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Immigration et démographie
La leçon espagnole pour Maurice…
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Immigration et démographie
La leçon espagnole pour Maurice…
Alors que les prévisions démographiques pour Maurice pour les 30/40 années à venir ne sont guère réjouissantes, le pays n’a toujours malheureusement guère de politique migratoire globale… Ce présent article brossera, dans un premier temps, brièvement la situation actuelle, on ne peut plus floue… sans compter aussi le «court-termisme» migratoire de nos autorités. Et en illustrant, par la suite, certaines projections démographiques (pour les 30/40 années à venir) qui sont de plus en plus inquiétantes : une population active en baisse, un troisième âge en hausse, voire aussi une gentrification grandissante, entre autres…
QUE FAIRE ?… L’Espagne, qui est relativement différente de Maurice à bien des égards, est actuellement, depuis presque dix ans, le pays phare en matière de politique migratoire réussie (les données économiques le confirment) et ce, tout le contraire de ses autres confrères européens. Ce présent article essayera aussi donc d’esquisser les grandes lignes de cette politique migratoire espagnole globale qui seraient particulièrement appropriées pour Maurice dans sa conception d’une éventuelle politique migratoire globale. Il faut préciser que nos deux pays partagent presque les mêmes défis démographiques majeurs.
Maurice réfléchit aussi actuellement sur sa Vision 2050 : développer, entre autres, de nouveaux secteurs économiques pour l’avenir… oui, mais avec qui ? Ne serait-il pas plus urgent de dessiner d’abord, avant toute chose, les contours d’une politique migratoire globale pour les années à venir, qui soit d’ordre stratégique et cohérente pour toutes les parties concernées ?… c’est l’objectif même de cet article….
Une situation migratoire actuelle floue, voire «gérée» au jour le jour…
À l’heure où nos autorités font preuve de mollesse, en matière politique migratoire, les autres stakeholders de ce secteur sont, eux aussi, en train de naviguer à vue… Ainsi, on pourrait constater d’abord que les employeurs, dans bon nombre de secteurs, semblent n’avoir aucune vision globale et stratégique de leurs besoins réels en ressources humaines : l’intention de faire appel actuellement, en urgence, à 2 500 travailleurs agricoles étrangers (une première depuis l’Indépendance) et l’éventuel recrutement, tout aussi en urgence, d’infirmiers et de médecins étrangers en sont la preuve éclatante. Cela démontre une gestion, au jour le jour, des besoins en ressources humaines, sans aucune planification à long terme, avec pour seul objectif : le profit. De plus, on notera aussi une «mafia» omniprésente dans le recrutement des travailleurs étrangers (les paroles du ministre du Travail). Changement de gouvernement ou pas, certains agents semblent définitivement jouir toujours d’un accès privilégié dans les ministères ou autres organismes d’État pour l’obtention de certaines autorisations, comparées à d’autres.
Relatif aux Mauriciens, il y aurait une perception générale que les nombreux travailleurs étrangers viennent «voler » le travail des Mauriciens. Une perception, en grande partie, fausse car dans nombre de nos secteurs économiques, il y a un réel manque de main-d’œuvre (dû à l’émigration ou les Mauriciens qui ont déserté le secteur…). Mais, disons-le malheureusement, dans certains cas spécifiques, cette perception pourrait se révéler vraie : certains employeurs malintentionnés, négligeant le principe acquis de l’embauche locale d’abord, vont «laisser sur le carreau des Mauriciens qui connaissent le terrain… pour recruter des étrangers» ou les cas des jeunes diplômés mauriciens qui se retrouvent sans emploi ou payés au rabais alors qu’un travailleur étranger peut maintenant toucher Rs 25 000. Il y a définitivement un manque de rigueur dans le processus de recrutement, voire aussi des incohérences en matière d’identification des besoins réels en ressources humaines. Les travailleurs étrangers semblent subir tout aussi bien le système. (l’express, 12 septembre 2025).
