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Lutte contre la drogue
NADC : un nouveau cap, deux nouveaux visages
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Lutte contre la drogue
NADC : un nouveau cap, deux nouveaux visages
La National Agency for Drug Control (NADC) tourne une page. Le vendredi 4 avril, à l’issue du Cabinet ministériel, deux nominations ont redessiné le paysage de l’institution : Kunal Naik quitte le fauteuil de Chairperson pour endosser celui de Chief Executive Officer, succédant au Dr Fayzal Sulliman. Dans le même mouvement, Nadia Peerun est appelée à prendre la présidence du board. Deux profils complémentaires, une ambition commune : redonner à la lutte contre la drogue la cohérence et la lisibilité qui lui ont parfois fait défaut.
La séquence ne s’arrête pas là. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, présidera, le jeudi 16 avril, une réunion de la National Drug Control Commission, signal fort d’une volonté politique de placer ce dossier au sommet des priorités nationales. Ces changements conjugués dessinent une inflexion claire dans la manière dont Maurice entend conduire sa riposte : moins dispersée, plus coordonnée, et résolument tournée vers des résultats tangibles. Sur le terrain, où les attentes de la population restent vives, ce tandem inédit est déjà scruté comme un test grandeur nature. Car la NADC, institution encore jeune, doit aujourd’hui prouver qu’elle peut tenir ses promesses.
La répartition des rôles est nette. À Kunal Naik, la conduite opérationnelle au quotidien – pilotage, coordination, mise en œuvre des stratégies. À Nadia Peerun, la gouvernance, la supervision et le cap stratégique. Deux registres distincts, pensés pour se renforcer mutuellement.
? Pivot au cœur du dispositif national
Depuis sa création, la NADC occupe une position centrale : celle de l’institution qui relie. Forces de l’ordre, services de santé, ONG, institutions judiciaires, acteurs sociaux — tous ces maillons de la chaîne antidrogue doivent converger vers une action cohérente. C’est précisément là que réside le défi : éviter l’éparpillement, faire en sorte que chaque intervention s’inscrive dans une stratégie d’ensemble plutôt que de rester isolée.
L’ambition affichée est à la hauteur de l’enjeu. L’institution vise à bâtir un Maurice plus sain et plus sûr, où les individus, les familles et les communautés ne subissent plus passivement les ravages de la drogue, mais disposent des outils pour les prévenir et les surmonter. Sa mission est explicite : piloter une réponse nationale fondée sur des données probantes, coordonner les parties prenantes, et agir sur tous les fronts – prévention, traitement, réhabilitation, réinsertion et démantèlement des réseaux illicites – dans le strict respect des principes de santé publique et des droits humains.
? Constat alarmant : Drogues synthétiques
La NADC avait tenu, le lundi 16 mars, une rencontre avec des représentants de la presse dans le but de renforcer les échanges avec les journalistes et de mieux faire comprendre son rôle ainsi que son mode de fonctionnement. À cette occasion, les responsables de l’agence avaient passé en revue les différentes actions entreprises dans la lutte contre la drogue. La structure interne de la NADC a également été détaillée, notamment à travers la présentation de ses cinq divisions et de leurs domaines d’intervention respectifs.
L’ancien CEO de la NADC, le Dr Fayzal Sulliman, avait précisé que les projets et initiatives évoqués s’inscrivent dans le cadre du National Drug Control Masterplan. Ce plan stratégique, qui définit les grandes orientations de la politique nationale en matière de lutte contre la drogue, devrait être prochainement lancé par le Premier ministre.
Parmi les points marquants présentés lors de cette rencontre figure un constat préoccupant : la montée des drogues synthétiques à Maurice. Les données partagées indiquent que l’héroïne reste un fléau solidement implanté dans le pays, avec entre 12 000 et 14 000 usagers dépendants. Associée à une dépendance de longue durée, elle représente encore une proportion significative des délits liés aux stupéfiants, soit 29,1 % des infractions recensées en 2023. Les autorités évoquent ainsi une épidémie persistante, difficile à contenir malgré les dispositifs mis en place.
Cependant, c’est surtout l’essor des drogues synthétiques qui suscite une vive inquiétude. Considérées comme une menace émergente, elles se répandent rapidement, particulièrement chez les jeunes. En 2023, elles représentaient déjà 19,5 % des infractions liées à la drogue, avec une progression plus rapide que celle observée pour l’héroïne.
