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Hausse du taux directeur
Un choc pour les ménages déjà sous pression
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Hausse du taux directeur
Un choc pour les ménages déjà sous pression
Dans un contexte déjà marqué par une érosion constante du pouvoir d’achat, les ménages doivent désormais faire face à une nouvelle contrainte financière. La Banque centrale a décidé de relever son taux directeur de 4,50 % à 4,75 %. Si cette hausse de 25 points de base se veut un outil de lutte contre les pressions inflationnistes, elle risque d’alourdir davantage le budget des consommateurs.
Cette décision vise théoriquement à contenir l’inflation en encourageant une consommation plus prudente. Mais, sur le terrain, le sentiment est bien plus sombre. Pour les ménages, l’impact se fait sentir à travers le renchérissement des emprunts, qu’il s’agisse de prêts personnels, de crédits à la consommation ou de prêts immobiliers. Pour beaucoup, cela signifie une remise en question de leurs projets de vie, notamment pour ceux qui envisageaient de faire construire une maison ou d’acheter une voiture. Les mensualités pourraient grimper, tandis que la capacité d’emprunt se verrait réduite pour un même montant de remboursement, rendant ces projets de plus en plus inaccessibles.
Claude Canabady, président de la Consumers’ Eye Association, qualifie cette situation de véritable «coup de massue pour les consommateurs», qui paieront plus cher leurs dettes et leurs emprunts. Selon lui, toute augmentation finit par être répercutée sur le consommateur. «C’est le seul chemin que tous empruntent pour tenter de compenser leurs pertes.»
Il souligne également que l’impact sera généralisé. «Premièrement, le taux d’intérêt va augmenter sur les emprunts pour toutes les personnes endettées. Ce n’est pas uniquement pour les consommateurs. Ceux ayant un commerce, s’ils ont des dettes, devront trouver un moyen de les gérer.» Cette gestion des dettes par les entreprises risque, selon lui, de se répercuter directement sur les prix. «Dans beaucoup de cas, les commerçants, notamment les revendeurs, vont augmenter leurs prix pour récupérer une partie de ce qu’ils ont perdu. Je ne parle pas ici des prix contrôlés, mais de manière générale. Même dans les petites boutiques, les prix auront tendance à augmenter.»
Le risque d’une spirale inflationniste est d’autant plus inquiétant que le contexte mondial reste instable. Claude Canabady rappelle que le coût de la vie a déjà fortement augmenté et que «le risque est toujours là que cela augmente encore avec le conflit au Moyen-Orient qui continue». Il prévient que si cette situation perdure, les conséquences sur le portefeuille des consommateurs seront inévitables.
Quant aux comptes d’épargne, ce sont généralement les épargnants «les mieux lotis» qui bénéficieront d’un meilleur rendement, soutientil. Toutefois, avec l’envolée du coût de la vie, économiser devient un défi quotidien. Entre le renchérissement des dettes et la hausse des prix à la consommation, mettre de l’argent de côté s’avère désormais bien plus difficile. D’autant que les taux d’intérêt sur l’épargne demeurent généralement faibles en comparaison avec ceux appliqués aux emprunts.
Face à cette pression constante, les habitudes de consommation continuent de changer radicalement. Le président de l’association observe que les gens deviennent très stricts dans leurs achats, particulièrement ceux qui ont moins de moyens. «Les prix augmentent et, bien qu’il y ait des promotions, tout dépend si cellesci vous concernent directement. On n’achète pas un produit uniquement parce qu’il est en promotion, encore faut-il en avoir besoin. Les gens se doivent de se serrer la ceinture encore plus. Quant au prochain Budget, attendons de voir s’il apportera un soulagement aux consommateurs. c’est tout ce que je souhaite.»
Sollicité,Sameer Sharma, économiste, estime que la Banque centrale est manifestement «behind the curve», mais que le débat reste largement académique tant le mécanisme de transmission de la politique monétaire demeure grippé. «À Maurice, l’impact des taux sur l’inflation est marginal en raison d’un excès systémique de liquidités que les autorités monétaires renoncent à stériliser.»
Il ajoute : «Entre 2019 et 2026, l’encours des instruments d’open market est demeuré stationnaire, calqué sur son niveau de décembre 2019. Cette inertie opérationnelle, face à l’expansion de la base monétaire et de la masse monétaire globale (M2) – encore alimentée récemment par la création de crédit bancaire – a annihilé le canal des taux.»
Selon lui, tout resserrement monétaire, aussi marginal soit-il, s’apparente dès lors à une mesure cosmétique. «Il exerce une pression régressive sur le consommateur sans pour autant ancrer les anticipations d’inflation. C’est une défaillance analytique majeure que l’institut d’émission se refuse pourtant à admettre.»
Pour l’économiste Manisha Dookhony, le problème ne se limite pas au niveau du taux directeur. «L’excès de liquidités reste bloqué dans le système bancaire, maintenant les taux à court terme en dessous du taux officiel et des conditions monétaires globalement accommodantes», expliquet-elle. Ces liquidités n’ont pas entraîné une forte inflation à la consommation, mais ont surtout alimenté les marchés d’actifs, notamment l’immobilier, dont les prix ont progressé plus vite que les salaires et le PIB.
Enfin, la hausse de 25 points de base, de 4,50 % à 4,75 %, constitue aussi un signal. Selon elle, la Banque de Maurice suit sa propre trajectoire monétaire. Cette hausse aura néanmoins un impact concret : le crédit deviendra plus coûteux pour les ménages et les petites entreprises.
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