Publicité

Dans la presse du…

22 Août 1993 : Le MMM tente un impossible pari

11 avril 2026, 10:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

22 Août 1993 : Le MMM tente un impossible pari

Source : les archives de l’express

Unanimité pour reconnaître qu’avec la décision du comité central de ratifier la décision de maintenir les ministres MMM au sein du gouvernement et de permettre au secrétaire général du MMM, Paul Bérenger, de siéger en tant que backbencher, le MMM tentera une expérience inédite pour ne pas dire un impossible pari. Si après les délibérations des instances du MMM, les dirigeants du parti épousaient publiquement la thèse de l’unanimité et de l’unité, n’empêche que la question du «modus operandi» de cette cohabitation mauve demeure posée. L’express a interrogé le principal concerné par cette affaire, Paul Bérenger. C’est ce que rapporte l’express du dimanche 22 août 1993.

? Bérenger : «Une plus grande marge de manoeuvre verbale»

? Lors de votre conférence de presse vendredi pour commenter la déclaration du Premier ministre relative à votre révocation, vous avez fait état de votre soulagement d’avoir pu retrouver davantage de liberté qu’auparavant. Que répondrait Paul Bérenger à ceux qui l’accusent de ne pas pouvoir se débarrasser de sa culture d’opposition ?

D’abord, je voudrais préciser ce que j’avais dit lors de cette conférence de presse. J’avais dressé une liste d’occasions où s’est manifestée ce que j’ai qualifiée de façon de faire grossière, brutale et inhumaine d’Anerood Jugnauth en tant que Premier ministre. Dans cette liste, il y avait bon nombre de questions sur lesquelles je n’ai pas pu m’exprimer, soit pas du tout, soit pas comme je l’aurais souhaité, parce que j’étais encore ministre du gouvernement.

Tout ce qui vient de se passer ne s’était pas encore passé. Pour citer deux exemples, il y a eu l’affaire de la Sri Lankaise, enceinte de huit mois, soit un enfant ayant légalement la nationalité mauricienne. Le dossier de l’affaire de la Sri Lankaise avait été arrachée à la Cour suprême dans les circonstances que l’on sait. La Sri Lankaise a été déportée accompagnée d’un douanier et d’une sage-femme.

L’autre cas concerne l’affaire du juge Ahnee où le Premier ministre a violé les Standing Orders de l’Assemblée nationale, qui stipulent qu’on ne peut critiquer le président de la République ou encore des juges de la Cour suprême, sauf par voie de motion. Le Premier ministre a bel et bien violé les Standing Orders les plus élémentaires et a dit ce qu’il a dit sur le juge Robert Ahnee. Cette déclaration a généré les conséquences que l’on sait. Je l’avoue: il m’a été particulièrement pénible de ne pas pouvoir prendre position contre cette manière de faire dans ces deux cas au moins.

Compte tenu de toute cette sérié d’occasions où le Premier ministre a fait montre d’une certaine manière inacceptable, je n’ai pu m’empêcher d’avoir ce sentiment de soulagement, non pas parce que cela me faisait plaisir d’être révoqué encore moins parce que je suis plus à l’aise dans l’opposition. Je dis carrément non.

J’ai eu un certain sentiment de soulagement parce que j’ai eu à me taire ou à ne pas dire tout ce que j’avais à dire dans de multiples occasions. Ayant précisé ces points, la première chose que je souhaite est qu’à partir de maintenant de telles occasions ne se présentent pas. Je souhaite que je n’aurais pas à prendre la parole en tant que secrétaire général de parti pour intervenir dans ce genre de circonstances. Moi, qui ne suis plus ministre, je souhaite ne plus avoir de telles occasions, qui m’obligeraient à prendre position.

Pour revenir à l’essentiel de la question, je maintiens que le MMM n’a pas une culture d’opposition. Cela fera bientôt trois ans que le MMM est au gouvernement Nous avons déjà prouvé amplement que nous sommes, plus que n’importe quelle autre formation politique, un parti de gouvernement. Le MMM est un parti d’action, d’efficacité gouvernementale et qui ne se contente pas seulement de propositions.

? Mais M. Bérenger, comment réconciliez-vous le fait que des ministres MMM se retrouvent au sein du gouvernement et que vous, en tant que secrétaire-général de ce même MMM, soyez appelé à faire office d’opposition que ce soit à l’Assemblée ou dans les débats nationaux ? La formule n’est-elle pas porteuse d’autres crises politiques à l’avenir ?

Maintenant que je suis secrétaire-général du MMM et secrétaire-général seulement, je souhaite bien sûr ne pas avoir à critiquer ou même dénoncer dans les jours à venir l’action gouvernementale ou le comportement, les décisions du Premier ministre en particulier.