Les tendances relevées sur la période 2010–2024 confirment ce changement de dynamique : si les infractions liées à l’héroïne demeurent élevées mais relativement stables, celles associées aux drogues synthétiques enregistrent une augmentation constante, réduisant progressivement l’écart entre ces deux types de substances.
? Consultation publique prochainement : vers une réforme du cannabis
La NADC organisera des consultations publiques dans le cadre de la réforme de la politique sur le cannabis à Maurice.
Porté par un groupe de travail technique présidé par le board de la NADC, ce processus réunit des experts de différents ministères, du monde académique, des institutions de law enforcement ainsi que de la société civile.
À ce jour, huit réunions ont déjà été tenues, abordant les aspects juridiques, sanitaires, sociaux et économiques liés au cannabis.
Prochaine étape : une consultation nationale inclusive et transparente visant à ouvrir le dialogue avec les parties prenantes. Des études sont également en cours sur les impacts économiques, la santé publique, le marché et les risques, avec pour objectif final l’élaboration d’une politique basée sur des données probantes.
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Une nouvelle phase
Avec cette nouvelle configuration, la NADC entre dans une phase charnière. Celle de la structuration, de la coordination renforcée et de la recherche de résultats concrets. Le tandem Kunal Naik – Nadia Peerun devra démontrer que cette nouvelle gouvernance peut transformer l’approche nationale face à la drogue. Car à Maurice, l’enjeu est désormais clair : passer de l’intention à l’impact.
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Composition du board
⚫ Bilkis Rajahbalee-Cader : Permanent Secretary et représentante du Prime Minister’s Office
⚫ Asha Devi Sungkur Daby : Senior State Counsel et représentante de l’Attorney General’s Office
⚫ Poojanraj Khurun : Conservator of Forests et représentant du ministère de l’Agro-industrie, Food Security, Blue Economy and Fisheries
⚫ Dr Vedhiyen Moonsamy : Acting Director, Health & Wellness et représentant du ministère de l’Éducation et des ressources humaines
⚫ Jeanne Lan Hing Po : Permanent Secretary et représentante du ministère de l’Environnement
⚫ Jean Daniel Philippe Labonne : Permanent Secretary et représentant du ministère de l’Égalité des genres
⚫ Dr Ashwamed Dinassing : Acting Director General Health Services et représentant du ministère de la Santé et du bien-être
⚫ Khindev Gunputh : Director, National Occupational Safety and Health Department et représentant du ministère du Travail et des relations industrielles
⚫ Maheshwaree Naraini Madhub : Senior Chief Executive et représentante du ministère de Social Integration, Social Security and National Solidarity
⚫ Marie Dorine Patricia Achille-Feddoul : Principal Youth Officer et représentante du ministère de la Jeunesse et des sports
⚫ SP Hayman Dass Ghoorah / ACP Ajay Seebaluck, chef de l’ADSU, représentant du commissaire de police
⚫ Mr Aurelio Samoisy : Programme Manager,CRAC Anti-Drug Group, Rodrigues
⚫ Mr Faizal Eythee : Pharmacist, Dr Idrice Goomany Treatment Centre
⚫ Urvashi Dabysing : Director, Centre de Solidarité pour une nouvelle vie (CSNV)
⚫ Marie Jacques Désiré Achille : Strategic Communication and Prevention Manager, Prévention information lutte contre le Sida
⚫ Meydesy Sophie (Chrysalide)
⚫ Cécilia Samoisi-Duvergé : Administrator (Action for Health Care and Prevention)
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Questions à... Kunal Naik, nouveau CEO de la National Agency for Drug Control

? Comment accueillez-vous cette nomination ?
J’accueille cette nomination avec un sens élevé de responsabilité et de devoir. C’est une opportunité de structurer davantage l’action nationale et d’apporter plus de cohérence dans la lutte contre la drogue.
? Qu’est-ce qui va changer concrètement dans le mode de fonctionnement de la NADC maintenant que vous êtes CEO avec plus de responsabilités et de pouvoir ?
Concrètement, le fonctionnement de la NADC évolue vers un pilotage plus structuré et orienté sur les résultats. Nous renforçons la coordination, l’usage des données et le suivi des actions pour garantir une mise en œuvre plus rapide et efficace.
? La NADC a récemment proposé une belle initiative invitant la presse à découvrir les rôles et responsabilités de la NADC. On a compris que votre rôle c’est de pouvoir permettre aux différentes institutions de mieux collaborer avec une stratégie claire et précise et que les efforts ne soient pas éparpillés. On a vu plusieurs descentes de l’ADSU récemment. Peuton dire que maintenant la NADC a trouvé ses repères ?
