L’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle (IA) est revenu en force chez les investisseurs depuis avril. Le manque de capacité dans les centres de données de l’IA pèse désormais plus lourd que les pénuries de produits pétroliers.
Il existe certainement des raisons pour lesquelles cette hausse boursière menée par le secteur technologique pourrait se poursuivre. La mise à disposition du modèle Claude Cowork du laboratoire IA Anthropic à l’ensemble de ses abonnés en avril a constitué un déclic important. Sa capacité à rationaliser les processus dans les entreprises et, par ricochet, à transformer en profondeur le monde du travail dans les années à venir, a surpris de nombreux dirigeants. Le successeur de Cowork, Mythos, est jugé si puissant par la direction d’Anthropic qu’il a été perçu comme un risque pour la sécurité globale, retardant ainsi sa mise à disposition.
La valorisation d’Anthropic sur le marché du capital-risque a dépassé les 900 milliards de dollars en mai, seulement cinq ans après la fondation de l’entreprise par d’anciens employés d’OpenAI, le développeur de ChatGPT. Une introduction en bourse à une valorisation supérieure à 1 000 milliards de dollars en 2026 pourrait couronner les efforts de Dario et Daniela Amodei, frère et sœur, co-fondateurs d’Anthropic.
On raconte que, pendant la ruée vers l’or californienne de 1848, les marchands de pioches et de pelles sont devenus riches tandis que les aventuriers partis chercher l’or se ruinaient dans la majorité des cas. Cette histoire fut souvent citée durant la bulle technologique des années 1990, qui avait vu les actions de sociétés comme Cisco ou Ericsson atteindre des valorisations stratosphériques avant leur chute inévitable à partir de mars 2000. Certains observent aujourd’hui une similarité avec cette période. Les quatre grandes plateformes de l’IA – Google, Microsoft, Amazon et Meta (maison mère de Facebook) –prévoient d’investir plus de 725 milliards de dollars dans leurs centres de données de l’IA rien qu’en 2026, après avoir déjà investi plus de 400 milliards de dollars en 2025. À cela s’ajoutent les investissements massifs dans les centres de données de l’IA en Chine par des entreprises comme Alibaba, Tencent ou Huawei.
Le retour sur cet investissement colossal reste toutefois incertain à ce stade. Les investisseurs privilégient actuellement les actions de Google et d’Amazon, peut-être parce que ces deux groupes détiennent des participations non négligeables dans Anthropic. Une chose est néanmoins certaine : les entreprises technologiques qui fournissent les composants physiques de cette révolution engrangent déjà des profits considérables. Nvidia, champion des microprocesseurs utilisés par les modèles de l’IA, reste l’entreprise la plus valorisée au monde avec une capitalisation boursière d’environ 5 000 milliards de dollars. Son action a progressé de 16 % depuis le 27 février, date de clôture précédant le début des hostilités au Moyen-Orient. L’action de Samsung, davantage connue pour ses smartphones que pour ses puces mémoire aujourd’hui extrêmement recherchées, a progressé de 39 % pendant la même période. Mais cela reste modeste comparé à l’opérateur de niche japonais Kioxia, dont le titre a bondi de 258 % depuis le 27 février.
La grande différence avec les années 1990 tient au fait que ces entreprises sont très rentables et que leurs valorisations, basées sur le ratio cours/bénéfice par action, restent bien inférieures aux excès observés il y a près de 30 ans. Mais si les investissements dans l’IA venaient à ralentir, les bénéfices de sociétés comme Nvidia ou Samsung pourraient chuter brutalement.
Frédéric Bastiat écrivait dans la deuxième édition de ses Harmonies économiques que «tout vient se résoudre dans le consommateur, car il représente l’humanité». En fin de compte, toute cette capacité de l’IA doit permettre de produire davantage de biens et de services à moindre coût pour le consommateur. Or, celui-ci continue de se serrer la ceinture, tandis que les prix des matières premières poursuivent leur envolée. Les centres de données de l’IA ont par ailleurs un appétit gigantesque pour l’électricité, ce qui contribue encore davantage à la hausse des prix pour les consommateurs. L’utilisation de l’IA pourrait temporairement accroître le chômage lorsque des humains seront remplacés par des algorithmes qui, eux, ne consomment «que» de l’électricité et de l’eau.
L’économie mondiale – comme les marchés boursiers – ne peut pas reposer durablement sur les seuls investissements dans l’IA. Pour justifier ces dépenses, cette technologie devra générer des gains de productivité largement supérieurs aux effets négatifs évoqués plus haut, et offrir ainsi un rendement sur investissement attractif à des entreprises comme Google ou Anthropic. Ce sera probablement le cas à long terme. Mais personne ne possède de boule de cristal permettant d’en déterminer le calendrier exact.
Le conseil de l’investisseur légendaire Howard Marks me paraît pertinent : il faut absolument garder une certaine exposition au thème de l’IA dans son portefeuille. Mais il ne faut pas devenir avide. Il peut être douloureux de conserver des dépôts bancaires ou des bons du Trésor à faible rendement lorsque certaines actions flambent. Pourtant, une allocation suffisante en liquidités offre à l’investisseur une optionnalité qui pourrait se révéler très utile dans le contexte actuel.
Note : Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement.
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