Avec la décision du comité central de samedi, avec des ministres MMM qui restent au gouvernement, le parti est pleinement conscient de ce que cela continuerait à vouloir dire en terme de solidarité gouvernementale.

En tant que secrétaire-général d’un parti qui est au gouvernement, je suis pleinement conscient de la marge de manoeuvre verbale ou autre dont je dispose. Il n’y a pas de doute que n’étant plus ministre et étant secrétaire-général, ma marge de manoeuvre verbale et autre augmente. La question sera de savoir ne pas aller trop loin.

Je le répète : je souhaite ne pas avoir d’occasions pour commenter ou dénoncer l’action du gouvernement. La liberté que la révocation me donne n’est pas seulement une marge de manoeuvre pour critiquer, pour dénoncer mais aussi pour proposer.

En tant que secrétaire-général, il fait peu de doute que je viendrai avec de nouvelles propositions du MMM, les expliquer et les faire mieux comprendre. Je n’étonnerai personne si je vois que l’on pourrait commencer avec de nouvelles propositions de réformes au système électoral.

Quand je m’adressais aux militants après la réunion du comité central du MMM, un militant a évoqué la possibilité d’introduire à l’Assemblée nationale une loi pour interdire le transfugisme, telle qu’elle existe en Inde. C’est certainement une proposition qui mérite considération. Je compte me pencher sur cette possibilité.

Il y a encore l’éventualité d’une loi sur les finances des partis politiques à Maurice. Cette question de financement des partis politiques est à la Une de l’actualité dans plusieurs pays du monde. Pour résumer, je soulignerai que la révocation m’octroie une plus grande liberté non pas seulement pour critiquer et dénoncer mais aussi pour proposer et discuter.

? Dans une récente interview à «Le Militant», l’organe du MMM, vous avez laissé percevoir un certain découragement. Avec les événements politiques de cette semaine, peut-on savoir si le secrétaire général ressent toujours ce découragement ?

Bien au contraire. Mais, je voudrais dire davantage sur ce que j’avais sur le coeur lors de cet entretien à Le Militant. Nous avions déjà présenté notre analyse sur les raisons de la défaite aux élections partielles de Beau-Baissin/Rose-Hill. Je me permets de rappeler les cinq principaux points.

Il y a d’abord certaines décisions du gouvernement, à commencer par la restructuration des subsides sur le riz et la farine. L’électorat du MMM a très mal digéré cette décision.

La deuxième raison est la façon de faire du Premier ministre en particulier. Cela nous a fait beaucoup de tort. L’électorat du MMM n’accepte pas certaines façons de faire.

Troisièmement, il y a le sentiment généralisé au sein de notre électorat, surtout nos activistes, que quand il y a eu des avantages à bénéficier du gouvernement, le MMM n’a pas eu un fair deal, soit que le MSM a tiré les draps à lui.

Quatrièmement, nous sommes arrivés à la conclusion que le gouvernement continue de perdre quotidiennement la bataille de l’information, de la communication.

Finalement, il y a des raisons purement locales, soit une situation de confusion, de conflit au niveau de l’administration de la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill.

En toile de fond général, j’ai aussi partagé le constat que la corruption des moeurs et l’égoïsme matérialiste ont rongé les bases de notre société civile et politique. Il y a quelque chose de profondément malsain qui se passe dans la politique mauricienne. L’exemple n’est autre que ce parti, qui prétend prôner un certain renouveau mais qui pour attirer les foules à ses meetings organise des loteries où pour gagner il faut avoir un billet et être présent au rassemblement, donne à boire et à manger dans certains endroits, procède à la distribution de saris dans des villages. C’est un symptôme. (…)

Par contre, en ce qui concerne la situation politique difficile que le MMM traverse depuis mercredi dernier, le courage et la volonté sourde et parfois coléreuse des militants de la base m’ont surpris. Loin d’avoir été découragés devant ce qui se passe, ils se sont organisés avec la ferme volonté d’aider le parti, de faire face à n’importe quelle éventualité et de préparer l’avenir.

C’est vrai que le MMM passe par des situations vraiment difficiles. C’est vrai aussi qu’une certaine presse s’acharne contre moi en publiant systématiquement entre autres choses des faussetés. J’ai l’habitude de tout cela. Parfois, j’ai aussi mes états d’âme, mais pas souvent.

? Après les événements politiques de la semaine écoulée, comment voyez-vous les relations entre les deux principaux partenaires au sein du gouvernement ?

Depuis ma révocation du gouvernement, je peux dire que les relations entre les deux principaux partenaires ne seront plus les mêmes. Il y a la révocation et la manière de faire de Jugnauth. Certainement, les choses ne pourront être plus comme avant. (…)

Publicité