La démarche engagée avec la presse reflète une volonté de clarification et de transparence. La NADC affirme aujourd’hui son rôle de coordination stratégique afin que les actions des différentes institutions s’inscrivent dans un cadre cohérent. Les opérations récentes montrent une meilleure synchronisation des efforts sur le terrain. Nous avançons vers un dispositif plus aligné, où chaque intervention s’inscrit dans une stratégie globale.
? Les projets à venir du côté de la NADC.
Les projets à venir portent sur le renforcement des capacités d’analyse et de coordination. Nous mettons en place un tableau de bord, consolidons les partenariats et structurons davantage la prévention et la réhabilitation.
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Questions à... Nadia Peerun, «Chairperson» de la NADC

Nadia Peerun, une experte de la santé publique à la présidence
Face à Kunal Naik, Nadia Peerun apporte une solide expérience de terrain. Forte de plus de 18 ans d’expérience en politiques de santé, elle a notamment dirigé PILS, une organisation engagée dans la lutte contre le VIH et la réduction des risques. Sa nomination intervient dans un contexte où la NADC doit renforcer sa crédibilité et répondre aux attentes d’une population de plus en plus concernée par la problématique de la drogue.
? Comment accueillez-vous cette nomination comme «Chairperson» de la NADC ?
J’accueille cette nomination avec un sens profond de responsabilité et d’engagement public. C’est une opportunité de mettre mon expérience au service d’une action plus structurée et plus visible contre le fléau de la drogue.
? La NADC est une nouvelle institution mise en place pour mener à bien la mission contre le fléau de drogue à Maurice. Comment comptez-vous aborder cette mission sachant que le public a beaucoup d’attente de la NADC ?
Nous allons aborder cette mission avec une approche stratégique claire et assumée. Cela passe par l’élaboration et la communication d’un plan structuré sur lequel la NADC sera pleinement redevable. Nous voulons également renforcer la transparence et la visibilité de nos actions. L’objectif est de répondre aux attentes du public avec des résultats concrets et mesurables.
? Vous avez plus de 18 ans d’expérience en politique de santé et vous avez aussi dirigé PILS. Ces atouts contribuent à faire de vous le «right person at the right place» aux côtés de Kunal Naik. En vous basant sur votre expérience, quel constat dressez-vous de la situation de la drogue à Maurice ?
Mon expérience m’a permis de travailler au plus près des populations vulnérables et des enjeux liés à la réduction des risques. Elle montre que la problématique de la drogue est complexe et nécessite une réponse coordonnée, fondée sur des données et des approches qui ont fait leurs preuves.
La situation appelle à renforcer la prévention, le traitement et la coordination entre les acteurs. Elle exige aussi une meilleure intégration des politiques publiques et des initiatives de terrain.
? Que répondez-vous à ceux qui associent votre nomination à une décision politique faisant le lien avec votre père Zeel Peerun et ses relations avec le MMM et non au mérite ?
Je comprends que ce type de perception puisse exister, mais il ne reflète pas la réalité de mon parcours. Mon engagement et mon expérience dans les politiques de santé et la gestion de programmes complexes parlent d’eux-mêmes. Je reste concentrée sur la mission qui m’est confiée et sur les résultats que nous devons atteindre. Mon objectif est de mettre mes compétences au service de l’Agence et de contribuer de manière concrète à la lutte contre la drogue.
? Une des questions qui revient souvent quand on parle de la drogue à Maurice c’est la dépénalisation du cannabis. Quel est votre avis sur la question et l’implémentation à Maurice ?
J’ai bien entendu un avis personnel sur cette question, mais il relève désormais de la sphère privée. En tant que Chairperson de la NADC, j’ai un devoir de neutralité et de responsabilité institutionnelle. Mon rôle est de veiller à ce que le débat puisse se tenir de manière informée et inclusive. Nous devons permettre à chaque composante de la société de s’exprimer, dans le respect du cadre institutionnel, en attendant la décision de l’État.
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Un virage vers une approche basée sur les données
? La NADC veut désormais s’appuyer davantage sur les données, les indicateurs et le suivi des actions pour mesurer l’impact réel de ses politiques.
Les projets immédiats de l’agence
? Mise sur pied d’une ligne téléphonique d’urgence (hotline)
? Mise en place d’un système d’alerte précoce (Early Warning System)
? Signature de protocoles d’accord (MoU) avec les institutions membres du board
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