Par contre, en matière d’accès à la propriété, la perception est bien réelle parmi les Mauriciens que les meilleures terres et endroits vont davantage aux riches étrangers d’abord résidant dans nos divers IRS, RES, PDS et autres Smart Cities. Avec cela, notons une certaine xénophobie parmi les Mauriciens relatif aux étrangers (envers les travailleurs et expats inclus) : selon le dernier sondage d’Afrobarometer 2024, 50 % des Mauriciens interrogés considèrent «l’impact économique» des travailleurs étrangers «très mauvais».
Et que dire des travailleurs étrangers ? Sinon qu’ils sont toujours pris entre deux feux : d’une part, les employeurs et d’autre part, le regard critique de plus en plus des Mauriciens (une xénophobie grandissante, comme déjà mentionnée plus haut, surtout sur les réseaux sociaux). Il est malheureux que beaucoup d’employeurs ne se soucient guère des travailleurs étrangers : maltraitance, de très longues de travail (les vendeuses malgaches/philippines dans nos malls travaillent parfois jusqu’à 12 heures d’affilée… Who cares?), des logements ou dortoirs insalubres, etc… voire aucune considération réelle pour les intégrer humainement dans la société mauricienne. Ainsi, les travailleurs étrangers ne sont à Maurice que pour vendre leur force de travail, les «esclaves modernes» dira Jane Ragoo, syndicaliste (Le Défi, 22 septembre 2025). Vivant, inéluctablement, au jour le jour à Maurice, peuvent-ils imaginer un futur ?...
Dans mon tout premier article sur l’immigration à Maurice, l’express du 10 juin 2024, «Maurice : quelle politique migratoire ?», il est préconisé, avec l’ouverture tous azimuts de nos frontières, que le pays ait vivement une politique migratoire globale. Presque deux ans après et en dépit d’un changement de gouvernement en novembre 2024, la situation est toujours presque la même. La seule occasion où les autorités ont essayé de réfléchir sur la migration, c’est avec la publication du fameux «Report of the Inter-Ministerial Committee on Work permit issues» (septembre 2025) qui n’a été qu’un rapport à court terme, sans vision globale des vrais enjeux migratoires, visant surtout à essayer de combler les lacunes de ces dix dernières années, en matière des permis de travail (Work Permit).
De petites mesures qui essayent (sur papier) de protéger les travailleurs immigrés et visent à améliorer la fluidité des procédures. Six mois après la publication de ce rapport, quelle en est la situation ?
• Les amendements proposés aux diverses lois, notamment Private Recruitment Agencies Régulations 2024, Employment Relations ACT, Workers Rights Act : toujours en cours.
• Les Memorandum of Understanding (MoU) proposés avec certains pays pour un fair recruitment : aucune signature à ce stade.
• Les réformes administratives proposées : à part le National E-Licensing System (NELS) qui semble bien à un stade avancé, les autres réformes comme les Ratios/Quotas, le Lodging & Accommodation Permit (LAP), le 10-Year stay, le One-Stop shop, le transfert entre employeurs, le Migrant Workers Welfare Fund… : que des progrès partiels.
Finalement, la façon dont nos institutions gèrent actuellement la situation migratoire n’est guère mieux. À cet effet, un article de Week-end du 15 mars 2026, relatif à la conversion d’une maison en un dortoir, est hallucinant… Ainsi, avec la bénédiction finale de la Cour suprême qui renverse une décision de la mairie de Beau-Bassin–Rose-Hill qui avait refusé l’octroi d’un Building & Land Use Permit à l’entrepreneur (transformant une maison de quatre chambres en un dortoir pour… 62 personnes), on note l’empressement des ministères du Travail et de la Santé d’accorder les permis. Quid des normes sanitaires, environnementales ou de sécurité ?... Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.
