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Questions à
Jean Claude de l’Estrac : «Bérenger est présentement un leader sans parti, les autres ont un parti sans leader»
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Questions à
Jean Claude de l’Estrac : «Bérenger est présentement un leader sans parti, les autres ont un parti sans leader»
Jean Claude de l’Estrac, ancien Mauve.
■ Il semblerait que la crise interne au MMM est en train de prendre une tournure juridique basée sur sa Constitution. Est-ce pertinent à votre avis ?
Je suis surpris par ce débat sur une Constitution largement inopérante depuis plusieurs années. Pour commencer, l’actuel Comité central est en fonction prolongée, et inconstitutionnelle, comme disent les juristes, du fait que des élections n’ont pas été tenues depuis 2018, soit huit ans, alors qu’elles sont censées se tenir tous les trois ans. (Art. 10.2)
Plusieurs membres de ce comité, et non des moindres, ont été cooptés au Bureau politique par le leader personnellement. Ils n’ont pas de droit de vote, mais certains exercent une vraie influence. Un grand nombre de branches n’existent que de nom, mais elles sont activées ponctuellement et symboliquement quand la direction souhaite convoquer une Assemblée des délégués, «instance suprême du parti» et baromètre du rapport des forces entre les groupes. Il est probable que l’actuel conflit devra être arbitré par cette Assemblée des délégués, qui doit se réunir «au moins deux fois par an à l’initiative du comité central». (Art. 9.4) Cet article de la Constitution stipule donc que seul le Comité central a le pouvoir de convoquer immédiatement une Assemblée de délégués, à moins d’une demande formulée par trois comités régionaux, dans lequel cas une Assemblée de délégués extraordinaire doit être convoquée «dans un délai de deux mois» (Art. 9.7).
Depuis belle lurette, le fonctionnement de la direction du MMM, sa stratégie et ses actions sont fondés sur le magistère d’un petit groupe proche du leader, quand ce n’est pas le leader lui-même, sans considération de la Constitution. Le parti nomme ce groupe qui exerce tous les pouvoirs le «leadership», mais son rôle n’existe pas dans la Constitution. Mais toujours est-il que cette Constitution existe et, en temps de crise, elle retrouve une pertinence qui peut participer, jusqu’à un certain point, à une clarification. En fin de compte, la suite sera la détermination d’un rapport de forces politique plus que l’application des règles d’une Constitution plus théorique que technique.
■ Bérenger peut-il espérer retourner la situation en sa faveur dans une Assemblée de délégués ?
Ce n’est pas improbable, compte tenu de la composition de l’Assemblée des délégués et de l’influence que Bérenger exerce sur ces militants de base. Il y a une sorte de défiance atavique de ces militants à l’égard de ceux qui sont au pouvoir. Le discours d’opposant vertueux que Bérenger ne manquera pas de prononcer face à ceux qu’il sera facile de qualifier de pouvoiristes, traîtres au leader, est susceptible d’emporter l’adhésion. Bérenger excelle dans ce type d’exercice et les militants de base ont toujours été prêts à le suivre.
■ Est-ce à dire que la position des dissidents sera extrêmement difficile à tenir aux yeux de l’électorat MMM et peut-être de l’opinion en général ?
C’est certain, malgré une certaine ambiguïté de situation. Vous parlez de «dissidents», je ne suis pas sûr que vous ayez raison de qualifier ainsi un groupe qui, jusqu’à preuve du contraire, représente une majorité du comité central. Bérenger reconnaît lui-même que cette majorité existe, jusqu’à dire publiquement qu’il comprend sa position. Il est vrai qu’il a exprimé par la suite son chagrin de cette posture. Et puis, s’il a démissionné d’une fonction ministérielle, il n’a pas démissionné, que je sache, du MMM. On pourrait décrire la situation d’amusante si elle n’était pas dramatique pour le pays : Bérenger est présentement un leader sans parti, les autres ont un parti sans leader…
■ Croyez-vous que Bérenger pourrait quitter le MMM pour fonder un autre parti ?
