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Disparition de Moorthy Nagalingum
Un talent artistique d’une grande humilité
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Disparition de Moorthy Nagalingum
Un talent artistique d’une grande humilité
Moorthy Nagalingum avait un talent rare : l’humilité, la discrétion et le détachement. Artiste-peintre, il a enseigné à l’École des beaux-arts du Mahatma Gandhi Institute (MGI) où il a laissé sa marque en créant, il y a 43 ans, le Salon de mai. Aujourd’hui, l’artiste a posé définitivement ses couleurs. Moorthy Nagalingum est décédé des suites d’un accident de la route. Hospitalisé en soins intensifs pendant plusieurs jours, il n’a pas survécu à ses blessures. Il avait 90 ans.
Le 12 mars, l’artiste-peintre avait été fait Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean, «for contribution in the promotion of visual arts». Il avait alors affirmé avoir «toujours travaillé avec sérieux», et que «dans la vie, il est important d’être honnête et d’accomplir les choses correctement pour que tout soit juste. La plus grande récompense reste la satisfaction du travail accompli. Quand on persévère longtemps et qu’on reste fidèle à ce que l’on fait, c’est déjà beaucoup».
Pour Krishna Luchoomun, artiste et Senior Lecturer à l’École des beaux-arts du MGI, la disparition de Moorthy Nagalingum est une grande perte pour toute l’île Maurice. «Il est parmi ceux qui ont commencé la démocratisation de l’art. Un artiste postcolonial qui a orienté son travail à l’inverse des courants artistiques en Europe que l’on suivait ici.» Il a imprimé sa marque aux débuts de l’École des beaux-arts, alors que le MGI était dirigé par le Dr Kissoonsingh Hazareesingh. «Cela a été une grande avancée pour Maurice, parce que dans la région, à Madagascar ou dans plusieurs pays d’Afrique, il n’y a pas d’école d’art. Nous devons être fiers qu’à cette époque (NdlR, 1976), il y avait déjà une École des Beaux-Arts chez nous, et qu’elle fonctionne jusqu’à aujourd’hui.» Quant au Salon de mai, initié par Moorthy Nagalingum, il est devenu, selon Krishna Luchoomun, «une plateforme qui montre chaque année ce qui se passe artistiquement dans le pays».
S’agissant du travail de l’artiste, Krishna Luchoomun souligne qu’il s’agit d’une œuvre «à part». Il est resté très fidèle à son style, alors que dans l’art, on peut être facilement influencé par le flot d’images autour de nous. Moorthy Nagalingum avait une présence discrète au Salon de Mai, où l’une de ses toiles était exposée chaque année. «Il restait toujours ouvert quand on allait le voir pour lui demander de participer au salon. Il était très humain et très proche des artistes.»
Moorthy Nagalingum résidait au bord du ravin de Balfour, à Beau-Bassin. En 2019, à l’occasion de l’une de ses dernières expositions solo au Blue Penny Museum, l’artiste livrait sa propre définition de son travail : «Figer en formes et en couleurs ce que vous ressentez.» Il disait qu’il se «fichait du sujet» et qu’il ne pratiquait pas une peinture totalement abstraite, parce qu’«on ne peut pas être trop égoïste et ne peindre que pour soi». Le plus important, pour lui, n’était pas que l’on comprenne le tableau, mais qu’on le ressente. Il laisse une œuvre marquée par la rigueur, la discipline et une exigence constante dans sa pratique picturale. Lecteur assidu de l’express, il suivait de près l’actualité nationale.
Formé dans les années 1960 à Shantiniketan, à Calcutta, puis à Madras, il a bénéficié d’un enseignement artistique solide qui a profondément influencé sa démarche. De retour à Maurice, il a contribué activement au développement du paysage culturel du pays. Il a notamment dirigé le département artistique du Queen Elizabeth College avant de prendre, en 1978, la direction de l’École des beaux-arts de MGI. Après la veillée chez Elie and Sons, ses funérailles auront lieu ce lundi. Le convoi mortuaire sortira de chez Elie & Sons à 15 h 30.
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