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Éducation spécialisée

Le manque de «carers» fragilise l’école inclusive

17 janvier 2026, 12:00

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Le manque de «carers» fragilise l’école inclusive

■ Depuis la rentrée, plusieurs parents dénoncent l’absence de «carers» dans certaines institutions, contraignant des enfants à besoins spécifiques à rester à la maison, malgré leur droit à l’éducation.

Depuis la rentrée scolaire, une situation préoccupante met à rude épreuve de nombreuses familles à travers le pays. Des enfants inscrits dans des institutions spécialisées ou intégrées se retrouvent contraints de rester à la maison, faute de carers disponibles pour les accompagner au quotidien. Un dysfonctionnement qui survient dès les premiers jours de l’année scolaire, mettant à mal le principe même de l’éducation inclusive. Toutefois, la Special Education Needs Authority (SENA) se veut rassurante (lire ci-dessous).

Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient. Pour de nombreux parents, la rentrée s’est transformée en véritable casse-tête, entre obligations professionnelles, manque d’alternatives et inquiétudes pour le bien-être de leurs enfants. Shane (*), père d’un enfant de quatre ans, raconte une rentrée avortée. «Mardi, j’ai emmené mon fils à l’école pour la grande rentrée dans une école publique. Il y avait une carer et une enseignante non permanente. Mais en fin de matinée, on m’a demandé de ne plus envoyer mon enfant à partir du lendemain, car il n’y aurait plus de carer», raconte-t-il. Pris de court, il tente d’obtenir des précisions sur la durée de cette interruption. La réponse reste vague : il faudra attendre le renouvellement des contrats.

Pour ce parent, comme pour tant d’autres, la réalité est brutale. Lui et son épouse travaillent tous les deux. «Qui va s’occuper de mon enfant ?», s’interroge-t-il. En cherchant des explications, il apprend que les démarches auprès de la SENA n’auraient été entamées qu’au début même de la semaine de la rentrée. «Comment est-ce possible alors que la date de reprise était connue depuis longtemps ?» questionne-t-il. En contactant lui-même la SENA, il comprend que l’ordre officiel de recrutement des carers n’aurait pas encore été transmis. Un sentiment d’abandon que partagent d’autres parents.

Samuel (*), habitant Vallée-des-Prêtres et père d’un enfant autiste, décrit une situation similaire. «On m’a demandé de ramener mon fils à la maison car il n’y avait pas de carer. On nous dit que les contrats ont pris fin et qu’on ne sait pas qui va les payer. Quand on appelle, personne n’est disponible pour nous répondre», déploret-il. Pour lui, l’angoisse est double : peu d’établissements privés acceptent les enfants à besoins spécifiques et les options dans le public restent limitées, surtout pour les plus jeunes.

Sabrina (*), autre parent concerné, parle d’une inclusion fragilisée. «On nous a dit qu’aucun carer n’était disponible cette année, faute d’approbation. Mon mari a dû s’absenter du travail pour chercher des réponses. On nous explique que ce n’est pas de leur ressort», raconte-t-elle. Son enfant continue à fréquenter l’école, mais dans des conditions difficiles. «Il ne mange pas seul, il a besoin d’aide pour aller aux toilettes. L’enseignante fait de son mieux, mais ce n’est pas son rôle.»

À ce manque de personnel s’ajoutent des blocages administratifs qui accentuent le malaise. Une mère a récemment adressé une lettre pour témoigner de la fermeture temporaire d’une école spécialisée fréquentée par son enfant. «Depuis que mon fils a été diagnostiqué, nous avons rencontré de nombreuses difficultés pour trouver une école adaptée, surtout dans le Sud. Pour la première fois, mon enfant était heureux, motivé et épanoui dans une école spécialisée», explique-t-elle.

