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Rentrée 2ᵉ trimestre
Téléphones portables à l’école : En attendant la mesure d’interdiction, on raccorde les réflexions
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Rentrée 2ᵉ trimestre
Téléphones portables à l’école : En attendant la mesure d’interdiction, on raccorde les réflexions
■ Entre encadrement scolaire et éducation au numérique, le débat sur les téléphone portable en classe met en lumière les défis d’une génération hyperconnectée.
La question de l’interdiction du téléphone portable dans les établissements scolaires continue de susciter débats et réflexions au sein de la communauté éducative. Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a récemment précisé que la mesure n’entrera pas en vigueur immédiatement. Prévue pendant le deuxième trimestre, son application interviendra dans un délai de quatre à cinq semaines, après validation par le Conseil des ministres et une phase de consultations, notamment avec les acteurs éducatifs de Rodrigues.
Ce report vise avant tout à permettre un exercice de communication et d’explication. «Enseignants et élèves doivent comprendre ce que l’on attend d’eux», a insisté le ministre. L’objectif n’est pas d’imposer une interdiction stricte, mais d’encadrer l’usage des téléphones pendant les heures de classe. Une utilisation reste ainsi possible à des fins pédagogiques ou médicales, sous la supervision des enseignants. D’ailleurs, près de 80 % des établissements scolaires appliqueraient déjà une forme de régulation, ce qui laisse entrevoir une transition progressive.
Du côté des éducateurs, le constat est largement partagé : l’usage excessif du téléphone portable perturbe le bon déroulement des cours. Harrish Reedoy, pédagogue, estime que la mesure est «à la fois applicable et pertinente». Il souligne que les smartphones nuisent à la concentration des élèves, favorisent la distraction et peuvent engendrer des comportements inappropriés. Selon lui, une interdiction bien encadrée, accompagnée d’une sensibilisation des élèves et des parents, pourrait contribuer à restaurer un climat d’apprentissage plus serein. Toutefois, il insiste sur la nécessité d’une application rigoureuse et d’une collaboration étroite entre tous les acteurs de l’éducation.
Même son de cloche de la Government Teachers Union (GTU). Son négociateur, Vinod Seegum, évoque une «distraction permanente» en classe, avec des conséquences directes sur les performances scolaires et la socialisation des élèves. Il déplore également la disparition progressive de la culture de la lecture. Pour lui, il est indéniable que l’usage abusif du téléphone nuit à la qualité de l’enseignement.
Bannir ou contrôler ?
Toutefois, Vinod Seegum nuance le débat. S’il reconnaît la nécessité d’agir, il préfère parler de contrôle et de discipline plutôt que de bannissement strict. Il rappelle que les procédures légales et les consultations en cours nécessitent du temps, et que la mesure doit être appliquée de manière réfléchie. Il met également en garde contre certaines propositions jugées excessives, comme l’idée d’imposer les mêmes restrictions aux enseignants. «Le professeur est un modèle», affirme-t-il, estimant que la responsabilisation doit primer. Dans un contexte de digitalisation croissante, il souligne que le téléphone est devenu un outil pédagogique à part entière, utilisé pour les recherches, les notes ou encore les supports d’apprentissage.
Pour Vikash Ramdonee, président de l’United Deputy Rectors and Rectors Union, la position est plus tranchée. Il se dit clairement favorable à l’interdiction du téléphone portable dans les établissements scolaires. Selon lui, ces appareils ont déjà causé «beaucoup de dégâts» dans le milieu éducatif et continuent de représenter un danger, non seulement pour les élèves, mais aussi pour la société dans son ensemble. Il estime que l’absence de contrôle constitue un risque majeur et insiste sur la nécessité d’éduquer les jeunes aux dangers liés à l’usage des smartphones. «Il faut que l’enfant sorte gagnant», affirme-t-il, tout en dénonçant certaines tentatives d’instrumentalisation des élèves pour contester la mesure.
Et après l’école ?
