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Questions à
Percy Yip Tong : «J’ai dû intervenir avec mes propres moyens»
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Questions à
Percy Yip Tong : «J’ai dû intervenir avec mes propres moyens»
Habitant de Tamarin et défenseur de la baie, l’activiste social et environnemental alerte sur les risques d’érosion. Quand la plage a été ravagée par l’érosion en avril, il est passé à l’action – pelleteuse à ses frais – avant d’être «stoppé» par la police. Aujourd’hui, Percy Yip Tong conteste les accusations d’«intervention non autorisée» et maintient que son initiative a sauvé des arbres centenaires.
? Que représente cette plage pour vous ?
Enfant, je grimpais dans ces arbres avec les gamins du village. Aujourd’hui, j’ai 66 ans. Voir les racines de ces magnifiques vieilles coqueluches suspendues dans le vide à 1m50 du sol était traumatisant pour tous les habitants de Tamarin et les amoureux de cette baie.
Quand j’ai vu, début avril, ces arbres centenaires en danger de mort, j’ai été choqué ! La combinaison des grosses marées de pleine lune, des vagues énormes et des puissants courants des rivières du Rempart et de Tamarin avait complètement rongé la plage. Début avril, les 100 mètres de sable qui précédaient les arbres pour atteindre la mer avaient totalement disparu à la suite de cet énorme raz-de-marée.
? Avez-vous pris contact avec les autorités concernées ?
En février, madame Lenoir avait alerté les autorités. Début avril, le village council de Tamarin avait contacté la Beach Authority, qui a répondu qu’ils nous feraient savoir quand ils pourraient venir. Face à son inaction, j’ai décidé d’intervenir.
Le 20 avril, j’ai envoyé par WhatsApp des photos des dégâts à deux députés de la région, qui m’ont précisé qu’ils allaient contacter le ministre de l’Environnement. Seuls les deux députés ont réagi. Le président du District Council, quant à lui, n’est intervenu que le jour-J, m’indiquant où il fallait creuser. Un rendez-vous a été organisé le 23 avril avec une senior environment officer et un fonctionnaire de la Beach Authority. J’ai expliqué qu’il ne restait que sept jours avant le «mini-tsunami», que des vagues de 2 mètres étaient prévues le 25 avril et de 4 mètres le 1er mai, et qu’il fal- lait de ce fait creuser un canal au plus vite.
? Le 24 avril, vous avez ouvert un canal pour permettre la sortie de l’eau. Expliquez-nous cela.
Le 24 avril, j’ai commencé à ouvrir un canal pour que les rivières retrouvent leur sortie naturelle au milieu de l’estuaire. En créant ce second passage, on réduit les courants dévastateurs qui rongent les racines et les infrastructures. C’est une pratique traditionnelle : depuis que le village existe, les habitants ouvrent l’embouchure à la main quand elle est bloquée. J’ai utilisé une pelleteuse (JCB) vu l’urgence. J’ai creusé trois fois en six jours car les vagues ramenaient le sable.
Le 24 avril, une délégation du ministère m’a vu en action lors d’un site visit qu’elle effectuait. Elle m’a informé que j’avais besoin d’un permis et d’envoyer une demande lundi. Ensuite, le président du district council m’a indiqué où je devais creuser le canal. J’ai travaillé deux nuits de suite à marée basse avant que la police et un officier du ministère me demandent d’arrêter les travaux le 26 avril.
? Le ministère de l’Environnement dans tout cela n’est-il pas intervenu ?
Lundi j’envoie ma demande de permis de désensablement. Mercredi, le ministre m’appelle pour me donner une réponse négative. Il me remercie pour mon initiative, mais me fait comprendre que c’est à son ministère d’entreprendre les travaux. Le 30 avril, une délégation débarque, mais sans aucun engin mécanique ni roches pour protéger les arbres. Ils n’avaient aucun plan d’urgence. Je me suis alors proposé comme contracteur pour continuer mon travail et ils ont accepté. Je ne travaillais pas illégalement.
Pourtant, le 3 mai, un officier du ministère m’a demandé d’arrêter les travaux que les autorités m’avaient elles-mêmes commandés. Surpris, je refuse. Et ce, alors que le ministre Rajesh Bhagwan, m’avait envoyé un SMS deux heures avant pour me remercier pour mon initiative. Pire, le lendemain, le directeur de l’Environnement déclarait au journal télévisé que mon action n’avait servi à rien, alors que mes pelleteuses ont effectué une grande partie du travail et que c’est moi qui ai acheté une bonne partie des roches. Je profite pour remercier M. Davidsen que j’ai rencontré sur la plage et qui m’a fourni les roches.
