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«From scratch to a 50 years’ career»
Cyril Palan, le publicitaire, : Sa langue n’est pas dans sa poche
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«From scratch to a 50 years’ career»
Cyril Palan, le publicitaire, : Sa langue n’est pas dans sa poche
La rage de vaincre est le titre de sa biographie parue en juillet 2023 et rééditée l’année suivante. Parti de rien, il célèbre maintenant 50 ans à la tête de Logos Publicity, situé à Sorèze. Quand nous l’avions rencontré au milieu des années 70, il n’était alors qu’un jeune homme effacé. Un muet n’osant pas prononcer un seul mot. Comment s’est-il décomplexé au point que maintenant il est difficile de l’arrêter de parler quand il évoque sa passion qu’est la publicité,gérée hors des sentiers battus, et surtout sa motivation première, sa foi inébranlable.
Cyril Palan est un des membres les plus actifs au sein de l’Assemblée de Dieu. Parallèlement à sa carrière de publicitaire, il a intégré l’Africa Leadership Team International, regroupant cinq grandes régions d’Afrique et de l’océan Indien, dont il est le responsable. Ça le conduit souvent en Afrique et élargit son horizon. Il a sué sang et eau pour faire de Logos Publicity son œuvre professionnelle, certifiée par une réussite remarquable.
Un modèle à suivre
Palan est issu d’un milieu des plus modestes de Mont-Roches, vivant avec sa famille dans une paillotte au toit de chaume. Il désespère son père : «Ki pou fer ar twa?», d’autant qu’il ne brille pas dans les études. Comment a-t-il pu batailler pour entrer dans l’univers de la publicité, un clan très fermé réservé à une élite, selon ses propres dires. Il lui a fallu casser le mythe.
À Mont-Roches, il fallait piler le bois et créer un foyer de cette poussière. Sa mère étant malade, il fait la cuisine. Dans sa tête, il caresse secrètement un rêve : celui de sortir de cette condition humaine. Il trouvera sa thérapie contre la négativité dans la foi. Non loin de là, il fréquente le Centre de RochesBrunes où il s’initie au graphisme, entre autres. Grâce à sa foi, il aborde presque une deuxième vie.
Michel Cervello, patron de Publico, le range dans un petit coin (photo) pour des travaux de graphisme à l’essai. Son acharnement ne passe pas inaperçu. Avec le temps, il s’occupe à dénicher et convaincre les clients sans réel repère et sans avoir lu des livres sur le marketing. Son bagout change. Il ramène graduellement de gros clients. Son inventivité fait recette. Cependant, contrairement à ce qui se fait, il adopte de stricts principes, une éthique qu’il mettra toujours en pratique.
Il casse les clichés comme dans le cas d’une savonnette. Li devir bol dal. Il en fera un savon de beauté au citron et par la suite bleu en repoussant toute exploitation du corps de la femme. D’autres clients sont conquis par son nouveau langage qui ne consiste pas à fer kas, mais à satisfaire le client. Énorme réussite avec Apollo en créole en 82, produit devenu national et exporté en France et en Europe.
Les réussites s’accumulent avec JVC, les biscuits Bakers, Watsonia, Sanatogen et, bientôt, Nissan. C’est le fruit d’un grand bosseur qui économise ses sous pour pouvoir envoyer ses enfants au Lycée Labourdonnais. Il est peut-être temps pour lui de voler de ses propres ailes. Jouant franc-jeu avec son patron, Palan quitte Publico pour ouvrir son propre bureau avec un personnel réduit et de petits moyens pour commencer. Mais sa réputation gagne du terrain. 50 % des clients qu’il a rabattus sur Publico ont recours à ses services. L’expérience acquise en marketing ou comment calculer un budget ainsi que ses connaissances en graphisme tout en restant fidèle à son intégrité lui permettent de gravir les échelons.
Un autodidacte
Cyril Palan bosse jusqu’à acquérir une propriété à Sorèze où se trouvent maintenant les locaux de Logos Publicity dont la devise est The name alone is excellence. Les temps sont durs, mais il réussit à faire son nid qu’il faut maintenant développer en s’adressant à «those who dare to dream». Il est fier de ce qu’il est et ne doit rendre de comptes à personne. Certains se demandent même : «Ki to ete twa?»
Pas d’actionnaire, mais un family business avec l’appui total de ses enfants, comme Cédric pour la photo et l’audiovisuel dans lesquels il s’est spécialisé en Afrique du Sud avec l’aide de son frère Dylan, et le nouvel apport d’une de ses deux filles, Karine, qui a étudié la communicationen France. Elle a même travaillé en Guyane au centre spatial français à Kourou avant de rejoindre Logos. L’agence s’avance aussi dans l’édition. Son premier livre n’est autre que le best-seller Lalang pena lezo. Elle compte 15 livres à son actif, dont le dernier consacré à Olivier Bancoult, messager de la paix. L’histoire des Chagos.

«An achiever»
Fini le temps où il fallait prendre l’autobus pour aller travailler d’autant qu’il n’a pas de permis de conduire. Il veut braver le système en place. Le clivage, même parfois ethnique, ne l’empêche pas, grâce à son franc-parler, d’accéder trois fois à la présidence de l’Association of Advertising Agencies (AAA) sans changer un iota de son idéologie. Il participe à l’écriture d’un code pour les agences publicitaires pour qu’on ne confonde pas publicitaire et commerçant.
«Mo enn ti-dimounn mwa.» Ce qui ne l’empêche pas de refuser des propositions de certains clients, notamment ceux qui veulent abuser des consommateurs ou afficher une certaine immoralité qui entre en contradiction avec ses convictions intimes. Il ne veut pas être un mercenaire qui n’aspire qu’à accumuler des profits à tout prix. Il conserve ses propres valeurs et ne veut pas être au service du profit en restant off the beaten track. Pas question de duper les consommateurs. Palan tient à être respecté malgré la forte concurrence.
Ce monde de la publicité s’est endurci. Il faut encaisser des mutations comme la numérisation ou la baisse des ventes du journal papier avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, d’internet et les réseaux sociaux qui cassent les prix. Adapt or perish. Alors Cyril Palan soigne la qualité, la présentation, le design en bravant les préjugés. Ses nouvelles devises sont :«We are different, We approach differently, We execute and service differently, ‘We create differently…» Une politique de l’excellence pour contenter le client. Cet autodidacte compte certaines réussites à son tableau comme le lancement du Domaine Les Pailles, Esko, La Tropicale, Greenfield...
À 73 ans, Cyril Palan tient bon la barre. Il ne magouille pas, même sur le plan politique. On ne peut que lui souhaiter de manz ar li et bon anniversaire pour ses 50 ans de carrière sans oublier son épouse Monique. L’éthique avant tout et ses principes pour sauvegarder l’intégrité.
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