Ces faits démographiques qui inquiètent…
Tout d’abord, voyons l’estimation du nombre total d’immigrés provenant de diverses sources, car les données migratoires ne sont toujours pas centralisées : selon le PIO (l’express, 1 avril 2026), il y aurait un total de 70 821 migrants qui se composent de 50 234 travailleurs immigrés (Work Permit), 13 931 cadres-expatriés (Occupation Permit) et 6 656 étudiants étrangers (Young Professional Occupation Permit). Et avec cette nouvelle politique de fast track, sans planification, du nouveau gouvernement, en matière de Work Permits, on pourrait facilement estimer que d’ici 2030, la barre des 100 000 immigrés serait largement dépassée. Donc, avec une population de 1 244 477 (décembre 2024), sur le déclin constant, comme nous le verrons plus bas, ne sommes-nous pas assis, pour les années futures, sur une vraie bombe sociale…
Et avec l’arrivée spécifique de riches immigrés ces dernières années, certaines régions de Maurice sont la proie d’une gentrification grandissante. La firme internationale de consultants, Henley & Partners (Wealth Management), dit de Maurice, en règle générale, dans son rapport annuel, The Africa Wealth Report 2025, que nous sommes le pays africain avec la plus grande croissance de millionnaires en dollars (63 %), ces dix dernières années. En termes de nombre de millionnaires, le pays se situe à la sixième place, en 2025, avec 4 800 millionnaires en dollars et 14 centi-millionnaires en dollars sur notre sol. Cerise sur le gâteau : la région spécifique de Rivière-Noire est en tête des régions africaines pour 2025 (bien devant Marrakech ou Whale Coast en Afrique du Sud) ayant la plus grosse croissance de millionnaires, plus de 105 % sur les dix dernières années (plus de 560 nouveaux millionnaires en dollars). Évidemment, cette gentrification (également dans le nord de l’île) a un impact sérieux sur la vie des Mauriciens, non seulement dans le domaine de l’immobilier mais aussi en termes de consommation et le lifestyle car elle est en train de modifier grandement le tissu commercial, social, voire culturel… Et toujours aucune étude d’impact officielle à ce sujet, à ce stade.
Autre fait démographique tout à fait inquiétant : le taux de fécondité (le nombre moyen d’enfants par femme), qui est de 1,44 en 2024, drastiquement en dessous du seuil de renouvellement des générations qui est de de 2,1. Cette baisse, au fil des années, a évidemment de multiples causes : hausse du coût de la vie, les femmes ayant d’autres priorités (éducation, carrière…) et cela entraîne donc un vieillissement substantiel de la population avec une main-d’œuvre active qui diminue presque automatiquement. Les prémisses d’un sérieux problème démographique à moyen terme….

Effectivement, les projections de Statistics Mauritius (Digest of Demographic Statistics, Year 2024), ci-dessus, relatives à la population pour la période 2024 à 2064 sont pour le moins réellement inquiétantes : une population totale en chute libre, un vieillissement certain de la population (60 ans plus) et une population active (15-59 ans) en réelle baisse. Ainsi, un simple calcul démontre que d’ici une trentaine d’années, le % des personnes âgées (plus de 60 ans) relatif à la population active (15-59 ans) passerait de 32,64 % (2024) à 56,52 % (2059). Si ces projections se maintiennent, les conséquences socio-économiques risquent d’être très lourdes pour le pays pour les années à venir :
• Augmentation des charges sociales et de santé pour ces personnes âgées.
• Une consommation en baisse, en fonction de la baisse relative de la population active.
• Un manque croissant de main-d’œuvre.
• Une croissance économique au ralentie.
• Et surtout, un fardeau financier davantage sur les jeunes à l’avenir.
Par rapport à la diaspora, le rapport de la société de conseil en investissements AXYS, «The hands that build Mauritius: Challenges, Opportunities and the future of Labour» (mars 2025), mérite d’être lu. Il cite les données de Nations unies qui informent qu’en 2020, 182 973 Mauriciens vivaient à l’étranger et qu’à partir de 2010, un nombre croissant de 3 500 Mauriciens ont émigré annuellement. Le point à retenir surtout est que de ce nombre total de Mauriciens à l’étranger en 2020, 140 450 personnes sont de la population active, soit un chiffre approximatif de 16 % de notre population active (à l’étranger). Bref, une réelle perte sèche de talents pour le pays due à diverses causes : absence de méritocratie dans le pays, pas d’opportunités ou de réels avancements professionnelles pour nombre d’entre eux.