? La situation était-elle vraiment urgente pour nécessiter une intervention ?
Ce qui s’est passé est la plus grosse catastrophe écologique de la côte ouest. Le gouvernement Jugnauth a laissé le Wakashio 12 jours sur les récifs. Le gouvernement Ramgoolam a attendu quatre mois pour Tamarin. C’est scandaleux.
? Comment avez-vous fait pour mobiliser les ressources ?
J’étais seul avec un JCB. J’ai loué un second quand j’ai vu que le ministère était venu sans aucun engin mécanique. J’ai tout financé seul. Puis lorsqu’une dame a appris que je finançais seul tous ces travaux, elle a lancé un appel sur Facebook pour soutenir cette cause. Je remercie ceux qui ont contribué à sauver ces arbres centenaires. Vous savez, j’ai passé des nuits sans sommeil, dépensé beaucoup d’argent et subi un stress inutile à cause de la police et des autorités. Mais, si je ne l’avais pas fait, je l’aurais regretté toute ma vie.
En sauvant les arbres, on aide la plage à se reconstruire. Mon action visait à réparer une erreur humaine pour que la nature reprenne ses droits. Le ministère n’a pas compris que c’était une course contre la montre. J’ai réagi à l’instinct comme je l’ai fait pour sauver les Salines ou contre le projet Legend Hill. Face à la lenteur et au manque de coordination des autorités, j’ai dû intervenir avec mes propres moyens.
? Une réunion du comité technique s’est tenue le 4 mai, au siège du ministère de l’Environnement. Les membres du comité ont pris connaissance de l’avancement des travaux d’urgence réalisés. Un dépôt de sable d’une épaisseur de 30 cm sur une distance de 10 mètres a été noté. Quelle est votre lecture de ce constat ?
Nous avons perdu 100 mètres de plage depuis avril. On avance que l’on aurait gagné 10 mètres de distance, alors que l’on a perdu dix fois plus. Pareil, on a perdu 1m50 d’épaisseur pour un gain de 30 cm. Je vous le dis : la photo utilisée pour prouver ce résultat a été prise à marée basse.
? Le Conseil des ministres lors de sa réunion du 8 mai fait mention de «unauthorised human intervention» en décembre 2025 qui aurait «modifié la configuration naturelle du site», ouvrant l’embouchure plus près du rivage que son tracé habituel. Rejoignez-vous ce constat ?
Je conteste cela. Cette affirmation est mensongère. Pour résoudre ce problème, il fallait ouvrir la voie naturelle et cela a été fait au bon endroit par des pêcheurs, avec le soutien d’un député. C’est à ce même endroit, soit au milieu de l’estuaire, que j’ai creusé la semaine dernière. Ces pêcheurs sont disposés à témoigner. Sur la photo, vous verrez que les arbres sont à plus de 200 m de la zone, ce qui prouve qu’ils n’ont pas fouillé au bord, près des arbres. À la suite de consultations avec mon avocat, je vais jurer un affidavit, demain.
? Le mot de la fin ?
La Nature n’attend pas que les site visits et les réunions analysent, discutent et décident. La Nature travaille à son rythme, avec sa propre puissance et selon ses humeurs. Moi, je m’adapte aux deux. Je laisse réfléchir les autorités et j’écoute la Nature.
Rajesh Bhagwan, ministre de l’Environnement
«Je peux vous dire qu’à aucun moment il n’y a eu l’intention ou l’ordre d’arrêter Percy Yip Tong. Je le connais depuis longtemps. Nous avons travaillé ensemble et avons été en contact. D’ailleurs, même le directeur de la Beach Authority était en contact avec lui. Je suis satisfait que nous ayons pu arrêter l’hémorragie. L’érosion sur la zone côtière est un problème bien réel et c’est une priorité pour mon ministère et pour le pays. On ressent de plus en plus les effets du réchauffement climatique. Et cela demande beaucoup de financement. Pour moi, il est important de travailler avec le soutien et la contribution de tous.»
Huile lourde déversée dans la zone portuaire
Le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a exposé les mesures prises pour limiter les dégâts à la suite du déversement de 200 à 500 litres d’huile lourde dans le ruisseau de La Paix, puis dans la rivière Lataniers avant d’atteindre le chenal du port : «Au niveau du plan d’urgence, il y a un protocole que nous suivons. Le ministère de l’Environnement s’est mobilisé, incluant la Port Authority. La police de l’environnement mène également son enquête, selon l’Oil Spill Contingency Plan. Des mesures sont prises aussi en ce qui concerne le nettoyage.»
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