Je ne le crois pas un instant, quelle que soit l’ampleur de sa déception. Moins encore depuis qu’il a pu constater une vraie vague de sympathie à son égard, en particulier dans un certain électorat du MMM, mais pas que, même si certains peuvent être ahuris par la frivolité de l’opinion publique. Les mêmes qui le vilipendaient il y a guère en raison de ses gesticulations au gouvernement se sont transformés en idolâtres du jour au lendemain. Mais cela a dû le réconforter suffisamment, d’autant plus qu’il a quelques cartes en main. Et puis, au-delà de l’attachement quasi messianique à la personne, ses partisans ne cessent de s’en référer aux «valeurs» militantes.
■ Vous parlez de situation dramatique pour le pays, se pourrait-il que Bérenger quitte un navire qui prend l’eau ?
Il n’est pas injuste de se poser la question. Je me réfère à un précédent. L’ancien Premier ministre Jugnauth avait mis sur le compte de la peur de l’impopularité de Bérenger sa décision de rompre l’Alliance MSM-MMM à la suite d’une défaite électorale des candidats MMM lors d’une élection municipale partielle à BeauBassin–Rose-Hill en 1993. Jugnauth avait estimé, et il l’avait dit publiquement, que Bérenger avait «paniqué» suite à cette marque d’impopularité du gouvernement.Il est, par ailleurs, vrai que la situation est grave. Il faudrait très vite que ceux du MMM qui sont restés au gouvernement soient vus à l’œuvre, les mains dans le cambouis, en train de se pencher sur les problèmes du pays, et non plus à gérer leurs problèmes de parti.
Ce que dit la Constitution du parti
LA constitution du Mouvement Militant Mauricien (MMM) intitulée «Une Constitution pour le XXIe siècle» (20 octobre 2016, site officiel du parti), établit une structure décentralisée qui répartit clairement les responsabilités, favorise la parité et encourage l’engagement des jeunes à tous les niveaux : branches locales, instances régionales et organes nationaux. La hiérarchie du parti s’organise de la base jusqu’au sommet, garantissant que les décisions tiennent compte des réalités locales tout en restant coordonnées au niveau national. Chaque membre et chaque dirigeant dispose de fonctions clairement définies.
Le leader du MMM occupe une position centrale dans ce dispositif. Il veille au respect de la Déclaration de principes et de la Constitution du parti, propose les orientations politi ques au Comité central et agit comme principal porteparole sur les questions publiques. Il partage également la responsabilité des campagnes électorales avec le Comité central et, avec son accord, procède à la nomination du Campaign Manager et du Campaign Committee.
Le leader rend compte de son action chaque année lors de l’Assemblée générale et consulte régulièrement les leaders adjoints ainsi que le Secrétaire général. Les leaders adjoints appuient le leader en le remplaçant en cas de besoin et en exécutant les missions qui leur sont confiées par le Comité central. Le président du MMM a pour mission de préparer, en collaboration avec le leader et le Secrétaire général, les ordres du jour du Bureau politique, du Comité central et de l’Assemblée des délégués. En dirigeant ces réunions, il veille au bon déroulement des débats et à la participation démocratique des instances du parti. Le vice-président assiste le président et le supplée en cas d’absence, renforçant ainsi la stabilité et l’efficacité de la direction.
Le Secrétaire général est chargé d’animer et d’élargir la base militante, d’organiser le recrutement, de coordonner les activités et d’assurer le bon fonctionnement des instances politiques, tout en facilitant la communication interne. Il soutient les élus, veille au respect des principes de parité et de diversité, et encourage la participation des femmes et des jeunes. Il organise notamment l’Assemblée annuelle des délégués et entretient des relations avec les syndicats, les organisations non gouvernementales ainsi que les partis politiques étrangers.
La Constitution du MMM prévoit que le Secrétaire général ne peut occuper de fonctions ministérielles lorsque le MMM est au gouvernement. Il se trouve que l’actuel Secrétaire général est actuellement le ministre de l’Environnement…
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