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Kronik KC Ranze

Disparités

10 mai 2026, 05:00

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M. Judex Rampaul, secrétaire du syndicat des pêcheurs, m’a toujours apparu comme quelqu’un d’engagé et de raisonnable. Je me trompe peut-être, mais sa lettre récente, dans le cadre des discussions budgétaires, comporte une phrase qui ne lui ressemble pas et qui a donc retenu mon attention. «… 3 000 litres de diesel, qui coûtaient auparavant Rs 97 000 sont maintenant à presque Rs 210 000», écritil. Ces chiffres sont choquants, en effet, mais pour être choquants, ils s’accrochent plutôt désespérément au mot «auparavant». L’équivalent unitaire de ses chiffres indique un prix au litre qui était «auparavant» à Rs 32,30 et qui passe à Rs 70,00.

Nous pouvons tous remercier la State Trading Corporation de publier des chiffres totalement transparents sur l’évolution du prix du diesel depuis… avril 2004 ! De l’information accessible et transparente, c’est toujours bienvenu. «En ce temps-là», c.-à-d., en avril 2004, le litre de gasoil (diesel) coûtait Rs 11,90 et était MOINS CHER que l’essence. Ce n’est qu’en octobre 2008 que, pour la première fois, le diesel devient plus cher que l’essence. Ça ne dure d’ailleurs que jusqu’à janvier 2009. Subséquemment, la subvention gouvernementale favorisait largement le diesel (et creusait le Price Stabilization Account (PSA) du diesel jusqu’aux Rs 3,2 milliards du jour), jusqu’à novembre 2025, quand la «réalité des marchés» était, en partie, rétablie.

Aujourd’hui, le diesel coûte Rs 71,25 le litre à la pompe alors que l’essence (dont le PSA est en équilibre, à presque zéro) est à Rs 64,25/litre. Il faut aussi se rappeler que la dernière hausse des prix, résultat direct de la guerre de Trump en Iran, n’aura été que de 10 % localement, soit le maximum permis par la loi, alors que le prix de l’essence à l’achat (prix actuel de janvier à mars et prix anticipé sur avril à juin), progressait de 20,3 % et que le prix du diesel augmentait de 34,4 % ! Le PSA va donc se creuser davantage et il faudra le renflouer, sauf si la guerre se termine et que Ormuz est libéré… Nous sommes prévenus !

Mais pour revenir à M. Rampaul, la dernière fois que le prix du diesel était «auparavant» à environ Rs 32,30 le litre, c’était le… 15 février 2017 (Rs 32,45/l). Il avait même été moins cher que cela depuis février 2016. C’était il y a dix ans déjà… C’était avant le Covid ! En ce temps-là , c.-à-d., «auparavant», le dollar valait Rs 36,60 et le gasoil sur le marché mondial valait à peu près la moitié du prix actuel. Et le prix du poisson, qui reflète la montée des coûts d’opération des pêcheurs, a bien sûr grimpé aussi depuis… Et va, sans doute, devoir augmenter encore – surtout s’il baisse quand le gasoil baissera éventuellement ! C’est la réalité des coûts…

Deux derniers faits

D’abord , si les États-Unis produisent et exportent du pétrole et du gaz et leur coût de production restant le même, POURQUOI est-ce que leurs prix à la pompe augmentent ?

La réalité capitaliste, pour faire simple, est que si les pétroliers ne vendaient pas aux prix mondiaux en Amérique, ils auraient un manque à gagner important et donc une incitation majeure à exporter plutôt qu’à alimenter le marché local. Or, nous sommes, là-bas, dans une des économies les plus libérales du monde. Ainsi les gains exceptionnels des «majors» pétroliers. Certains pays envisagent de taxer ces gains inattendus et non «mérités»…

D’autre part, qu’est-ce qui explique que le diesel coûte plus cher que l’essence mondialement ? En fait, le prix du diesel était inférieur à celui de l’essence jusqu’en 2005-06, car le diesel était, jusquelà, perçu comme un sous-produit des raffineries d’essence. À partir de 2006, les lois environnementales se sont émues du fort contenu en soufre du diesel. Les nouvelles normes imposées ont coûté plus cher aux raffineries. Sur le marché mondial, le diesel coûte dès lors plus cher que l’essence, sauf subventions déformantes, comme à Maurice. Le prix du soleil est lui resté stable.

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Mardi matin, vers les 10 h 30, à CampChapelon, sur l’autoroute M1, un jeune homme d’une vingtaine d’années attend sur le bord de la route, avec une poussette en main, soulevée à hauteur du nombril. Je ne sais pas s’il y avait un bébé dans cette poussette, l’angle n’étant pas révélateur, mais dans mon rétroviseur, j’ai vu ce jeune homme traverser la chaussée à toute allure !

