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Le parti ou le patronyme
Le Mouvement militant mauricien (MMM) a tranché. Et il l’a fait avec la froideur des chiffres, qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté : 49 voix contre 2. Sur 51 votants, le comité central a massivement choisi de rester au gouvernement. Ce n’est pas un simple vote. C’est un désaveu. Et, plus encore, un moment de vérité. Car, pour la première fois depuis longtemps, le parti mauve a exercé son pouvoir contre celui qui l’incarne depuis un demi-siècle : Paul Bérenger.
La scène politique mauricienne est familière des conflits d’ego. Mais ce qui se joue aujourd’hui au MMM dépasse la querelle classique entre hommes et femmes de pouvoir. C’est une confrontation entre une culture politique - celle d’un parti, qui s’est toujours revendiqué démocratique - et la tentation d’un retour à l’autorité du chef.
Le paradoxe est brutal. Pendant des années, Paul Bérenger a vanté le MMM comme «le parti le plus démocratique du monde», mettant en avant ses instances, son fonctionnement interne et, surtout, le recours au vote secret comme garantie ultime de la liberté d’expression. Or, aujourd’hui, ce même leader conteste ce mécanisme lorsqu’il produit un résultat qui lui est défavorable. Il boude les instances, critique la constitution du parti et, ce faisant, fragilise ce qu’il a lui-même contribué à bâtir.
Il y a là une fracture. Et elle est autant politique que symbolique. En s’opposant à la décision du bureau politique et du comité central, Paul Bérenger ne s’adresse plus seulement aux militants. Il tente désormais une démonstration de force dans la rue ou plutôt sur les planches d’un théâtre, en appelant non seulement ses partisans mais aussi «tous les Mauriciens». Comme si la légitimité du parti ne suffisait plus et qu’il fallait désormais la suppléer par celle, plus diffuse et plus incertaine, de l’opinion publique.
C’est un glissement dangereux. Un parti politique ne peut durablement fonctionner si ses arbitrages internes sont remis en cause dès lors qu’ils ne conviennent pas à son leader. Dans ce contexte, les repositionnements opportunistes ou ‘pragmatiques’ ne manquent pas. D’anciens adversaires politiques au numéro 19, comme Rama Valayden ou Ivan Collendavelloo, saluent aujourd’hui le «combattant historique». À Maurice, la longévité finit souvent par susciter une forme de respect… ou d’opportunisme. Ceux qui n’ont pas réussi à vous battre électoralement cherchent à se rapprocher lorsque vous vacillez. Et, dans ce cas précis, il ne faut pas sous-estimer une autre variable : leur opposition persistante à Navin Ramgoolam. Le soutien à Paul Bérenger est aussi, en creux, une manière de se repositionner dans le jeu politique après les déconvenues de 2024.
En attendant, Paul Bérenger va multiplier les parallèles entre le Mouvement socialiste militant et le Parti travailliste (par exemple, cette histoire de chasse reprise pour être réattribuée) tandis que sa fille va commencer, avec la pension à 65 ans, à tirer à boulets rouges sur le gouvernement en essayant de se frayer une place dans l’opposition plurielle. La guerre de River Walk ayant éclaté, il faut faire feu de tout bois...
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