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HSC 2025

Première cohorte mixte : des symboles forts, mais des doutes persistants

12 février 2026, 12:00

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Première cohorte mixte : des symboles forts, mais des doutes persistants

■ Filles et garçons lauréats du Queen Elizabeth College réunis pour une photo historique, symbole d’une nouvelle ère marquée par la mixité et la redéfinition de l’excellence scolaire. Photo: Aurelio Prudence.

La première cohorte des collèges d’État convertis en académies mixtes a livré son verdict mardi, avec l’annonce des premiers lauréats du HSC issus d’établissements historiquement exclusifs aux filles ou aux garçons. Une page est tournée : des filles du Collège Royal de Port-Louis (RCPL) et de Curepipe (RCC) ainsi que des garçons du Queen Elizabeth College (QEC) ont inscrit leurs noms au palmarès, brisant des décennies de tradition genrée.

Mais au-delà de la portée symbolique, les résultats ont ravivé un débat de fond. Alors que le ministère de l’Éducation envisage d’introduire la mixité dès le Grade 7, pédagogues et syndicalistes restent partagés. Pour certains, cette première expérience académique est même perçue comme un échec.

La cuvée 2025 a ébranlé une autre idée reçue : seules les académies produisent des lauréats. Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), insiste sur cette évolution. Selon lui, les résultats démontrent que «l’accès au succès se démocratise progressivement à travers tout notre système éducatif». Des lauréats émergent désormais d’établissements variés, qu’ils soient régionaux, urbains ou ruraux. Pour le syndicaliste, la réussite ne dépend pas uniquement du prestige d’un collège, mais de «la consistance dans l’effort, la régularité au travail et l’engagement sincère» des élèves, enseignants et parents. L’excellence ne serait donc plus l’apanage de quelques institutions dites d’élite, mais le fruit d’un travail collectif et continu.

Taux de réussite mitigé

Cette lecture des résultats offre une analyse plus large : la mixité n’est peut-être pas l’unique variable expli- cative. Le système éducatif mauricien semble, dans son ensemble, évoluer vers une plus grande diffusion de la performance. Cependant, d’autres voix se montrent nettement plus critiques. Vikash Ramdonee, président de l’United Deputy Rectors and Rectors Union(UDRRU), estime que la réforme a été «vite faite et mal faite». Il souligne qu’aucun collège académique n’a atteint 100% de réussite cette année, alors que ces établissements affichaient traditionnellement des résultats parfaits.

Au QEC, sept élèves n’ont pas réussi. Dans d’autres collèges académiques, une vingtaine d’échecs ont été enregistrés. «Cela n’est pas normal car la mixité était supposée amener beaucoup plus de réussite», avance-t-il, rappelant les promesses de «centres d’excellence» évoquées lors de cette réforme. Pour lui, le problème ne réside pas dans le principe de mixité, mais dans sa mise en œuvre. Introduite directement en Grade 10, sans continuité avec le primaire, la réforme, estime-t-il, n’aurait pas bénéficié d’une préparation suffisante, tant sur le plan pédagogique qu’infrastructurel. Il lance d’ailleurs un appel au ministre Mahend Gungapersad, qui envisage d’étendre la mixité dès le Grade 7 : «Prenez votre temps. Il faut planifier, former, adapter les infrastructures. S’il faut un ou deux ans, prenez-les. Il ne faut pas faire de ces enfants des cobayes.»

Interprétations divergentes

Suttyhudeo Tengur, autre syndicaliste du secteur éducatif, adopte une lecture statistique. Selon lui, le taux de réussite global reste stable, autour de 78%. «Le taux d’échec est presque le même», observe-t-il. Les collèges nationaux, malgré l’introduction de la mixité, n’ont pas affiché de progression significative. Il soutient que les efforts des collèges régionaux ont davantage contribué au maintien du taux de réussite que les établissements nationaux.

Il évoque également la performance des collèges privés et s’interroge sur l’efficacité des subsides de l’État. Il cite aussi l’exemple des collèges confessionnels qui, après réflexion, n’ont pas adopté ce modèle de mixité. Mais, par ailleurs, il faut rappeler que le diocèse catholique a un collège mixte privé payant – Sainte-Marie – qui a obtenu une lauréate après un autre lauréat en 2014. Pour lui, le ministère gagnerait à analyser les raisons de leurs bons résultats avant de généraliser la réforme.

À l’opposé de ces critiques, le pédagogue Harrish Reedoy invite à élargir le prisme d’analyse. «Se focaliser uniquement sur les lauréats serait une analyse faussée», estime-t-il. Il rappelle que dans certains établissements, comme le QEC, des garçons se sont brillamment classés, signe que la mixité peut fonctionner. Pour lui, toute réforme structurelle nécessite un temps d’adaptation. Si la mixité est introduite dès le Grade 7, elle permettra une meilleure intégration progressive des élèves. «Il y aura peut-être quelques couacs au départ, mais ensuite cela se stabilisera», prévoit-il.

Réforme à consolider

Au final, cette première cohorte mixte agit comme un révélateur. Symboliquement, elle marque une avancée majeure vers l’égalité des genres et la fin des clivages historiques. Sur le plan statistique, elle ne montre ni effondrement spectaculaire ni bond significatif des performances. L’analyse de la mixité ne peut donc pas se limiter à la seule barre des 100 % de réussite ou au nombre de lauréats. Elle doit intégrer des variables plus larges : climat scolaire, adaptation pédagogique, formation des enseignants, accompagnement psychologique et maturité des élèves.

La question n’est plus de savoir si la mixité est souhaitable, mais comment la mettre en œuvre efficacement. Entre prudence syndicale et optimisme pédagogique, le débat reste ouvert. Une chose est certaine : si la réforme doit s’inscrire durablement dans le paysage éducatif mauricien, elle exigera planification, concertation et évaluation continue

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