Et à l’heure des grands discours sur la Vision 2050, sur les nouveaux secteurs économiques que le pays doit développer d’ici une génération (énergies renouvelables, économie bleue, biotechnologie, tourisme haut de gamme, fintech, etc…), la question à se poser surtout devrait être d’abord : avec qui ? Avec quelles ressources humaines, allons-nous développer ces nouvelles industries ? Tenant compte des projections démographiques mentionnées ci-dessus : population totale en baisse, vieillissement en hausse, population active en baisse. Renverser cette tendance démographique, en presque une génération seulement semble être maintenant bien plus urgente et primordiale. Bref, ne faudrait-il pas peut-être repenser d’abord notre société de demain, les composantes de notre société future avant de penser aux nouveaux secteurs économiques… Voilà la réflexion stratégique migratoire qu’on devrait avoir en urgence depuis belle lurette… comme en Espagne.
L’exception espagnole…
L’Espagne fut longtemps une terre d’émigration mais à partir de 1990, ce pays va devenir graduellement une terre d’immigration et encore davantage à partir de 2018. Ces flux migratoires délibérément choisis par les autorités visaient à maintenir, en général, le niveau de la population (population active, rajeunissement de la population…). Car il faut savoir que ce pays faisait face à des enjeux démographiques majeurs et graduellement l’immigration est devenue non seulement une nécessité démographique mais aussi économique. Et en 2024, l’Espagne fut le seul pays européen à avoir eu une croissance de 3,2 %, due principalement à l’immigration et au tourisme. Faut-il s’étonner que l’hebdomadaire The Economist du 12 décembre 2024 ait décrété que l’Espagne était «the best performing rich world economy in 2024».
Afin de bien cerner cette politique migratoire espagnole, l’excellente étude du think tank européen Terra Nova, «Politique migratoire : l’exception espagnole» (26 août 2025) mérite d’être consultée. Les principaux points de cette étude volumineuse :
Démographie : La démographie de l’Espagne ne permettait pas le renouvellement de la population active. Depuis 2019, ce pays a même perdu un million de population active locale (20-60 ans). Ainsi, l’immigration compense partiellement le vieillissement démographique, en rajeunissant, dans une certaine mesure, la population active. Sans elle, la population espagnole pourrait chuter de 48 M à 24 M d’ici 2100. En 2025, près de 19 % de la population résidente est issue de l’immigration. (population totale : 49 M).
Politique migratoire et besoins économiques : L’Espagne a su lier, stratégiquement, sa politique migratoire et ses besoins économiques, en s’appuyant sur l’immigration pour soutenir sa croissance. L’objectif de l’Espagne est d’attirer par le travail pour intégrer et potentiellement accorder la nationalité, sous conditions, aux travailleurs immigrés présents depuis un certain temps sur le territoire (dix ans). D’autre part, relatif aux travailleurs sans papiers, le pays fait des régularisations ciblées, de temps à autre, s’ils peuvent justifier d’au moins cinq mois de présence et n’avoir aucun casier judiciaire (en 2025 : 500 000 régularisations).

Contribution économique de l’immigration : Pour les autorités, cette immigration (venant des travailleurs immigrés légaux aussi bien que des sans-papiers régularisés) renforce la base contributive de la sécurité sociale, en soutenant le système de retraite. L’impact sur les recettes fiscales est nettement positif, avec une augmentation d’environ 4 000 euros par immigré, en règle, sans hausse des dépenses publiques. Le gouvernement espagnol a fait le pari que les immigrés deviendraient des contribuables, participant à l’économie espagnole.
Dialogue social tripartite, en matière migratoire : Il y a une collaboration notable entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats, en vue de répondre aux besoins de main-d’œuvre dans les secteurs clés (construction, tourisme, agriculture…), très souvent en proie à une pénurie de main-d’œuvre. Cette approche collaborative permet de mieux implémenter les solutions migratoires : les plans de formation et acquisition des compétences (construction), migration circulaire (pour l’agriculture), la reconnaissance progressive des qualifications.
