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Réunion contre la drogue à Rose-Hill
Deven Nagalingum hausse le ton : «Si bann zafer pa marse, mo pou al Cabinet»
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Réunion contre la drogue à Rose-Hill
Deven Nagalingum hausse le ton : «Si bann zafer pa marse, mo pou al Cabinet»
■ Le ministre Deven Nagalingum (à g.) et Mgr Jean Michaël Durhône ont tous deux rappelé que le combat contre la drogue nécessite l’engagement de tout le monde. © Beekash Roopun
La salle du conseil de la municipalité de Beau-Bassin–Rose-Hill affichait presque complet hier mercredi 27 mai pour la réunion initiée par le ministre de la Jeunesse et des sports, Deven Nagalingum autour du fléau de la drogue dans la circonscription n°19. Dans une atmosphère à la fois tendue, émotive et engagée, ONG, élus, policiers, travailleurs sociaux, habitants et acteurs de terrain ont multiplié les prises de parole pour dénoncer une situation devenue, selon plusieurs intervenants, «hors de contrôle».
Entre murmures dans la salle, échanges parfois vifs et regards lourds de fatigue, beaucoup étaient venus avec l’espoir que cette initiative ne soit pas «une réunion marketing» de plus, mais le point de départ d’actions concrètes contre la prolifération de la drogue synthétique qui fait des ravages à travers l’île.
Parmi les personnalités présentes figuraient plusieurs députés de la région, le nouveau maire Toussaint André, des représentants de la police, de la National Agency for Drug Control (NADC), ainsi que Mgr Jean Michaël Durhône, dont la présence a été saluée par le ministre. Des agents des forces de l’ordre étaient également présents dans la salle, certains prenant des notes pendant les interventions parfois très critiques à l’égard du système actuel.
Prenant la parole en ouverture, Deven Nagalingum a rappelé que la lutte contre la drogue est «un devoir collectif», car personne ne peut rester spectateur face à l’ampleur du problème. «Tout le monde est partie prenante. Ce combat dépasse la politique. Nous devons nous unir contre la prolifération de la drogue synthétique qui détruit nos familles et notre jeunesse», a-t-il déclaré, avant de remercier les ONG présentes et Mgr Durhône pour leur engagement sur le terrain.
Très vite, les débats se sont animés. La première à intervenir fut Maroussia Bouvéry, représentante du groupe Abaim. Son intervention, marquée par beaucoup d’émotion, a dépassé la seule question de la jeunesse pour remettre en cause l’état de la société mauricienne dans son ensemble. «La vraie question à se poser, c’est pourquoi la société est malade et pourquoi après 57 ans d’independace on en est là ? Qu’a fait notre société pour qu’on en soit là ? Surtout qu’ont fait les gouvernements depuis l’indépendance» a-t-elle lancé devant une salle attentive. Elle estime que le pays a échoué à protéger les plus vulnérables. Elle a dénoncé la pauvreté grandissante, le manque de solidarité et l’insécurité qui règne dans certains quartiers populaires. «Dimounn dan site nepli kapav sorti dan zot lakaz akoz ladrog», a-t-elle affirmé, provoquant plusieurs signes d’approbation dans l’assistance.
■ Maroussia Bouvéry du groupe Abaim.
Frustrations
Le représentant de l’ONG Drip, Danny Philippe, a lui aussi insisté sur la nécessité d’un plan de prévention «holistique et intégré», car la lutte contre la drogue ne peut se limiter aux arrestations. «Il faut aussi s’attaquer à la pauvreté. Dans certains quartiers, les jeunes rêvent d’une vie de luxe. Nepli ena zoke kouma lontan aster ki al vann ladrog pou gagn zot doz. Zot fer li pou gagn bann obze, gagn lakaz, gro loto», a-t-il regretté. Il a également dénoncé le manque de soutien accordé aux ONG de terrain. Il a révélé avoir reçu l’invitation pour la réunion seulement la veille de l’événement et a regretté l’absence de plusieurs autres associations pourtant actives dans le combat contre la drogue.
