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«Mizik dan lacour»

Le dernier entretien de Ras Natty Baby résonne encore

8 mai 2026, 16:30

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Le dernier entretien de Ras Natty Baby résonne encore

■ Les artistes se succèdent dans «Mizik dan lacour», de Nitish Joganah au regretté Ras Natty Baby, en passant par Maista…

Dans un quartier tranquille d’Eau-Coulée, un simple garage est devenu un lieu de confidences musicales. Quelques tabourets en bois, des murs encore marqués par les répétitions et surtout des voix qui s’élèvent sans crainte. C’est là, dans Mizik dan lacour, que le regretté Ras Natty Baby, décédé le 26 avril, a accordé l’un de ses derniers entretiens.

Derrière ce concept se trouve Aurélie Quirin, alias Tirolie. Auteure-compositrice, elle connaît les coulisses parfois difficiles du métier d’artiste. Elle a voulu créer un espace simple et libre, loin des logiques commerciales, où les artistes peuvent parler de leur musique, de leurs parcours et de leurs difficultés. «C’est suite à un manque de plateforme où nous avons l’occasion de nous exprimer… cette idée a germé dans ma tête», confie-t-elle.

Loin des logiques de cachets et des scènes commerciales, Mizik dan lacour se veut un lieu d’échange authentique. Pas de politique ici, insiste-t-elle, mais des discussions autour de la musique, des parcours, des difficultés et des solutions. Une réalité revient souvent : le manque de visibilité et d’accès aux opportunités. «On ne sait pas quand les grants sont disponibles et, quand on l’apprend, c’est déjà fini», déplore Tirolie, pointant un déficit de communication dans l’industrie musicale.

Mais cet espace a aussi ses règles. Aucun contenu vulgaire n’est accepté, ni dans les textes ni dans le langage. «Par contre, je peux accorder un entretien à ces artistes pour comprendre leur démarche», précise-t-elle. L’objectif : comprendre sans juger, tout en questionnant certaines tendances et choix artistiques.

Au-delà des débats, Mizik dan lacour ouvre aussi ses portes aux jeunes talents. Une rubrique découverte leur permet de se produire, même imparfaitement. «Même s’il y a des fausses notes, ce n’est pas grave. On est là pour apprendre», sourit Tirolie, convaincue que la progression passe par l’expérience.

Depuis sa création, plusieurs artistes ont déjà franchi ce seuil symbolique : Nitish Joganah, Ras Zwazo, Sandra Mayotte, Stephan Rezannah ou encore Laurent Rivet. Mais une présence reste gravée dans la mémoire du lieu : celle du regretté Ras Natty Baby.

Malade, il a fait l’effort de venir

Tirolie se souvient encore de ce moment avec émotion. «Il a résumé presque la moitié de sa vie», confie-t-elle. Ras Natty Baby y avait parlé sans détour de son parcours, de ses combats, de la misère traversée et de sa fidélité à la musique comme ligne de survie. Dans cet espace volontairement simple, loin des studios professionnels, l’artiste s’était livré avec une sincérité rare. Aucun filtre, aucune mise en scène. Juste une voix, une histoire et une présence.

Elle raconte aussi les coulisses de la rencontre. Initialement, Ras Natty Baby hésitait à venir. «Il m’avait demandé de reporter la session car il ne se sentait pas bien», se rappelle-t-elle. Elle avait accepté, privilégiant sa santé. Mais fidèle à lui-même, il a insisté pour honorer ce rendez-vous. «Il m’a dit qu’il allait faire de son mieux pour venir.»

Ce geste prend aujourd’hui une dimension presque symbolique. Malgré la fatigue et les incertitudes, il a tenu à être présent. Il avait même promis de revenir. «Il voulait me parler de son projet et le présenter dans Mizik dan lacour», confie Tirolie, encore touchée par ce rendez-vous resté en suspens.

Au-delà de la musique, Mizik dan lacour devient aussi un espace de réflexion sur la formation artistique. Tirolie souligne le manque d’apprentissage théorique dans certaines écoles de musique, notamment la lecture de partitions. Une lacune qu’elle espère contribuer à combler à travers ses différentes rubriques. Sans financement ni rémunération, elle poursuit pourtant l’aventure avec constance. «Je le fais pour la promotion de l’industrie musicale», affirme-t-elle simplement.

Diffusé sur YouTube et TikTok, le projet continue de grandir, avec de nouvelles initiatives comme Zanfan des îles, consacré aux jeunes talents.

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