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Manière de voir
Les forces dans l’ombre : Toute décision importante ramène au mythe de Sisyphe
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Les forces dans l’ombre : Toute décision importante ramène au mythe de Sisyphe
Dès qu’il s’agit de décisions importantes, voire graves, sur le plan national, tout gouvernement (GM) est soumis au… mythe de Sisyphe. Cette expression empruntée à la mythologie grecque est passée dans le langage courant et semble s’appliquer à un fardeau.
Rappelons que Sisyphe défie les dieux, alors Zeus le condamne à pousser éternellement un gros rocher jusqu’au sommet d’une montagne. Il doit s’y reprendre sans cesse car, arrivé au sommet, le rocher lui échappe et dévale jusqu’à retomber au pied de la montagne. Albert Camus y voit un symbole de l’absurde. Finira-t-il par y arriver ? Rise, pouse.
? Un exemple clair
Alors que Navin Ramgoolam était PM, il promet la libéralisation des ondes pour les radios. Promesse non tenue pendant plusieurs années. Ce fut finalement sir Anerood Jugnauth, contre l’avis des «ombres», qui le fit. Des forces dans l’ombre auraientelles conseillé à Navin de renoncer à cette avancée pourtant démocratique ? Alors, tel Sisyphe...
Autre illustration, actuelle. Au cours de la dernière campagne électorale et après la victoire, le GM promet qu’une mesure importante serait adoptée au Parlement dans le cadre de la réforme électorale. Dorénavant, un candidat ou une candidate ne sera pas obligé(e) de décliner à quelle communauté il appartient. Un progrès pour le mauricianisme.
Et voilà que Sisyphe s’en mêle. Promesse oui, mais la concrétisation d’un tel progrès semble poser des problèmes dans les coulisses. Quelques-uns brandissent leur opposition à l’abolition du Best loser system. L’affaire au départ ayant fait l’unité, maintenant le ministre Ashok Subron et son parti Rezistans ek Alternativ menacent de quitter le GM si le projet n’aboutit pas tel qu’il avait été décidé. Une pierre (le rocher ?) d’achoppement. Partie remise ou demi-mesure ? Ça tergi... verse de quel côté ? Qui tire les ficelles dans l’ombre ?
? Le budget
En raison de la guerre au Moyen-Orient et du bilan désastreux de l’ancien régime, élaborer le prochain budget ramène à Sisyphe. La taille du rocher est en pleine expansion : inflation et coût de la vie, dette du pays, prix de l’énergie (carburant, électricité, importations alimentaires, grogne des petits salaires à bout de souffle).
Un comité s’est réuni avec tous les secteurs concernés (ministères, syndicats, secteur privé, économistes...). Sisyphe aura beau pousser, il n’y aura pas de miracle. Soit on colmate avec des rustines tant que faire se peut, soit, bien qu’impopulaires, des mesures draconiennes seront prises pour redresser la barre. Un nouveau cap pour franchir les récifs qui attendent non seulement la classe moyenne mais surtout se ki pe galop touni lamin dan pos.
Un choix capital qui provoquerait des convulsions chez ceux dans l’ombre. Faudra tenir compte de notre système de joint venture (l’État + le secteur privé) où le second tient de plus en plus une place prépondérante dans notre économie. Calmer la bourgeoisie aux abois et surtout recalculer la part de l’État-providence envers la population des démunis. Le rocher est en pleine dégringolade. Pierre qui roule n’amasse pas mousse.
? Problèmes sociétaux
Ils sont nombreux –100 000 accros à différentes drogues –, mais l’urgence oblige de mettre les mains dans le cambouis du cannabis dans notre pays. Ce sont en majorité des jeunes, mais appartenant à toutes les catégories sociales. Notre paradis pour touristes est devenu une plaque tournante pour la drogue. Bonjour la corruption ! Il est plus que temps d’examiner en profondeur les options liées au cannabis, telles que dépénaliser ou aller plus loin : légaliser tout en encadrant. Tout le monde sera consulté lors de forums réunissant experts et consommateurs. Une initiative salubre quand on sait qu’il existe aussi le cannabis thérapeutique, attendu de vive voix par ceux qui souffrent. Le pays a pris du retard dans ce domaine.
C’est finalement le GM qui prendra la décision finale. Et revoilà Sisyphe bandant les muscles. Faire du surplace serait de l’inconscience, prendre des demi-mesures équivaudrait à mettre un cautère sur une jambe de bois, donc sans réelle conséquences à court ou moyen termes. Le GM doit prendre des mesures légales et autres pour stopper l’hémorragie. Mener des campagnes agressives, même dans les écoles, poser des cadres destinés au travail sur le terrain, envisager la culture et son contrôle… Sinon, le rocher va s’écrabouiller au sol. Une occasion unique pour le pouvoir de se confronter aux réalités et d’agir en faisant fi des préjugés et autres cachotteries.
La National Agency for Drug Control se voit confier un rôle presque historique. Après de multiples consultations tous azimuts, elle devra conseiller le GM de prendre le taureau par les cornes. De simples pirouettes avec une cape ne suffiront pas pour vaincre ce dernier dans une arène qui crie au secours !
Ce mythe de Sisyphe, finalement, s’applique à beaucoup de cas. Comme celui des Chagos. Un accord avait été trouvé entre le Royaume-Uni et Maurice avec l’assentiment des États-Unis. C’était sans compter avec l’arrivée de Trump qui a traité cet accord de «stupidité». Retour à la case départ avec le rocher qui s’affale lourdement. «Adieu veaux, vaches, cochons, couvées…», comme dans la fable de La Fontaine. Comment Sisyphe va-t-il affronter Trump le grand Manitou ? Certainement pas agir comme celui qui s’est autoproclamé First Minister des Chagos. Le ridicule ne tue pas.
Sur ce sujet et bien d’autres, quelles sont ces ombres derrière les détenteurs du pouvoir ? Allons, soyons hypocrites. Simulons que nous n’en savons rien, mais leurs agissements en arrière-plan nous pourrissent la vie et la gestion du pays.
Montagn pa zwenn, me nou pou zwenn!
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