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[Reportage] Saison 2026 ouverte

La pêche à la senne lancée

2 mars 2026, 16:00

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La pêche à la senne lancée

Le jour s’est levé hier sur la côte Est avec un parfum particulier. Celui des départs attendus, des espoirs suspendus à l’horizon et des filets soigneusement pliés depuis des semaines. Ce 1ᵉʳ mars a marqué l’ouverture officielle de la saison de la pêche à la senne, une période qui rythmera la vie des villages côtiers jusqu’au 1ᵉʳ octobre.

À 9 heures précises, nous retrouvons les pêcheurs à la jetée de Poste-de-Flacq. Le rendez-vous y est fixé, face à la mer encore scintillante sous le soleil du matin. Si nous arrivons à cette heure, eux sont déjà en mer depuis longtemps. «Nou finn kit lazete depi 6-er gramatin», glisse l’un d’eux avec un sourire fatigué. Depuis l’aube, les embarcations ont pris le large, direction la haute mer.

Nous embarquons à bord du Saint Raphaël, le bateau de Steven Ramen, pêcheur bien connu de la région de Flacq. À ses côtés, Patrick Fortuno, pêcheur de longue date et secrétaire de l’Apostolat de la mer, accompagne la sortie. Pour lui, cette ouverture est bien plus qu’un simple calendrier halieutique. «Il y a déjà un véritable engouement sur les côtes»,soulignet-il en observant la ligne d’horizon. «Mais c’est surtout un moment de partage et de convivialité. La pêche à la senne rassemble les familles, les voisins, tout un village.»

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Au large, le spectacle de la pêche à la senne est à la fois technique et ancestral. Les hommes se coordonnent d’un geste précis pour jeter le filet en mer. Celui-ci décrit un large cercle avant de se refermer lentement, capturant poissons et crustacés dans sa toile. Les visages sont concentrés, chaque geste compte. Chacun guette les remous, les signes prometteurs sous la surface. L’enthousiasme est mesuré, car la mer reste capricieuse et imprévisible. «Nou krwar pou ena plis», confie un jeune pêcheur, son regard fixé sur la ligne d’horizon. Le doute, discret mais tangible, plane sur le bateau.

Après plus de quatre heures de travail, le Saint Raphaël met le cap sur Belle-Mare. Sur la plage, l’ambiance est tout autre : des dizaines de personnes attendent, sacs à la main, impatientes d’acheter du poisson frais. Les regards scrutent l’arrivée des bateaux, cherchant à deviner l’abondance de la prise. Le verdict tombe : environ 300 kilos de poissons ont été ramenés, bien moins que les 500 kilos espérés. Elvis Franchette, pêcheur expérimenté, ne cache pas sa déception. «Lamer inn sanze. Nou pa satisfe avek seki inn gagne. Me bon. Ena ziska Oktob pou ale.»

Pourtant, l’espoir demeure. La pêche à la senne ne fait que commencer et, jusqu’à octobre, les embarcations prendront la mer, les filets s’ouvriront et se refermeront au rythme des marées. Cette saison est une promesse de rencontres, de partage et de vie pour les villages côtiers.

À Rodrigues, cette même date du 1er mars marque l’ouverture de la pêche à l’ourite, une tradition tout aussi forte. Là aussi, familles et communautés se mobilisent, perpétuant des savoir-faire anciens et assurant la subsistance de nombreuses générations.

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