Publicité
Emploi
Migration : l’abstention de Maurice au forum international fait réagir la CTSP
Par
Partager cet article
Emploi
Migration : l’abstention de Maurice au forum international fait réagir la CTSP
■ Reeaz Chuttoo estime que l’abstention de Maurice au Forum international d’examen des migrations envoie un mauvais signal sur la protection des travailleurs migrants.
L’adoption, il y a quelques jours, du texte du deuxième Forum international d’examen des migrations par les syndicats du monde entier intervient dans un contexte mondial particulièrement tendu, marqué par une montée des discours anti-migrants et une remise en question du multilatéralisme. Malgré ces divisions, le texte a été adopté par consensus, un signal jugé fort par plusieurs organisations syndicales internationales, qui y voient la preuve qu’une gouvernance mondiale des migrations reste non seulement nécessaire, mais aussi réalisable.
Toutefois, la position de Maurice lors du vote n’est pas passée inaperçue. Le pays s’est abstenu, rejoignant notamment l’Algérie, l’Australie, la Belgique, le Danemark, la Libye, la Nouvelle-Zélande ou encore la Suisse. Les États-Unis, pour leur part, ont clairement exprimé leur opposition face à ce qu’ils qualifient de «migration de masse».
Cette abstention suscite l’incompréhension de Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP), qui a participé à la rédaction du document. «Sur le continent africain, très peu de pays se sont abstenus. Pour la Libye, c’est un cas particulier puisque le pays est divisé et ne dispose pas réellement d’un gouvernement national», explique-t-il. Le syndicaliste rappelle que le document adopté contient plusieurs engagements importants en faveur des migrants et des travailleurs étrangers. Parmi les principaux axes figurent la protection des droits humains fondamentaux de tous les migrants, indépendamment de leur statut, la promotion du travail décent et des conditions de travail équitables, ainsi que le respect des normes internationales du travail.
Le texte insiste également sur l’interdiction pour les recruteurs ou employeurs de faire payer aux travailleurs migrants les frais de recrutement. Il encourage aussi la créa- tion de voies de migration régulières favorisant la mobilité professionnelle, les études, la recherche, le regroupement familial et certaines mesures de régularisation.
Le document met aussi l’accent sur l’accès à la protection sociale, aux soins de santé essentiels et à l’éducation pour tous les migrants. Une attention particulière est accordée à la lutte contre les violences faites aux femmes migrantes et contre toutes formes de discrimination, de racisme, de xénophobie et de discours haineux.
Reeaz Chuttoo estime cependant que plusieurs problématiques persistent à Maurice concernant les travailleurs étrangers. Il évoque notamment des préoccupations liées à la contribution sociale généralisée (CSG), affirmant que les travailleurs étrangers y contribuent, sans toujours bénéficier des retombées du système lorsqu’ils quittent le pays. Il soulève également la question des mécanismes de compensation en cas d’accidents de travail ou de décès, estimant que certaines procédures demeurent complexes pour les travailleurs migrants retournant dans leur pays d’origine.
Le président de la CTSP critique aussi les récentes dispositions permettant à certains secteurs d’employer jusqu’à 100 % de travailleurs étrangers. Selon lui, cette situation risque d’avoir un impact sur l’évolution salariale et les négociations collectives. Il se montre également préoccupé par le recours accru aux labour contractors et par l’éventuelle création d’une grille salariale spécifique pour des travailleurs étrangers multitâches. «Il faut éviter toute discrimination entre les travailleurs», insiste-til, tout en affirmant que plusieurs instances étrangères ont réagi négativement à l’abstention de Maurice lors du vote à New York.
Pour les syndicats engagés dans cette démarche, ce forum représente une étape importante vers une migration plus humaine, mieux encadrée et davantage respectueuse des droits fondamentaux des travailleurs migrants à travers le monde.
Publicité
Publicité
Les plus récents