Le conseiller municipal et leader d’En Avant Moris, Patrick Belcourt, le prochain orateur, a été très critique envers l’inaction des autorités et exprimé la frustration des acteurs de terrain qui tentent d’aider les jeunes sans disposer des ressources nécessaires. «Mo espere pa enn renion marketing sa e ki vremem pou fer kitsoz ki bizin.» Il a expliqué que plusieurs athlètes et éducateurs accompagnent plus d’une centaine de jeunes dans la ville, mais doivent faire face à d’importantes difficultés administratives. Selon lui, certains groupes ne disposent même pas de salle pour leurs activités et peinent à obtenir des autorisations officielles pour permettre à des jeunes de représenter le pays à l’étranger.
■ Patrick Belcourt d’En Avant Moris.
Le député et junior minister au Tourisme, Sydney Pierre, est lui aussi revenu sur la nécessité de dépasser les clivages politiques. «Bizin met kouler politik enn kote. Si bizin trap lame Patrick Belcourt, mo pou fer li pourvi ki amenn solision.» Il a également invité la police à parler ouvertement des difficultés rencontrées sur le terrain, évoquant l’état de certains postes de police qui nécessiteraient, selon lui, des rénovations. La réunion s’est poursuivie avec d’autres interventions d’ONG et de représentants sociaux. Du côté de la NADC, l’accent a été mis sur l’engagement collectif nécessaire pour aboutir à des solutions durables et concrètes.
Face aux critiques et attentes exprimées, Deven Nagalingum a voulu rassurer l’assistance. Le ministre a insisté sur le fait qu’il ne souhaite pas que cette rencontre soit «une one-off». Dans une déclaration particulièrement marquante, il a raconté certaines scènes observées sur le terrain. «Ena plas kot ariv 8 h15 ou trouv dimounn pe atann pou pran ladrog. Letan mo lev mo telefonn mo sonn ADSU, tro tar. Zot fini pran zot kargezon zot ale. Nou tou kone kot sa mo panse lapolis osi kone kot sa non ?», a demandé le ministre.
Espoirs
Selon lui, il faut désormais des personnes engagées quotidiennement sur le terrain. «Si on veut vraiment voir des résultats, il faut oublier le côté politique et venir aider», a-t-il insisté, avant d’expliquer que son engagement est motivé par les nombreuses familles touchées directement par le fléau de la drogue. Il a annoncé qu’une nouvelle rencontre avec les différentes parties prenantes sera organisée afin d’établir un véritable plan de travail pour «attaquer le problème à la racine». «Mon ministère est présent pas uniquement à Rose-Hill», a-t-il rappelé.
Dans une autre déclaration forte, Deven Nagalingum a affirmé qu’il n’hésitera pas à saisir le Cabinet ministériel si certaines situations ne s’améliorent pas, notamment au niveau des opérations policières. «Si mo trouve bann zafer pa pe marse sirtou depi lapolis, mo pou al ver Cabinet ministériel», a-t-il déclaré, précisant qu’il ne s’agit pas d’une menace, mais d’une preuve de son engagement ferme contre la drogue.
Pour clore la réunion, Mgr Durhône a appelé chaque citoyen à prendre ses responsabilités. «Pa krwar pe fer li zis dan Rose-Hill me partou parski li enn langazman pou tou dimounn», a-t-il affirmé. Après plus de deux heures de discussions, les participants ont quitté la salle avec des sentiments partagés. Certains saluaient la franchise des échanges et la présence des autorités. D’autres restaient prudents, attendant désormais des actions concrètes sur le terrain. Une chose est toutefois ressortie clairement de cette réunion : à Rose-Hill, la colère contre la drogue est profonde, mais l’espoir d’un véritable changement existe encore.
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