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Navin Ramgoolam tranche sur les taxes pétrolières : «La réponse est non»

8 avril 2026, 06:30

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Navin Ramgoolam tranche sur les taxes pétrolières : «La réponse est non»

Navin Ramgoolam et Joe Lesjongard ont débattu hier au Parlement des taxes pétrolières et des conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient

La séance parlementaire d’hier a été marquée par une Private Notice Question (PNQ) particulièrement dense et tendue, portée par le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, sur les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient.

D’entrée de jeu, le chef du gouvernement a insisté sur la gravité exceptionnelle de la crise actuelle. Depuis le déclenchement du conflit le 28 février 2026, a-t-il expliqué, la situation n’a cessé de se détériorer, provoquant des perturbations majeures dans l’approvisionnement énergétique mondial. Il a rappelé que l’Agence internationale de l’énergie qualifie cette crise de «plus grande perturbation de l’offre dans l’histoire du marché pétrolier mondial». Elle entraîne non seulement une flambée des prix du pétrole, mais aussi une réduction drastique de l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié et en fertilisants, avec des conséquences en chaîne sur les marchés alimentaires et industriels.

Le Premier ministre a également attiré l’attention sur la situation géopolitique dans le détroit d’Ormuz, point stratégique pour le transport du pétrole, actuellement sous étroite surveillance. Selon lui, les tensions dans cette région contribuent à alimenter une instabilité globale, accentuée par la hausse des coûts du fret maritime, des assurances et la volatilité des marchés financiers. Il a souligné que plusieurs grandes économies ont déjà décrété un état d’urgence économique face à ces chocs successifs, tandis que des institutions comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale se coordonnent pour tenter d’en limiter les impacts.

Dans ce contexte mondial particulièrement tendu, Navin Ramgoolam a mis en exergue la vulnérabilité spécifique de Maurice, une économie ouverte, fortement dépendante des importations, notamment de produits pétroliers, et tributaire de la stabilité des routes maritimes et du secteur touristique. Il a expliqué que ces facteurs exposent le pays à un choc externe majeur, susceptible d’affecter durablement l’inflation, la croissance économique, la balance des paiements et, surtout, le coût de la vie des Mauriciens.

Pour illustrer l’ampleur de la crise, il a indiqué que le prix du baril de Brent est passé de 72,48 dollars à 111 dollars en l’espace d’un mois, soit une hausse de 53 %. Cette augmentation s’est immédiatement répercutée sur la facture d’importation des produits pétroliers de la State Trading Corporation, qui a bondi de 82 % en mars. Une nouvelle hausse d’environ 21 % est déjà anticipée pour avril. Parallèlement, la montée des prix des denrées alimentaires et des intrants agricoles accentue les pressions inflationnistes, tandis que la roupie subit des tensions sur le marché des changes.

Comité de crise

Répondant aux différentes composantes de la PNQ, le Premier ministre a précisé que le comité de crise interministériel s’est réuni pour la première fois le 1er avril 2026. Il a examiné les travaux d’un comité de haut niveau présidé par le Financial Secretary et a proposé plusieurs pistes de mesures. Un rapport a déjà été soumis et doit être discuté lors d’une nouvelle réunion aujourd’hui, avant d’être transmis au Conseil des ministres vendredi Navin Ramgoolam et Joe Lesjongard ont débattu hier au Parlement des taxes pétrolières et des conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient. pour décision. Sur le terrain, plusieurs actions ont déjà été enclenchées.

Navin Ramgoolam a évoqué des mesures prises par le Central Electricity Board pour optimiser les stocks de fuel, ainsi qu’une intensification des campagnes de sensibilisation à l’économie d’énergie. Il a également insisté sur l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables, avec un objectif de production de 405 mégawatts dans les prochaines années. Des restrictions sur l’utilisation non essentielle de l’électricité et des directives adressées aux ministères pour réduire leur consommation énergétique sont aussi à l’étude. Par ailleurs, les autorités affirment avoir sécurisé l’approvisionnement en produits pétroliers jusqu’en juillet, et en fuel lourd jusqu’à l’année prochaine.

Le Premier ministre a aussi mis en avant ses démarches diplomatiques, rappelant avoir abordé la question de la sécurité énergétique avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors de ses visites officielles en septembre 2025 et en février 2026. Il a annoncé qu’un accord de gouvernement à gouvernement pour l’approvisionnement en produits pétroliers doit être signé ce jeudi avec l’Inde. Toutefois, il a déploré le refus de la raffinerie de Mangalore de reprendre ses livraisons à Maurice, imputant cette situation à la résiliation d’un précédent contrat par l’ancien gouvernement.

«Vous avez mis le pays en faillite»

C’est sur ce terrain que les échanges avec l’opposition se sont intensifiés. Joe Lesjongard a dénoncé ce qu’il considère comme un manque de réactivité du gouvernement, soulignant que le comité de crise n’a tenu sa première réunion qu’un mois après le début du conflit. Il a également insisté sur l’urgence de mesures sociales concrètes pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages, évoquant notamment la réintroduction de certaines allocations et des aides ciblées pour les travailleurs à faibles revenus.

Face à ces critiques, Navin Ramgoolam a vivement répliqué, accusant l’ancien gouvernement d’avoir laissé des finances publiques exsangues. «Vous avez mis le pays en faillite», a-t-il lancé, rejetant toute possibilité de nouvelles dépenses sans ressources correspondantes. Il a également dénoncé ce qu’il qualifie de contradictions dans les propos de l’opposition, qui réclame à la fois des baisses de taxes et s’inquiète du financement des importations.

La question du coût des carburants a été au cœur des débats. Interrogé sur une éventuelle réduction temporaire de la TVA et des droits d’accise sur les produits pétroliers, le Premier ministre a été catégorique. Répondant au député Khushal Lobine, il a affirmé que «plusieurs pays ne sont pas dans une situation de faillite», concluant sans ambiguïté : «La réponse est non». Pour l’année en cours, les recettes attendues s’élèvent à Rs 3,9 milliards pour la TVA et à Rs 4 milliards pour les droits d’accise sur les carburants, des montants jugés indispensables dans le contexte actuel.

Les discussions ont également porté sur la capacité du pays à financer l’augmentation des importations pétrolières en devises étrangères. L’opposition a évoqué un coût supplémentaire de USD 30 millions par cargaison, avec plusieurs livraisons attendues dans les mois à venir. Là encore, le Premier ministre a tenu l’ancien gouvernement pour responsable, tout en soulignant la nécessité de gérer les ressources avec prudence.

Le secteur touristique n’a pas été épargné. Joe Lesjongard a mis en avant la hausse spectaculaire du prix du jet fuel, susceptible d’entraîner une augmentation des billets d’avion et une baisse de la fréquentation touristique. Navin Ramgoolam a reconnu que ces hausses sont inévitables à l’échelle mondiale, précisant que Maurice ne peut pas contrôler les prix internationaux du pétrole.

Dans la même veine,Adrien Duval a interpellé le gouvernement sur les tarifs d’Air Mauritius, jugés élevés par rapport à certaines compagnies étrangères. Le Premier ministre a rejeté toute comparaison avec Emirates, estimant que les deux entités évoluent dans des contextes totalement différents. Enfin, plusieurs sujets sensibles ont été évoqués en fin de séance, notamment la hausse du prix du diesel, son impact sur les petites et moyennes entreprises, ainsi que la possible augmentation du prix du pain. Sur ce dernier point, le chef du gouvernement a reconnu la légitimité des revendications des boulangers, indiquant que la question est actuellement à l’étude, dans le cadre des mesures globales à venir.

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