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Olivier Hein : Raconter l’histoire de Maurice avec «honnêteté»
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Olivier Hein : Raconter l’histoire de Maurice avec «honnêteté»
Condenser plus de quatre siècles d’histoire de Maurice en moins de 300 pages. Un défi que relève Olivier Hein dans «Star and Key: The Historical Adventure of Mauritius».
Ouvrir un livre comme si on entamait une discussion. «History is fun. Some people may question this, but invariably it’s because they had an uninspiring experience during their school days. In reality, history is like life: adventurous, exciting, unpredictable, dangerous, sad, funny and all the rest.» Celui qui nous parle en connaissance de cause, c’est Olivier Hein. Son ouvrage, Star and Key: The Historical Adventure of Mauritius, est paru chez Hurst & Company, London en 2025.
Le propos ? «I have chosen to write and present this book on the history of Mauritius a bit like an adventure story», écritil en préface. Lors d’un récent séjour à Maurice, fin mars, Olivier Hein nous en a dit plus sur son style d’écriture. L’essentiel n’étant pas de raconter des événements, mais de «raconter une histoire où Maurice est le personnage central».
Selon l’auteur, on ne se rend pas compte à quel point l’histoire de Maurice est «excitante : il y a tellement de choses qui se sont passées ici en seulement quatre siècles que seul le récit d’aventure peut y rendre justice». Olivier Hein insiste : «I could only write a book if it was honest to me.» Une bonne foi qu’il professe en soulignant qu’il a conçu un ouvrage «qui ne fait pas de polémique et qui n’est pas provocant».
Ce choix littéraire pousse l’auteur à éviter de nous raconter une histoire fragmentée. Il remonte aussi loin que les origines géologiques de l’île, recensant les premières graines qui ont pris racines. «And then came the birds.»
Bond dans le temps. Est arrivée par la suite la classification des citoyens selon l’appartenance religieuse et ethnique. «One cannot write about Mauritian history without referring to the various components of the famed Mauritius “rainbow”», reconnaît l’auteur. Il précise, en préface, s’agissant des groupes ethniques, qu’il a utilisé «wording that is as neutral and unpolitical as possible», tout en évitant «anything that can be deemed offensive, inaccurate or pejorative».
Le plus frappant, c’est sa façon vivante de restituer des personnages historiques. De les mettre en scène comme des êtres de chair et de sang, ce qui éclaire mieux leurs actions et leur héritage, en éludant les clichés.
Deux exemples frappants : les gouverneurs Nicolas de Maupin et Mahé de La Bourdonnais. Sous la plume d’Olivier Hein, Maupin devient plus qu’un nom de rue à Port-Louis et La Bourdonnais n’est plus figé comme sa statue devant le port.
L’auteur dépeint un gouverneur Maupin détestable. «Astonishingly arrogant, he repeated to anyone who would listen that the job was utterly beneath him.» Mais il n’oublie pas que c’est lui qui déplace le chef-lieu de Grand-Port à Port-Louis.
Dans son théâtre d’ombres, l’auteur fait évoluer La Bourdonnais sous les traits d’un hyperactif. «He is still strong yet quite youthful looking, despite sleeping three hours a night.» Une référence à l’épouse trompée de La Bourdonnais, Anne-Marie Lebrun de La Franquerie, en dit long sur le gouverneur. «She is by now immune to her husband’s boundless energy, but can see that even he is excited by what lies ahead.»
D’emblée, le chapitre qui est consacré à ce gouverneur s’intitule The Man Who Changed Everything. On sent la sympathie de l’auteur pour ce personnage. Ce qu’il tempère en décrivant l’attitude de La Bourdonnais envers l’esclavage.
Il considérait les esclaves «as a menace, regardless of their heritage, and in a shocking move to display his steely determination, he condoned the burning alive of a runaway slave known locally as Sans Souci in November 1739. It was an uncharacteristically grotesque decision by the governor, but it had the effect he wanted and attacks on the colonists dropped».
De quoi équilibrer la vision à sens unique du «bâtisseur» que le lecteur pourrait avoir de La Bourdonnais.
