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Questions à…
Astrid Dalais : «Nous avons eu une carte blanche totale du bureau du Premier ministre»
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Questions à…
Astrid Dalais : «Nous avons eu une carte blanche totale du bureau du Premier ministre»
Astrid Dalais, direction de projet, Move For Art.
? De nombreux spectateurs ont trouvé qu’avec le spectacle de la fête nationale, on avait changé d’époque. C’était l’objectif de Move for Art ?
C’est drôle, quand on avait monté le spectacle pour les 45 ans de l’Indépendance au stade Anjalay-Coopen (Ndlr, en 2013), on nous avait dit la même chose. Depuis jeudi (Ndlr,le 12 mars) les réactions sont très positives. C’est une fierté.
Oui, on est passé à un autre palier. Comme à l’époque des 45 ans de l’Indépendance, il y a eu de la création artistique à tous les niveaux.
? Le spectacle de l’Indépendance, c’est l’occasion de stimuler la création ?
C’est l’occasion de mettre en valeur des talents locaux. De parler des valeurs fondamentales du mauricianisme. Depuis jeudi, beaucoup de gens nous disent : on se sent tellement fiers d’être Mauriciens. La diaspora aussi s’est beaucoup connectée.
? Comment s’est déroulée la réflexion de Move For Art pour rendre le mauricianisme tangible ?
Le mauricianisme pourrait se traduire par d’infinis mots et images. On a commencé par des conversations entre Guillaume Jauffret, Emilien Jubeau, Azim Moollan. Guillaume Jauffret a 22 ans de carrière en danse. Au début de l’année dernière, il a fait le vœu de revoir le pays danser.
? Quel a été le déclic ?
En tant qu’entrepreneurs, on a monté la House of Digital Art, qu’on a dû arrêter l’année dernière. Dans les périodes de crise, on se recentre sur l’essentiel. Pour lui, c’est une volonté d’un retour au corps. En prenant soin de soi-même et de son âme, pour se sentir heureux individuellement. Et en se sentant heureux individuellement, se sentir heureux collectivement. L’une de nos bases de conversation, c’est: de quoi a-t-on besoin après toutes ces années de souffrance connues ? Le pays a besoin de retrouver des valeurs de respect des uns envers les autres. On prenait des exemples tout bêtes : qu’est-ce qui se passe sur la route aujourd’hui ? Les gens s’insultent. À côté de ça, on voit nos parents, nos grands-parents vieillir. Donc comment prendre soin d’eux ? Avec toutes ces scènes du quotidien, on s’est dit : comment ce spectacle peut-il non seulement donner la place à la création artistique, mais aussi répondre à des valeurs dont on a tous besoin.
Le secteur culturel a beaucoup souffert pendant toutes ces années. On a vraiment besoin d’un accompagnement privé et public : accompagnement à la création, la production, à la diffusion. Que l’on reconnaisse l’importance de tout le processus qui mène à la création.
L’idée du premier tableau a germé fin 2025. Nous avons lu La nuit au cœur de Nathacha Appanah. On a été bouleversés pendant trois semaines. Ensuite, il y a eu plusieurs cas de féminicides. Nous connaissions l’une des victimes, Shivani Saminaden.
Dans le dernier tableau, c’est l’intergénérationnel, ces personnes âgées qui ont tellement à nous apporter, et dont on oublie parfois d’écouter les enseignements. Avec des clins d’œil à Tristan Bréville, à Malenn Oodiah.
? L’un des commentaires qui revient c’est que vous avez évité le traditionnel «composite show».
Le deuxième tableau l’illustre bien. Contrairement à beaucoup de spectacles multiculturels, on a mêlé les danseurs. Le MGI était là avec 40 danseuses. (Ndlr : il y avait la troupe des Frères Joseph, de Malaika Salatis). On n’a pas voulu être fantasmagorique. On a voulu montrer une réalité.
? Avec combien de participants au total ?
Plus de 250 artistes. Un total de 500 personnes a travaillé sur le projet. Un spectacle comme ça est réussi parce qu’il est le fruit à la fois de la direction artistique, de la mise en scène, de la chorégraphie, des chanteurs, danseurs, des différents corps de métiers qui composent le secteur culturel.
? Cinq cents personnes, c’est une grosse machine.
Oui, mais tout le monde était tellement heureux de travailler. Cela faisait des années qu’on n’avait pas pu produire un spectacle avec une carte blanche totale.
? De qui ?
Nous avons travaillé avec la Home Affairs Division du bureau du Premier ministre. On ne nous a pas dit : vous devez travailler avec telle personne. Le comité qui a jugé notre proposition a dit : laissez les artistes créer. Ils ne nous ont pas imposé le thème (Ndlr : le spectacle s’intitule Morisien). Il y a eu une collaboration respectueuse, une fluidité dans la communication des informations entre les institutions et nous, que ce soit avec la police, la SMF, le Prime Minister’s Office. C’était pro, direct et efficace. Un bonheur.
? Y avait-il uniquement des Mauriciens ?
À 99 %. Avec l’apport de Sanjeeyann Paleatchy, artiste floral de La Réunion. Il y a le producteur et DJ Ribongia, qui a composé la musique du premier tableau. Il y a Malaïka Salatis, danseuse et chorégraphe réunionnaise aussi. Sinon, tout les autres sont des Mauriciens, Rodriguais, Agaléens et Chagossiens. La collaboration entre les îles ou avec l’international, cela stimule l’émulation. On ne serait pas là si Maurice avait fermé ses frontières.
? Ce résultat s’est fait en un mois de travail ?
Oui, c’est un miracle. C’est beaucoup d’efforts. On aurait voulu avoir au moins trois, six mois minimum. On a accepté de relever le défi parce qu’on en a la capacité.
? Surtout depuis le festival «Porlwi»?
Depuis que nous (Ndlr : Astrid Dalais et Guillaume Jauffret) sommes rentrés à Maurice. Move For Art a toujours eu cet esprit de collaboration, de donner un espace d’expression aux artistes et aux métiers du secteur culturel.
? Après une telle intensité, il n’y a qu’une seule représentation. Y a-t-il un après pour ce spectacle ?
On l’a documenté, pour faire un making of. Nous comptons retransmettre la captation du spectacle. Si on avait l’occasion de le refaire pendant une semaine, on aurait adoré le rendre plus accessible.
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