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Shameer Coonjah : L’un des derniers visages de la vente de journaux

3 mai 2026, 16:00

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Shameer Coonjah : L’un des derniers visages de la vente de journaux

■ Installé à Plaine-Verte, non loin du Khadafi Square, Shameer Coonjah exerce le métier de revendeur de journaux depuis plus de trente ans. © Kiranchand Sookrah

Même en jour férié, Plaine-Verte reste animée. Les rues bourdonnent de vie. Entre ceux venus faire les provisions du mois, d’autres qui profitent du long week-end pour se détendre, ou encore les habitués attirés par une friture chaude et quelques retrouvailles entre amis, le quartier garde son effervescence coutumière. Assis non loin du Khadafi Square, Shameer Coonjah observe la scène avec un regard familier. Depuis plus de trente ans, il vit au rythme des journaux qu’il revend chaque jour. Un métier qu’il connaît sur le bout des doigts, mais qu’il voit aujourd’hui s’éteindre lentement.

Autour de lui, plusieurs passants le saluent. Certains s’arrêtent, jettent un œil aux Unes, puis repartent avec un exemplaire sous le bras. Le vendredi, ce sont surtout les magazines hippiques, notamment l’express Turf, qui trouvent preneurs. Mais pour Shameer Coonjah, les ventes d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec celles d’hier. «Avant, les marchands écoulaient 200 à 300 copies par jour. Aujourd’hui, la majorité a déserté les lieux. Beaucoup préfèrent vendre de la nourriture de rue, car c’est bien plus rentable que les journaux», raconte-t-il sans détour. Le métier, il y est tombé très jeune. À seulement huit ans, il accompagnait déjà son père. «Lors des meetings, je revendais les livrets spéciaux de l’express. C’est comme ça que j’ai commencé.» Une enfance plongée dans la vente de presse, qui l’a naturellement conduit à reprendre le flambeau familial. Après le School Certificate, il arrête ses études, convaincu par les promesses d’un avenir stable dans ce secteur.

«Mon père me disait qu’il y avait un vrai avenir dans ce métier, que je gagnerais mieux ma vie qu’ailleurs. Mais cela a été une désillusion. Les profits ne suivent pas. Et depuis le confinement lié au Covid, le chiffre d’affaires a encore chuté.» Aujourd’hui, la réalité économique est brutale. Les marges sont faibles, les charges nombreuses, et recruter du personnel devient presque impossible. Shameer Coonjah en sait quelque chose.

«Avant, j’avais cinq points de vente à Port-Louis. J’ai dû en fermer trois : près du bureau de l’express, à la rue des Pamplemousses, et à Saint-François près de l’église. Les dimanches, nous avions encore plus d’emplacements. Ce temps est révolu.»

Il illustre la difficulté avec des chiffres simples. «Si quelqu’un réalise Rs 3 000 de ventes, avec 10 % de commission, cela fait Rs 300. Ensuite, il faut payer le transport. À la fin, il ne reste presque rien.» Mais au-delà des chiffres, c’est toute une habitude de consommation qui a changé. Selon lui, le plus grand défi reste le désintérêt croissant pour la lecture papier, particulièrement chez les jeunes générations. «Les jeunes ne lisent plus les journaux. Beaucoup de marchands ont déjà arrêté. Ce métier est appelé à disparaître.»

Une disparition qu’il juge d’autant plus amère que les revendeurs n’ont jamais bénéficié du soutien nécessaire pour se moderniser ou se réinventer. «Avant, les supermarchés et les boutiques ne voulaient pas vendre les journaux, car les profits étaient trop faibles. Demain, les marchands auront disparu… et ce sont les boutiquiers qui continueront ce travail.»

Sous le soleil de Plaine-Verte, entre nostalgie et lucidité, Shameer Coonjah poursuit pourtant sa journée. Comme un gardien silencieux d’un métier qui fut jadis indispensable, et qui lutte aujourd’hui pour survivre dans un monde tourné vers l’instantané numérique.

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