Publicité

Nouveau single

Ras Gérard aux couleurs du patriotisme

11 avril 2026, 18:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Ras Gérard aux couleurs du patriotisme

Direction le Craft Market, au Caudan. À gauche, dans la première échoppe, entre ravannes lapo, objets de décoration et accessoires de mode, n’allez pas croire que c’est simplement un vendeur qui se tient devant vous.

Ras Gérard, dans une autre vie, s’est fait connaître dans le milieu musical sous son vrai nom : Kirty Oclou. Gérard, c’est son deuxième prénom. Presque une nouvelle identité, pour porter haut le quadricolore. Kat kouler, c’est le single que Ras Gérard a sorti, en prélude à l’album éponyme, à venir. Cela, après un long parcours artistique tout en creux et en bosses.

Ce qui ne l’empêche pas de chanter, à 63 ans, «la beauté de notre paradis», les couleurs qui font vibrer notre fibre patriotique. Dans le clip, rythmes et paroles s’enchaînent sur des images «ki montre inpe kot mwa dan Cassis». L’album avec 10 morceaux sortira fin mai. Parmi les thèmes abordés : ces bouts de papier qui font tourner le monde – comprenez l’argent.

Cordonnier, mécanicien, tailleur

Enfant, ce fils de docker joue d’abord du jerrycan. «Monn gete kouma dimounn zwe. Kouma zot poz li, mo trape, mo seye.» La technique : deux personnes peuvent en jouer. D’un côté, une pierre à la main, l’un fait les sons aigus, au milieu, ce sont les graves. Autre technique : «enn dimounn pran enn ros, li grat li». Le son est proche de celui de la maravanne. Sauf que le lendemain, gare à la main douloureuse. Ras Gérard a touché à plusieurs professions: cordonnier, mécanicien, tailleur. Jusqu’à ce que soudeur dans l’industrie sucrière, «dan lizinn dite ousi», devienne son métier.

Au milieu des années 1990, il est embauché par la municipalité de Port-Louis. Le voilà éboueur. Pendant huit ans, réveil à 5 heures du matin pour «lever» les ordures. «Mo respe bann travayer ki fer sa. Pena enn plas pou manze, pena plas pou al twalet, bizin al derier pie. Aster, kan mo trouv zot, mo donn zot enn tas dite.»

Mais l’avantage de ce gagne-pain, c’est qu’il donne une stabilité. «Pez nene bwar dilwil, monn pran loan, monn fer mo lakaz.» Il laisse le temps de faire des petits boulots de soudure à côté. Il permet de s’investir dans la musique. De rencontrer un autre artiste de son quartier, à Cassis : Lelou Menwar. «Dans les années 1990, il revient de la Réunion avec son livre sur une méthode de la ravanne. Nous avons monté une école.» Il participe au projet Mega Ravanne, initié par le Centre culturel Charles Baudelaire. Sur sa route, il y aura aussi le «colonel», le regretté ingénieur du son Georges Corette.

Ras Gérard a connu la vie communautaire à Terrasson, Pointe-aux-Sables. Louer une maison à neuf artistes – avec parmi eux Ras Minik, Georges Corette, Menwar – pour faire une école de musique, maîtriser les techniques de fabrication de la ravanne. «Vremem pa fasil pou viv avek Georges», se souvient-il. «Ar li, mo ti kouma dir dan larme.» Mais Ras Gérard lui est infiniment reconnaissant de lui avoir montré le chemin de l’indépendance : «Mo kapav netway mo lakaz, kwi mo manze, dres mo linz par mwa. Kitfwa lakoz samem ki mo pankor marie», sourit-il. Il y restera pendant trois ans.

Avec Kurwin Castel, Ras Gérard suit alors Menwar. L’album Leko Rivyer Nwar sort en 2002. Par la suite, le style de Menwar évolue vers le sagaï. Ras Gérard participe aux nombreuses tournées jusqu’en 2011.

Cette fois, avec Kurwin Castel, ils montent le groupe Lespri ravann. Leur grand tube : Madam Baya. Le groupe finira par se séparer. Ras Gérard décide de tracer sa propre route. Et de monter le groupe Langaz Ravann.

Publicité