Publicité

Errance animale

Une marche silencieuse pour briser l’inaction

9 février 2026, 13:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Une marche silencieuse pour briser l’inaction

■ Une mobilisation silencieuse pour alerter sur la surpopulation canine et féline, un problème structurel qui interpelle à la fois les autorités et la société civile.

Face à la surpopulation canine et féline, des militants et des sauveteurs d’animaux organiseront une marche silencieuse, le 21 février, dans les rues de Port-Louis. «Le but de cette marche silencieuse est de faire prendre conscience aux parties prenantes et à la population de la détérioration constante de la situation liée à la surpopulation de chiens et de chats à Maurice», explique Rubina Jhuboo, une militante active dans le domaine depuis plus de dix ans.

Selon elle, la problématique est d’autant plus complexe qu’elle est alimentée par plusieurs facteurs : absence de stérilisation des animaux de compagnie, divagation incontrôlée, abandons réguliers de portées sur la voie publique, sans oublier le phénomène des élevages illégaux. «La loi exige un permis pour l’élevage de chiens, mais des centaines de backyard breeders opèrent toujours en toute impunité», déplore-t-elle. Le choix d’une protestation silencieuse n’est pas anodin. Il se veut symbolique de la lutte menée au nom de ceux qui n’ont pas de voix. «Nous parlons pour les animaux errants, invisibles et souvent oubliés.»

Des promesses sans suite

Au-delà des discours, les militants réclament des actions immédiates et mesurables. Les budgets alloués, selon eux, se limitent à des campagnes de stérilisation ponctuelles, insuffisantes pour répondre à l’ampleur de la crise. Les chiffres avancés renforcent ce constat. Un budget de Rs 20 millions a été prévu pour la stérilisation gratuite des chiens. En considérant un coût moyen de Rs 3 000 par intervention, cela représenterait environ 6 000 stérilisations pour l’année 2026. Un chiffre dérisoire face à une population canine estimée à plus de 300 000 animaux. Par ailleurs, aucun budget n’est actuellement prévu pour la stérilisation gratuite des chats. À cela s’ajoute une promesse électorale restée lettre morte. Avant les élections, le Premier ministre avait évoqué la venue de vétérinaires étrangers pour stériliser 200 000 chiens en deux ans. «On attend toujours.»

Parmi les solutions mises en avant figure la nécessité de recourir à une expertise internationale. Les acteurs du secteur estiment que la capacité vétérinaire locale ne permet pas de mener des campagnes de stérilisation à grande échelle. Or, selon eux, les permis pour les vétérinaires étrangers sont souvent bloqués et les propositions d’organisations internationales expérimentées sont systématiquement rejetées. «Il n’existe pratiquement aucune campagne nationale sur le bien-être animal», déplore Rubina Jhuboo, rappelant que la prévention passe aussi par l’information des citoyens. Les militants réclament aussi des sanctions plus sévères contre les éleveurs illégaux et les auteurs de mauvais traitements. «Tant que l’Animal Welfare Act ne sera pas appliquée avec rigueur, les abus continueront», estime Rubina Jhuboo. Elle appelle également à une réforme des institutions clés, notamment la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) et le Veterinary Council, afin d’y intégrer des professionnels disposant de réelles compétences en bien-être animal. Les militants rappellent qu’aucune élection au sein du conseil de la MSAW n’a eu lieu depuis 2013, en contradiction avec la loi en vigueur.

La MSAW affirme avoir intensifié ses actions pour mieux encadrer la population canine. Plus de 15 000 chiens ont déjà été micropucés, un chiffre appelé à augmenter. Un recensement des chiens errants sera mené à l’aide de drones, avec un système de comptage déployé sur six mois. Mais pour les militants, ces mesures restent insuffisantes. Ils rappellent qu’un seul chien ou chat non stérilisé peut engendrer jusqu’à 67 000 descendants en six ans. «On ne peut plus se permettre d’attendre indéfiniment», conclut Rubina Jhuboo.

Publicité