Si l’encadrement des téléphones en classe est perçu comme une avancée, la question de son efficacité réelle pour protéger les adolescents des dérives du numérique reste posée. Pour Vinod Seegum, c’est «Non, un grand non.» Il estime que le problème dépasse largement le cadre scolaire. Les risques liés au numérique – cyberharcèlement, dépendance aux écrans, exposition à des contenus inappropriés – se manifestent principalement en dehors de l’école.
Le bannissement, souligne-t-il, n’agit que sur une partie limitée de la journée. «Le téléphone n’est pas le problème en soi. Le véritable enjeu reste l’usage que l’on en fait.» Il plaide ainsi pour une éducation au numérique dès le plus jeune âge, ainsi qu’une implication accrue des parents et une formation adaptée des enseignants. Harrish Reedoy partage cette analyse. En tant que chef d’établissement, il estime que l’interdiction seule est insuffisante. Une approche globale est indispensable, intégrant sensibilisation, accompagnement parental et formation. L’objectif doit être de former des citoyens numériques responsables, capables de faire un usage éclairé des technologies.
Quid des réseaux sociaux ?
La question d’une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans divise également. Vikash Ramdonee insiste sur la nécessité d’un usage responsable et d’un encadrement renforcé avec une plus grande implication des parents et une régulation de l’usage des outils numériques dans l’apprentissage.
Harrish Reedoy évoque les expériences menées dans certains pays, tout en soulignant leurs limites. Les difficultés de vérification de l’âge et les risques de contournement rendent ces mesures complexes à appliquer, mais met en garde contre les atteintes potentielles aux libertés individuelles.
Vinod Seegum abonde dans le même sens car interdire sans préparer les jeunes peut les exposer à des risques plus importants. «On ne protège pas un enfant en lui cachant le monde, mais en lui apprenant à y faire face.»
Au final, l’encadrement du téléphone portable à l’école, bien que nécessaire, ne constitue qu’une partie de la réponse. Tous les acteurs s’accordent sur un point essentiel : l’éducation au numérique est incontournable. Former, encadrer et responsabiliser les jeunes apparaît comme la seule voie durable pour faire face aux défis du monde digital. Cette responsabilité ne repose pas uniquement sur l’école, mais implique également les parents, les institutions et la société dans son ensemble. Dans un monde de plus en plus connecté, l’enjeu dépasse la simple question du téléphone en classe. Il s’agit de préparer les jeunes à évoluer de manière responsable dans un environnement complexe, tout en préservant leur bien-être et leur capacité d’apprentissage.
Interdiction aux enseignants : «Discriminatoire»
La décision d’interdire aux enseignants l’usage du téléphone portable à partir de la rentrée continue de susciter de vives réactions. Dans une lettre ouverte au ministre de l’Éducation, des enseignants expriment leur incompréhension face à une mesure jugée «disproportionnée» et «discriminatoire». S’appuyant sur leur expérience, certains évoquent plus de 20 ans de service au primaire pour dénoncer une décision qui reposerait davantage sur des perceptions que sur des données concrètes. «Sur quelle base factuelle cette interdiction a-t-elle été prise ?» interrogent-ils, remettant en question l’absence d’études démontrant un usage abusif du téléphone par les enseignants au détriment de leur mission pédagogique.
Au cœur des critiques : le ciblage exclusif du corps enseignant. Les signataires s’interrogent sur l’équité d’une telle mesure, qui ne s’applique pas à l’ensemble de la fonction publique. «Sommes-nous les seuls à devoir faire preuve d’éthique ?» demandent-ils, estimant que cette décision traduit une forme de défiance institutionnelle. Au-delà du symbole, les enseignants insistent sur l’utilité concrète du téléphone portable dans leur quotidien. Loin d’être un simple accessoire, il constitue, selon eux, un outil indispensable pour gérer les urgences, communiquer avec les parents, se coordonner avec l’administration ou encore accéder rapidement à des ressources pédagogiques.
Plaidant pour une approche plus équilibrée, les enseignants appellent à un encadrement clair de l’usage du téléphone plutôt qu’à une interdiction générale. Ils invitent ainsi le ministère à privilégier le dialogue et la concertation. «Une politique éducative ne se construit pas contre les enseignants, mais avec eux», concluent-ils, appelant à une révision de la mesure dans un esprit d’équité et de respect mutuel.
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