Les droits sociaux et civiques des migrants : La politique d’intégration migratoire s’est construite, d’un point de vue stratégique, graduellement par mesures successives, à partir des années 1990. Ainsi, les droits sociaux des migrants, en situation régulière, sont identiques à ceux des Espagnols, sous condition de résidence : accès aux soins de santé, un revenu minimal vital, des aides au logement, retraites et allocations chômage (à condition d’avoir cotisé à la sécurité sociale). Relatif aux droits civiques, les étrangers, en situation régulière depuis cinq ans, ont le droit de vote aux municipales.

Opinion publique sur l’immigration : La gestion de l’opinion publique est importante : l’Espagne se distingue par une opinion publique ouverte à l’immigration, bien que l’opinion de l’extrême droite ne soit pas négligeable. L’opinion sur l’immigration est fortement corrélée au taux du chômage en Espagne, évoluant positivement au fil des années : opinion positive de 48 % en 2014 (chômage de 24 %) et de 63 % en 2024 (chômage de 11,3 %). Les trois aspects qui semblent importants pour une intégration réussie des immigrés : travailler et payer ses impôts en Espagne, respecter de la loi espagnole, et connaître et apprendre la langue locale.
Ainsi, la politique migratoire espagnole a une cohérence pragmatique car elle répond directement aux besoins structurels du pays. Les défis, liés à la migration, sont toujours bien présents : des logements décents pour tous les migrants, des services corrects de santé et d’éducation, éviter la formation de ghettos dans les villes… Mais, l’Espagne a quand même démontré qu’une gestion régulée, encadrée et humaniste de la migration peut fonctionner et devenir un atout stratégique dans un contexte européen, dominé par le rejet des migrants. Et faut-il s’étonner aussi que Le Nouvel Obs (du 8-14 janvier 2026) parla également de «L’exception espagnole» dans sa Une de couverture : une Espagne qui «détonne», se distinguant de toute l’Europe par son modèle économique (une croissance supérieure aux autres, forte baisse du chômage, une diminution relative de la dette) et une immigration, comme moteur de la croissance, contribuant à la soutenabilité des finances publiques en alimentant les cotisations sociales. Ne devrions-nous pas nous en inspirer ?…
Maurice… pour une réelle stratégie migratoire
L’exemple espagnol pourrait bien nous servir, guider dans les grandes lignes, car nous avons presque les mêmes grands défis démographiques : Bref, avoir une stratégie migratoire en lien direct avec les besoins de nos divers secteurs économiques. Ainsi, faire un judicieux ciblage de ces migrants (travailleurs et cadres), ayant vécu au moins cinq, voire dix années sur le sol mauricien afin de leur proposer une intégration graduelle qui ira de concert avec des droits sociaux (logement, éducation, santé…) et droits civiques (vote…). Inévitablement, aussi cela devrait renforcer la base contributrice de notre sécurité sociale et de notre système de retraite, en déficit. Un certain courage politique sera certainement nécessaire pour l’implémenter.
Dans mon tout dernier article sur l’immigration dans l’express du 16 juillet 2025, «Immigration : Menaces ou réelles opportunités pour Maurice ?», quelques solutions sont esquissées brièvement, à la fin de l’article. Nous nous permettons maintenant d’élaborer davantage sur ces solutions, ci-dessous, à la lumière de l’exemple espagnol. Ainsi, nos trois conditions préalables pour développer cette véritable politique Migratoire à Maurice :
• Réaliser une étude pluridisciplinaire sur l’immigration actuelle pour déterminer l’impact socio-économique actuel des différentes catégories d’immigrés et pour évaluer surtout les besoins en ressources humaines de nos différents secteurs économiques et dessiner l’ébauche d’une immigration ciblée (travailleurs, cadres-expats, étudiants étrangers…) qui apporterait surtout une «valeur ajoutée» à nos divers secteurs économiques et s’éloignerait d’une migration à bas salaires.
