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Les élus sri-lankais ont coupé leur pension… Les députés mauriciens hésitent encore
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Les élus sri-lankais ont coupé leur pension… Les députés mauriciens hésitent encore
Il faut regarder ailleurs pour comprendre ce qui nous manque ici. Cette semaine, le Sri Lanka a tranché. Le Parlement a aboli la pension à vie des députés – un privilège vieux de près d’un demi-siècle – par 154 voix pour, deux contre, dans une Assemblée de 225 membres. La Cour suprême avait préalablement validé la réforme à la majorité simple. Le signal est net : les élus ne seront plus une caste à part.
Sous la présidence d’Anura Kumara Dissanayake, le gouvernement de Colombo a également supprimé ou drastiquement réduit les voitures officielles, les logements, les équipes de sécurité et autres avantages accordés aux anciens chefs d’État – après que l’ancien PM, Mahinda Rajapaksa, a refusé de quitter un bungalow public. L’opposition, par la voix de Sajith Premadasa, a tenté un dernier argument : sans pension, les députés pourraient être tentés par la corruption pour assurer leurs vieux jours. Réponse implicite du pouvoir : l’éthique publique ne se construit pas sur des rentes garanties mais sur des institutions solides !
Pourquoi ce choix radical ? Parce que le Sri Lanka sort laborieusement d’une crise économique traumatisante (Maurice n’est pas encore sorti du rouge). Parce que l’austérité, là-bas, a été vécue dans la chair. Et surtout, parce que le nouveau pouvoir a compris une vérité simple : on ne demande pas au peuple de se serrer la ceinture pendant que les élus continuent à élargir la leur.
À Maurice, le contraste est saisissant. Ici, malgré les discours sur la rigueur budgétaire, aucun député n’a proposé de réduire ses propres avantages. Pire : il est question d’augmenter leurs revenus mensuels par le biais d’un «PRB politique», tandis qu’on demande aux citoyens d’attendre avant de toucher la pension universelle, qui était jusqu’ici à 60 ans.
Le 25 juin 2025, l’express écrivait déjà : repousser l’âge du paiement de la pension de 60 à 65 ans est «budgétairement logique, économiquement défendable, démographiquement inévitable». Mais politiquement explosif. Car on ne réforme pas durablement un pays sans commencer par ses élites. Pour une contribution dérisoire, certains élus encaisseront des millions sur leur retraite. Pendant ce temps, on explique aux Mauriciens que les caisses sont vides.
La rue l’a bien compris. Les marches citoyennes de Rose-Hill et de Port-Louis, l’an dernier, portaient un message clair : la réforme ne peut être unilatérale. L’austérité ne s’impose pas. Elle se partage.
Ailleurs, outre le Sri-Lanka, cette logique est devenue la norme. En France, le régime autonome des parlementaires a été supprimé. En Italie, les «pensions dorées» ont été rabotées. Au Portugal et en Inde, les avantages ont été plafonnés. Aux Pays-Bas ou en Norvège, il n’a jamais existé de régime spécial pour les élus. Parce qu’un député n’est pas un roi. Parce qu’un mandat n’ouvre pas droit à une rente.
Quand le Sri Lanka met fin à la pension parlementaire non contributive, à vie, les économies seront redirigées vers les services essentiels. C’est autant un choix budgétaire qu’un acte politique. Une pédagogie par l’exemple.
À Maurice, les experts sont unanimes : le système de pension est sous pression, l’espérance de vie augmente, la natalité baisse et bientôt, un travailleur financera un retraité. Oui, il faut agir. Mais aucun modèle ne tient sans justice symbolique.
C’est là que tout se joue.
Aligner la retraite des élus sur le régime général. Allonger leur durée de contribution. Interdire le cumul des avantages. Publier chaque année un rapport détaillé sur les pensions versées aux anciens parlementaires. Supprimer les privilèges post-mandat – voitures, bureaux, gardes. Ce n’est pas de la mesquinerie. C’est de la décence républicaine.
Maurice a aujourd’hui une occasion historique : transformer une réforme impopulaire en refondation morale.
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