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Interview

Ram Etwareea : «Je ne serais pas surpris que le leader annonce son départ ce vendredi»

20 mars 2026, 06:00

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Ram Etwareea : «Je ne serais pas surpris que le leader annonce son départ ce vendredi»

Ram Etwareea, député du MMM.

? Quelle est votre réaction sur la situation où encore une fois depuis les élections, Paul Bérenger, leader du MMM, semble incertain quant à son avenir au gouvernement et quel est l’état d’esprit des autres membres du parti ?

On ne va pas se le cacher : le Mouvement militant mauricien (MMM) traverse une nouvelle crise ou un nouveau chapitre dans la même crise. Dès le départ, les pommes de la discorde sont les mêmes. Paul Bérenger reproche une certaine lenteur dans la prise des décisions gouvernementales, des nominations mal inspirées ou encore des faits de corruption et d’abus de pouvoir. Le leader du MMM, partenaire de l’Alliance du changement, affirme en avoir parlé au Premier ministre, en vain. Il nous a expliqué qu’il ne pouvait pas se voir dans un gouvernement qui ne fonctionnait pas comme il le fallait, d’où ses intentions de prendre ses distances. Au MMM, nous pensons, et même des membres du Parti travailliste (PTr) le pensent, que le leader mauve a raison et qu’il a été courageux de dénoncer les failles. Nous sommes aujourd’hui encore là et, comme vous le dites, il est incertain quant à son avenir au gouvernement. Paul Bérenger a fait preuve de patience, mais voilà, la patience a des limites. Il le dit lui-même «Enough is enough.»

Le MMM est solidaire des revendications de son leader. En revanche, une grande majorité de ses membres dans toutes les instances (parlementaires, Bureau politique (BP) et Comité central) ne veulent pas quitter le gouvernement, comme le souhaite son chef de file. À l’intérieur du parti, nous sommes très tristes d’en être arrivés là. Nous ne souhaitons pas que Paul Bérenger prenne ses distances du MMM qu’il a créé en 1969. Nous souhaitons qu’il revoie sa décision. Car il sait que le parti, le gouvernement et le pays ont tous besoin de lui. Pour ma part, j’estime qu’il ne faut jamais se précipiter pour prendre des décisions surtout lorsque les enjeux sont graves et les conséquences imprévisibles. J’aime ce dicton qui dit qu’«il faut aller aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire». Je suis conscient qu’une minorité du PTr remue ciel et terre et souhaite le départ de tout le MMM du gouvernement dans l’espoir d’hériter de postes ministériels.

? Que répondez-vous à ces militants qui pensent que la situation actuelle est une perte de temps ? Pour beaucoup, cette situation est perçue comme un jeu malsain de chantage envers Navin Ramgoolam que de brandir la carte de démission et de convoquer la presse dès qu’il y a un désaccord pour faire une pression indirecte sur ce dernier ?

Discuter, négocier, continuer à négocier et parfois faire des concessions ne font pas perdre du temps. Grâce au dialogue, un grand nombre de conflits ont été évités dans le monde et à Maurice. Il faut toujours donner sa chance à la négociation et ne pas tirer sur la gâchette à la première occasion ou au premier obstacle. Négocier ou vouloir négocier ne veut pas dire faire du chantage. N’oubliez pas que le Premier ministre et son no 2 se connaissent depuis belle lurette, ont déjà travaillé ensemble, sont voisins et ont d’autres choses en commun. Paul Bérenger n’arrête pas de dire qu’il apprécie beaucoup Navin Ramgoolam et sa famille. Mais voilà, ils ne sont pas faits du même bois. Ils sont différents lorsqu’il s’agit de tempérament et de façon de travailler. Il faut prendre l’homme comme il est. Ce n’est pas moi qui vais lui dire, lui qui a 80 ans, de changer son mode de fonctionnement. Pour avoir travaillé pendant une dizaine d’années au Nouveau Militant, le journal du MMM (aujourd’hui seulement en ligne), je peux dire que Paul Bérenger n’est pas du genre à faire du chantage. En revanche, «he wants to get the job done». C’est quelqu’un qui aime profondément son pays. Il a aussi peur pour son pays. Il est comme ça.

? La rumeur d’un nouveau parti politique circule. Si vous aviez dit oui à Paul Bérenger mercredi pour rallier le nouveau parti, ce dernier aurait quitté le MMM car il fallait quatre députés pour rafler le poste de leader de l’opposition. Est-ce vrai ? Si oui, pourquoi avez-vous finalement refusé ?

Décidément, vous me surestimez comme vous exagérez mon influence. Je ne crois pas que l’avenir de Paul Bérenger, ses décisions et ses actions actuelles et futures dépendent de moi. Je ne lui ai rien refusé car il ne m’a rien demandé et surtout, pour répondre à votre supputation, il ne m’a rien proposé en retour de quoi que ce soit. En revanche, je lui ai dit sans ambages que je ne bougeais pas. Je lui ai aussi dit que sa place est dans les cœurs des militants et à la tête d’un MMM au service du pays. Dans le Comité régional de la circonscription no 6 (Grand-Baie–Poudre-d’Or) qui m’a élu, un seul membre souhaite que je suive le leader hors du gouvernement. Vous savez, je ne peux avoir que du respect pour les décisions que chacun prend au parti et ailleurs.

? Paul Bérenger a expliqué qu’il vous a exposé et aux autres membres les raisons de son désaccord et vous a laissé la responsabilité d’aller au Parlement ou pas. La majorité s’y est quand même rendue. Les raisons évoquées par Bérenger ne sont donc pas aussi graves que ça?

C’est typiquement une question qui rate l’essentiel parce qu’elle se réfère à un non-event. Très honnêtement, lors de la réunion du BP de lundi dernier, le leader du MMM a annoncé qu’il ne se rendrait pas au Parlement le lendemain. Mais il n’a jamais fait de la présence des élus MMM un enjeu quelconque. Il a même jugé que mes deux questions adressées au Premier ministre sur les conséquences de l’agression israélo-américaine contre l’Iran sur l’économie mauricienne et du manque à gagner de Rs 10 milliards découlant du retard du Chagos Deal pertinentes.

La question de responsabilité des élus concernant leur présence ou absence au Parlement a été soulevée par un journaliste à son point de presse à la fin du BP. Hélas, toute la confrérie en a fait ses choux gras. Quant aux raisons évoquées pour quitter le gouvernement, nous savons qu’elles sont valables, mais nous pensons que nous pouvons agir davantage de l’intérieur que de l’extérieur.

? À quoi s’attendre lundi ? Un départ de Bérenger et la création d’un nouveau parti ou une décision repoussée encore une fois ?

Je souhaite qu’il écoute la voix très majoritaire des membres du MMM qui désirent poursuivre leur travail au gouvernement. D’autant plus que l’heure est grave et que la guerre multiplie les risques déjà existants par 100. Les défis ne manquent pas. Le chemin du nonretour n’existe pas. Mais la décision lui appartient. Cela dit, j’ai l’impression qu’il l’a déjà prise. Je ne serais pas surpris qu’il annonce son départ déjà ce vendredi, soit avant la réunion du BP du MMM de lundi. Il a évoqué la création d’une nouvelle formation politique à plusieurs reprises. Il va donc probablement foncer. Même s’il admet qu’il s’agit d’une initiative réfléchie et qu’il sera très difficile de l’expliquer à la population. Mais, nous connaissons la bête politique qu’est Paul Bérenger !

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