• Mettre sur pied un département de l’immigration rattaché au PMO ou au ministère du Travail) : planification des besoins futurs des divers secteurs économiques/ciblage effectif des migrants qualifiés parmi les travailleurs & cadres-expats ; coordination des activités avec tous les organismes et autres ministères, liées à l’immigration (PMO, EDB, PIO et les divers autres ministères).
• Avoir un plan d’integration à moyen/long terme pour les différentes catégories d’immigrés qui travaillent/résident déjà dans le pays, en toute légalité, depuis cinq-dix années, voire plus. Les grandes lignes de ce plan éventuel : accès aux ressources : logement personnel ou familial décent, service de santé, éducation des enfants, loisirs ; soutien à l’adaptation : cours de langues, orientation, interaction sociale, infos sur les droits civiques.
• Une immigration ciblée et une intégration effective de ces immigrés choisis sont la solution à terme à nos défis démographiques... ainsi, dans les grandes lignes :

Donc, la baisse générale de notre population devrait nous pousser graduellement à imaginer, à terme, un renouvellement de notre société mauricienne… avec du sang neuf. Mais, ne misons plus, de grâce, sur d’hypothétiques naissances à venir en voulant inciter les jeunes couples mauriciens à avoir plus d’enfants, même avec des avantages monétaires. Le coût de la vie actuel surtout et d’autres facteurs y sont pour beaucoup, incitant les couples à avoir peu d’enfants.
Relatif à la diaspora, il faut reconnaitre que le précédent Mauritius Diaspora Scheme de 2015 ne fut guère efficace. Dans le Budget 2025-2026, le nouveau scheme semble un peu plus prometteur avec l’EDB qui dessinerait les grandes lignes du scheme, avec le soutien de l’Organisation internationale pour les migration. Selon certaines études, 70 % de notre diaspora ont acquis leurs compétences – parfois pointues – dans leur pays d’adoption. Ainsi, par le biais des nouvelles technologies, sachons utiliser plus judicieusement ces talents mauriciens d’ailleurs, pour développer davantage nos nouveaux secteurs économiques.
Dans le même sens, le point de vue de l’économiste Alan Manning plaidant surtout pour une politique migratoire sélective, avec un contrôle de l’immigration peu qualifiée, s’avère intéressant. Lors d’un entretien avec l’hebdomadaire français l’express (du 8 janvier 2026), «Les fantasmes sur l’immigration sont aussi nombreux à gauche qu’à droite», Manning postula que certaines formes d’immigration augmentent clairement le PIB par habitant d’une économie, le plus souvent venant des migrants qualifiés.
C’est ainsi donc qu’il serait primordial que la politique migratoire, citée plus haut, qui vise dans une grande partie les travailleurs immigrés effectue une réelle montée en gamme, minimisant autant que possible une immigration de bas salaires. Et afin de faciliter une bonne intégration progressive dans le temps, les Residence Permits devraient s’ouvrir non seulement aux cadres-expats mais aussi aux travailleurs immigrés (les plus de cinq ans de présence dans le pays) qui sont parmi les catégories de migrants les plus productives de notre économie. Enfin, cette politique d’accueillir à bras ouverts les High Net Worth Individuals (Golden Visa Scheme), ayant automatiquement leurs Residence Permits à l’achat de leurs biens immobiliers devrait être limitée au minimum, car ces investissements sont essentiellement non-productifs pour l’économie.
Conclusion
En résumé, ainsi face à cette baisse démographique graduelle, sur les 30-40 années à venir, Maurice se doit donc, à l’instar de l’Espagne, d’avoir une politique migratoire stratégique en fonction des besoins économiques du pays. Établir un ciblage des travailleurs qualifiés, des cadres-expats, voire des jeunes étudiants étrangers, qui résident dans le pays de plus de cinq ans dans un premier temps et qui souhaitent continuer à vivre à Maurice, en leur proposant une intégration graduelle en bonne et due forme : avec des droits (vote, etc…) et des devoirs civiques (cotisations sociales et retraites, taxes, etc…). À terme, notre politique migratoire ne doit miser que sur une immigration qualifiée et ciblée (travailleurs & cadres) qui pourra vraiment s’intégrer progressivement dans le paysage socio-économique du pays. Bien évidemment, les compétences de la diaspora seront aussi totalement les bienvenues, en présentiel ou en ligne, pour développer surtout les nouveaux secteurs économiques.