À la question : faut-il déboulonner la statue de La Bourdonnais à Port-Louis (en 2023 à La Réunion, sa statue a été déplacée du centre-ville de Saint-Denis vers une caserne militaire pour des raisons liées à son passé esclavagiste), l’auteur – diplomate de carrière – ne se prononce pas.
Autre clin d’œil qui, cette fois, ne manque pas d’humour : le portrait qu’il dresse de Sir John Pope Hennessy, «the fifteenth British administrator since 1810».
Avant d’être nommé à Maurice, Hennessy avait été en poste à Hong Kong de 1877 à 1882. «He had shown that he sympathised disproportionately with the locals», écrit Olivier Hein.
Qui poursuit : «He was a passionate man elsewhere too, finding time to father two illegitimate children in the process.»
En quoi c’est lié à l’histoire de Maurice, diriez-vous ? «This progressive attitude stuck with him after he arrived in Mauritius in 1883. Perhaps overly sympathetic to the wealthy planters, who exaggerated the hardships they had been put to by previous administrators, he was equally impressed by the emergent middle-class Creoles, who had worked cleverly with Mauritius’ booming press to lay down their case that some form of wider governmental representation was now due.»

Pour nourrir le récit de Star and Key – qui fait même référence à «a new form of Lougarou (…) known as Touni Minwi» – l’auteur a puisé dans une série de sources primaires et secondaires : les écrits laissés à la postérité par les personnages historiques eux-mêmes, les biographies, ce que d’autres disent d’eux.
Il s’est aussi rendu aux Archives nationales à Coromandel. «There was a little bit there.»
Le tout avec l’ambition que son ouvrage – qui s’arrête après le naufrage du Wakashio en 2020 – devienne «a secondary reference book for those studying more deeply».
Souveraineté Chagos, avec diplomatie
Quel regard un ancien diplomate britannique ayant des racines mauriciennes jette-t-il sur cette page de l’histoire pas du tout refermée qu’est la souveraineté sur l’archipel des Chagos ?Avec les précautions d’usage, Olivier Hein attire l’attention sur un changement de formulation.
D’abord, il note que l’Angleterre explique à son allié américain que les habitants de l’archipel sont des «temporary labourers, fully in knowledge that they were not». Ensuite, il souligne qu’en 1973, devant les Nations unies, les Britanniques affirment que «the Archipelago was detached from Mauritius in 1965 with the full agreement of the Mauritian Council of Ministers».
By 1977, this wording had morphed a little into «the maintenance of British sovereignty over the Chagos Archipelago was made after full consultation with the pre-independence government of Mauritius».
«This change from “full agreement” to “full consultation” seems like a minor detail, but in the world of diplomacy, every word carries meaning and implication.»
Revenant sur l’épisode du décret de l’aire marine protégée autour de l’archipel, l’auteur note : «To the uninitiated, it seemed like proof of the government’s ecological credentials; to others, it came across as little more than a cynical ploy to prevent Chagossians from ever returning. Even the US was baffled, as it couldn’t see how a protected marine zone could be reconciled with the reality of a huge military base sitting right in the middle of it.»
Parcours
Olivier Hein est né à Oxford. Son père était chirurgien ophtalmologue. Quand il a six mois, dans les années 1970, sa famille déménage et s’installe à Maurice.
Il passe son enfance à Floréal. Après ses études universitaires, dans les années 1990, il revient vivre à Maurice pendant un an.
«C’est là que j’ai développé un grand intérêt pour l’histoire. Je voulais en savoir plus sur celle de Maurice, mais je tombais toujours sur la version pour touriste. La version abrégée qui parle des Hollandais, des Français, des Anglais, des dodos, de l’île paradisiaque… et c’est à peu près tout.»
Le projet d’écrire sur l’histoire de Maurice est resté dans les tiroirs le temps qu’Olivier Hein fasse une carrière de diplomate auprès des Nations unies, de la Grande-Bretagne et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
Il a été en poste à New York, Paris, au Kosovo et au Turkménistan.
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