Publicité

L’énergie

Nouvelle frontière de notre indépendance

27 mars 2026, 04:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

En l’espace de trois semaines, le scénario d’un choc énergétique limité s’est effondré. Les frappes sur les infrastructures gazières, la paralysie du détroit d’Ormuz et les pertes estimées à plus de 11 millions de barils par jour dessinent une réalité brutale : nous faisons face, selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, à «la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire». Mais pour Maurice, la question n’est pas géopolitique. Elle est immédiate. Concrète. Presque triviale : combien paiera-t-on à la pompe dans les semaines à venir ?

Derrière chaque conflit lointain, il y a ici une facture bien réelle : celle du diesel, celle du Mogas, celle du billet d’avion. Celle, surtout, d’un modèle énergétique entièrement dépendant de l’extérieur. Maurice importe la totalité de ses produits pétroliers. Et, avec eux, elle importe aussi l’instabilité du monde.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre sont étroites. Les stocks existent – environ un mois de consommation, à peine – et un nouvel arrivage est attendu. Mais cette relative sécurité masque une fragilité plus profonde : celle d’une chaîne d’approvisionnement tendue, dépendante du bon timing des cargaisons et de la stabilité de routes maritimes aujourd’hui sous pression.

Autrement dit, nous fonctionnons à flux presque tendu. Et, dans un monde instable, cela relève du pari. C’est ici que commence le véritable débat. La question du prix des carburants ne peut plus être traitée comme un simple exercice comptable confié au Petroleum Pricing Committee. Dans un environnement de volatilité extrême, les mécanismes traditionnels deviennent obsolètes presque aussitôt appliqués. Les prix évoluent plus vite que les décisions.

Il nous faut donc assumer une réalité : nous sommes entrés dans un moment de politique et non plus de procédure. Fixer le prix des carburants aujourd’hui, c’est faire un choix. Un choix fondé non pas sur des certitudes – il n’y en a pas – mais sur des hypothèses déjà identifiées : combien de temps durera le conflit ? Le détroit d’Ormuz restera-t-il fermé ? Quelle sera l’ampleur des dégâts sur les infrastructures pétrolières ? Et surtout : nos fournisseurs pourront-ils honorer leurs engagements ?

À ces questions, il n’existe que des réponses fragiles, partielles, subjectives – et révisables. D’où la nécessité d’un changement de méthode : plus de transparence, plus de concertation et, surtout, une décision assumée comme telle. Car continuer à masquer ces arbitrages derrière des formules techniques reviendrait à entretenir une illusion.

Or, l’illusion est précisément ce que Maurice ne peut plus se permettre. Le vrai sujet dépasse largement le prix à la pompe. Il s’appelle dépendance. Dépendance à des importations énergétiques qui pèsent lourdement sur notre balance des paiements. Dépendance à un fuel qui alimente encore près de la moitié de notre production électrique. Dépendance, enfin, à des chocs que nous ne contrôlons pas mais que nous subissons de plein fouet.

Chaque crise ne fait que révéler cette réalité, sans jamais vraiment la corriger. C’est pourquoi la tentation de subventionner massivement les carburants serait, aujourd’hui encore, une erreur. Elle soulagerait à court terme, certes. Mais elle prolongerait surtout le problème. Car subventionner le fuel, c’est subventionner notre vulnérabilité.

La vraie réponse est ailleurs. Elle réside dans une accélération claire et assumée de la transition énergétique. Non pas comme un slogan écologique, mais comme une stratégie de survie économique.

Produire davantage d’énergie localement doit devenir une politique clairement énoncée dans le prochain Budget de Navin Ramgoolam. Exploiter pleinement le potentiel solaire. Investir dans le stockage. Réduire la consommation par l’efficacité énergétique. Moderniser les infrastructures. Et surtout, sortir progressivement de cette dépendance au fuel qui structure encore notre économie.

Mais soyons lucides : cette transition a un coût. Politique, d’abord. Car elle implique de dire que l’énergie ne sera pas toujours bon marché. Qu’il faudra cibler les aides et non les généraliser. Qu’il faudra arbitrer.

Et c’est précisément là que se joue le test. En période de tension, la facilité consiste à amortir. La responsabilité consiste à transformer. Maurice est aujourd’hui à ce carrefour. Continuer à lisser les chocs sans changer de modèle, c’est accepter de revivre cette crise – encore et encore. Accélérer la transition, c’est prendre le risque du présent pour sécuriser l’avenir.

Le choix est inconfortable. Mais il est inévitable. Dans le monde qui vient, l’énergie ne sera plus seulement une question de prix. Elle sera une question de souveraineté. Et la souveraineté, elle, ne s’importe pas.

Publicité