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School Certificate
Quand l’échec scolaire révèle un malaise plus profond à Agaléga
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Quand l’échec scolaire révèle un malaise plus profond à Agaléga
■ À Agaléga, enseignants et élèves composent avec des infrastructures limitées, un défi supplémentaire à l’approche des examens nationaux.
Une semaine après la publication des résultats du School Certificate (SC), l’heure est toujours aux analyses, aux chiffres décortiqués et aux comparaisons. Mais à Agaléga, loin des tableaux de performance et des classements nationaux, ces résultats racontent surtout une histoire de fractures silencieuses, d’inégalités persistantes et d’espoirs fragiles. Car si les années passent, le constat, lui, semble immuable pour les jeunes Agaléens.
En 2021, une lueur d’espoir avait pourtant illuminé le paysage éducatif local : l’unique candidate au SC avait réussi à ses examens. Depuis, plus rien. Année après année, les jeunes peinent à se distinguer. Derrière ces résultats décevants se cachent des réalités bien plus complexes que de simples notes insuffisantes : manque de choix de matières, absence d’encadrement spécialisé, infrastructures inadaptées et, surtout, une absence de perspectives professionnelles une fois les études terminées.
Tous les ans, les examens du SC ne concernent pas nécessairement des candidats. Certaines années, aucun élève ne se présente. Auparavant, les jeunes devaient quitter leur famille et leur île pour venir composer à Maurice, une épreuve en soi. Depuis 2025, un pas important a été franchi : Cambridge a autorisé les élèves à passer leurs examens sur place. Une avancée majeure, mais qui n’a pas suffi à inverser la tendance.
Un système sous contrainte
Cette année, cinq candidats étaient en lice. Les résultats montrent des réussites partielles, mais aussi de profondes lacunes. En Art & Design, les cinq élèves ont obtenu des notes allant de C à E. En français, un C et trois D ont été enregistrés. En mathématiques, trois candidats ont décroché un C contre deux E. En revanche, les résultats en Business Studies et en comptabilité sont restés en deçà des attentes. Une situation qui interroge : qu’est-ce qui freine réellement la réussite de ces jeunes ?
Pour le personnel enseignant sur place, le problème est structurel. Jean (*), qui évolue dans le monde éducatif à Agaléga, pointe d’abord le manque de spécialisation des enseignants. «À Maurice, les enseignants sont spécialisés dans une matière spécifique, ce qui n’est pas le cas à Agaléga», explique-t-il. Ils ne sont que cinq pour assurer l’enseignement secondaire. «Celui qui a une expertise en Art & Design, par exemple, se verra aussi devoir enseigner une autre matière, que ce soit le français ou les mathématiques. Et surtout, il doit suivre les élèves du Grade 7 au Grade 11.» Dans ces conditions, difficile de garantir une préparation optimale au SC. «Peut-être que pour ce niveau, il aurait fallu un enseignant spécialisé dans chaque matière», estime Jean. D’autant plus que l’offre est déjà limitée : seules sept matières sont proposées – anglais, français, littérature française, mathématiques, Art & Design, Business Studies et comptabilité. «Ce serait idéal d’avoir un enseignant par matière», insiste-t-il.
Le collège MEDCO d’Agaléga ne compte que 27 élèves. Une partie d’entre eux se trouve à Maurice, parfois pour des raisons médicales, parfois sans certitude de retour. D’autres ont interrompu leur scolarité ou envisagent de redoubler. «Ce va-et-vient a un impact réel sur l’éducation des enfants», confie Jean. Il arrive qu’un élève, n’ayant pas réussi à intégrer un collège à Maurice, se retrouve temporairement sans scolarité. Lorsqu’il revient à Agaléga en cours de trimestre, le retard accumulé est souvent difficile à rattraper.
À ces difficultés s’ajoutent des problèmes d’infrastructures. Le bâtiment du collège est toujours en rénovation, obligeant les élèves à suivre les cours dans la bibliothèque. Or, il faudrait au minimum six salles de classe pour accueillir les Grades 7 à 11, en plus du Foundation Programme. «Le bâtiment actuel ne peut pas accommoder tout le monde», explique Jean. Résultat : des classes multi-niveaux. «Les Grade 7 et 8 partagent la même salle. L’enseignant donne cours quelques minutes à l’un, puis se tourne vers l’autre. C’est le quotidien ici.»
Sans perspective d’avenir
Une situation qui dure depuis plusieurs années, malgré le fait que le ministère de l’Éducation en soit informé. Et même une fois les travaux terminés, le problème risque de persister, reconnaît-il. Une note positive toutefois : depuis l’an dernier, les élèves reçoivent leurs uniformes et manuels en début d’année scolaire, mettant fin à un autre casse-tête récurrent. Mais au-delà de l’école, c’est l’avenir même des jeunes qui inquiète. «Un enfant peut réussir ses études, mais une fois rentré à Agaléga, quel sera son avenir ?» questionne Jean. Les possibilités de spécialisation existent à Maurice, mais elles débouchent rarement sur un emploi au retour. «Il y a pourtant des postes à pourvoir, que ce soit dans la police, la santé, le port, l’aéroport, la banque ou la station météorologique. Mais ce sont des Mauriciens qui occupent ces postes.» Selon lui, offrir de réelles opportunités aux Agaléens changerait la donne. «Si on leur donnait une chance de s’illustrer, les jeunes seraient plus motivés pour réussir leurs études.»
Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, se veut prudent et humain dans son approche. Il dit avoir rencontré les élèves lors de sa visite à Agaléga. «Un élément qu’ils m’ont fait comprendre, c’est le choix de leur combinaison de matières. Cela mérite réflexion. Est-ce que des matières mieux adaptées à leurs intérêts leur permettraient de mieux réussir ?» Il insiste sur la nécessité d’analyser chaque situation individuellement, sans stigmatisation. «Est-ce qu’ils ont rencontré des difficultés dans leur préparation au SC ? Est-ce qu’ils avaient le potentiel pour réussir ? Ou auraient-ils dû opter pour des O-level ? Il faut comprendre leurs aptitudes.» Il rappelle aussi que l’échec à un examen ne définit pas une vie. «Il y a plusieurs facteurs : la famille, la psychologie de l’enfant, son environnement, son encadrement, son intérêt pour les matières. Certains progressent tardivement. Il ne faut jamais dire qu’un enfant qui échoue au SC ne réussira pas dans la vie.»
À Agaléga, plus qu’ailleurs, l’éducation ne peut être pensée de manière isolée. Elle est intimement liée aux réalités sociales, économiques et géographiques de l’île. Les jeunes, eux, continuent d’espérer. Espérer que leurs efforts seront un jour soutenus par un système mieux adapté. Espérer surtout que réussir à l’école ne sera plus un acte de courage solitaire, mais un chemin réellement possible vers un avenir meilleur.
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