Il sait que ce qu’il fait est interdit. C’est pour cela que le terre-plein du milieu est barricadé, même s’il est régulièrement défoncé. L’endroit où il choisissait de risquer sa vie (et celle du bébé, s’il y en avait un) se trouve entre deux passerelles piétonnières, gentiment construites par les autorités prévoyantes, au-dessus de l’autoroute. Ces passerelles n’ont pas de marches, mais de longues pentes douces qui permettent même aux motocyclistes d’y rouler sans encombre et sans difficulté (même si possiblement illicitement ?).

Ce qui m’interpelle vraiment, c’est ce qui se passe dans la tête de ce jeune homme et de ceux qui, apparemment systématiquement, refusent de se soumettre même à la logique qui assure leur sécurité et sauvegarde leur vie. Il y a eu des morts sur l’autoroute. Souvent, ils ne réfléchissaient pas et ont, de quelque manière, défié la logique. Pourquoi ? Je suis terrifié de savoir que de telles personnes sont mes concitoyens. On ne les trouve pas qu’à Maurice d’ailleurs. Ils sont possiblement des dizaines de millions de concitoyens de ce type sur cette planète. Est-ce pour eux que l’on a inséré le mot «écervelé» dans les dictionnaires ?

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Dans la guerre d’Iran, on a aussi sorti les armements lourds de l’humour… Leur utilisation aux États-Unis et en Iran font certainement contraste. Les vidéos et mèmes de l’Iran, utilisés libéralement sur les réseaux sociaux, sont d’excellente qualité, mais sont tous dirigés contre Trump. Personne, là-bas, n’ose faire de l’humour aux dépens des ayatollahs ou de la Garde républicaine : ce serait la pendaison garantie pour «trahison» ou «offense contre Dieu»… Aux États-Unis, où la culture de l’humour, de la dérision et de la satire est solidement ancrée, les humoristes s’en donnent à cœur joie dans leurs commentaires caustiques contre leurs propres dirigeants – Trump, Hegseth, Bondi, Bessent… Cette capacité à l’autodérision nationale est le propre des démocraties qui respectent l’opinion individuelle, largement protégée en Amérique. Pour le moment.

Car Trump et ceux qui l’entourent, encaissent mal et leurs tentations totalitaires s’illustrent dans des recours de plus en plus directs contre les humoristes – Colbert, Kimmel, Noah, O’Brien, Meyers, Atamanuik et d’autres. Les ayatollahs vontils gagner la bataille de l’humour en convertissant les dirigeants américains à leur intolérance établie ?

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Alors que nous avons tant de problèmes à régler nationalement, il est pour le moins stupéfiant de constater que l’on puisse, au Parlement, perdre du temps avec de stupides débats sur un meeting du 1ᵉʳ mai ayant coûté Rs 1,59 million et qui aurait mobilisé 1 700 personnes (et 345 000 vues sur les réseaux sociaux…). Ou pas. Who cares ?

Le budget en cours finira avec un déficit de 5,5 % du PIB, contre une prévision de 4,9 % ; la dette nationale frise les 90 %; la note (salée!) de la guerre d’Iran n’est pas encore encaissée ; la croissance va baisser sous les 3 % ; les casinos ont perdu Rs 1,9 milliard en 10 ans; le service postal Rs 1,8 milliard ; la holding de la Maubank a des fonds propres négatifs de Rs 2,95 milliards ; l’ardoise de la Silver Bank va atteindre Rs 7,7 milliards. Au moins. Le métro roule à perte, comme la CWA, le WWA et tant d’autres ; la MIC va devoir faire de nouvelles provisions… Mais LE sujet, c’est le concert raté du 1er mai ? On a perdu notre sens du réel ?

Il est vrai que c’est le moment choisi pour évoquer, dans la shopping list pré-budgétaire, la semaine de 40 heures, une réduction de la TVA de 15 à 10 %, la réduction des baux hôteliers par 50 %, le retour à la pension à 60 ans, un impôt industriel réduit à 3 %, d’autres prêts à taux subventionnés, des déductions fiscales de 150 % des travaux entrepris, le durcissement des lois du travail, etc.

On a découvert la formule pour la quadrature du cercle par hasard ? Ou celui du mouvement perpétuel ? Ou le manuel qui explique comment reboucher des trous sans fonds ? Ou un exemplaire de la pierre philosophale qui transforme le plomb en or ?

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