Il est un fait qu’à Maurice la pratique migratoire est simplement d’importer de la main-d’œuvre «temporaire mais on n’intègre pas. Dès à présent, sans une immigration ciblée et une politique d’intégration effective, la situation démographique et économique serait dramatique dans les 30-40 années à venir. La question essentielle n’est pas de se préoccuper ou non du nombre d’étrangers dans le pays mais de concevoir activement le type d’immigré qualifié (travailleur, cadres, jeunes étudiants) dont le pays a besoin pour les 30-40 années à venir. Tout autre débat, à ce sujet, est une perte de temps.
Et pour que cette politique migratoire stratégique soit réellement efficace, elle doit être faite dans une grande transparence et une communication constante avec le grand public, à l’instar de l’Espagne : publication régulière des données migratoires, voire par secteurs économiques, les impacts économiques de l’immigration, etc... Le but est certainement d’instaurer une relation de confiance dans l’opinion publique envers l’immigration mais surtout diminuer la méfiance naturelle entre locaux et étrangers. J. Lang & H. Le Bras (2006), dans leur excellent livre, Immigration positive, disent qu’il y a une perception commune des locaux qui croient voir le nombre d’étrangers augmenter dans un pays, alors que très souvent, c’est un simple ressenti de leur vie quotidienne. «La xénophobie reste faible quand les populations vivent ensemble… Elle atteint son maximum quand les contacts existent mais sont peu fréquents», nous disent-ils.
Ainsi, les politiques d’intégration (logement, éducation, loisirs, etc…) doivent aussi tout faire pour favoriser la mixité sociale des travailleurs immigrés/cadres-expats avec les locaux pour réussir vraiment. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, semble l’avoir bien compris depuis belle lurette : «Nous sommes les enfants de la migration, nous ne serons pas les parents de la xénophobie.»
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SOURCES :
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Afrobarometer Dispatch No. 982 (9 May 2025): «Mauritians voice reservations about Immigration and free-border movement».
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AXYS Report (March 2025): «The hands that built Mauritius. Challenges, Opportunities and the future of Labour.».
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Henley & Partners: The Africa Wealth Report 2025. www.henleyglobal.com
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Lang, J, Le Bras, H. (2006). «Immigration Positive».
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Le Défi (22 Sept. 2025) : «Travailleurs étrangers : plus, jamais des esclaves modernes».
-
L’express (1 avril 2026) : «Travailleurs étrangers : 6 926 cas en situation irrégulière».
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L’express (12 sept. 2025) : «S. Sunassee : On laisse sur le Carreau des Mauriciens qui connaissent le terrain… pour recruter des étrangers».
-
L’express (10 juin 2024) Jean-Daniel Camoin : «Maurice : Quelle Politique Migratoire ?».
-
L’express (16 juillet 2025) Jean-Daniel Camoin : «Immigration : Menace ou réelle opportunité pour Maurice ?»
-
L’Express, France (8 janvier 2026). «Les fantasmes sur l’Immigration sont aussi nombreux à gauche qu’à droite».
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Le Nouvel Obs (8-14 janvier 2026) : «L’Exception espagnole».
-
REPORT of the Inter-Ministerial Committee on Work permit issues. (septembre 2025).
-
Statistics Mauritius : Digest of Demographic Statistics, Year 2024.
-
Terra Nova (26 août 2025) : «Politique migratoire : l’Exception espagnole».
-
The Economist (12 décembre 2024): «What Spain can teach the rest of Europe?».
-
Week-end (15 mars 2026) : «62 travailleurs népalais y seront bientôt agglutinés».
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