Or, les parents ont été informés que la SENA aurait ordonné à l’établissement de suspendre ses activités, son permis étant toujours en cours de traitement. «Tous les documents ont été soumis dès novembre 2025, mais la candidature est toujours en attente. L’école a pourtant fonctionné sans problème jusqu’ici», souligne-t-elle. Au-delà des contraintes logistiques, l’impact sur les enfants est majeur. «Garder à la maison des enfants à besoins spécifiques pendant une période prolongée perturbe leur routine et peut avoir des conséquences sérieuses sur leur bien-être émotionnel et leur développement.» Elle pointe également un problème structurel plus large. «Il y a un sérieux manque d’écoles SEN dans le Sud. La fermeture d’un établissement qui fonctionne déjà bien ne fait qu’aggraver la situation.» Les parents appellent la SENA à réexaminer la situation dans l’intérêt supérieur des enfants. Face à l’ampleur du problème, la Confédération des travailleurs du secteur privé et public (CTSP), syndicat regroupant enseignants et carers, affirme suivre la situation de près. Son président, Reeaz Chuttoo, évoque des failles persistantes dans la gestion du secteur. «Il y a un sérieux problème de gouvernance à la SENA. On communique, mais on ne règle pas le problème de fond», affirme-t-il.

Il rappelle qu’il est impossible d’imposer une approche uniforme. «On ne peut pas fixer un nombre standard d’enfants par classe. Certaines classes accueillent un seul enfant autiste, parfois deux, selon la sévérité du handicap», souligne-t-il. Il évoque aussi des décisions héritées de l’ancienne direction, notamment une mesure qui permet aux enseignants de ne pas travailler durant les vacances scolaires, source de confusion persistante.

Face à l’urgence, la CTSP a sollicité une réunion avec le ministre de l’Éducation. «On ne peut pas parler de réformes éducatives sans aborder le secteur des Special Education Needs. C’est un domaine exigeant, avec un réel manque de carers. Travailler avec des enfants à besoins spécifiques pour un salaire minimal n’est pas évident, ce qui explique en partie la pénurie de personnel», explique-t-il.

Concernant le non-renouvellement des contrats, il rappelle que, selon le Workers’ Rights Act, un emploi de nature permanente ne devrait pas faire l’objet de contrats successifs. «Le travail de carer est permanent par définition, puisque les enfants ont besoin d’un accompagnement continu», insiste-t-il.

De son côté, le Neurodiversity Hub Mauritius est également intervenu. L’une de ses membres fondatrices, Yashoda Auchombit, indique avoir pris contact avec le ministère de l’Éducation et la SENA. «On nous a laissé entendre que la situation pourrait être résolue d’ici peu», affirme-t-elle, tout en soulignant la nécessité de solutions durables.

Au-delà des témoignages et des échanges institutionnels, une question demeure : comment parler d’éducation inclusive si les moyens humains et structurels ne suivent pas ? Les parents rappellent que chaque enfant, en situation de handicap ou non, a droit à une éducation adaptée et équitable. Ils appellent les autorités concernées à agir rapidement afin que les carers soient recrutés, que les écoles spécialisées puissent fonctionner dans un cadre clair et que ces élèves retrouvent le chemin de l’école dans des conditions dignes, sécurisées et respectueuses de leurs besoins.

*** 

La SENA : «Cela va se régler de manière assez urgente»

Alors que la rentrée scolaire a été marquée par des perturbations dans plusieurs établissements accueillant des enfants à besoins éducatifs particuliers, la Special Education Needs Authority (SENA) reconnaît l’existence de difficultés, notamment en matière de gestion administrative des carers et des teacher assistants. Sa directrice, Caroline Arekion, admet que la situation actuelle a entraîné des retards dans la mise à disposition du personnel nécessaire au bon fonctionnement des écoles.

«Il y a effectivement un problème administratif. La SENA n’est pas en droit de recruter les carers. Elle ne peut ni établir de contrats ni poster des carers dans les écoles», explique-t-elle. Le rôle de la SENA se limite à soutenir financièrement les établissements à travers le grant-in-aid, qui couvre les salaires du personnel et certaines dépenses de fonctionnement. Toutefois, elle reconnaît que, par le passé, la SENA a procédé au recrutement et à l’affectation de carers dans plusieurs écoles, une pratique qui a certes facilité la prise en charge des enfants, mais qui a aussi complexifié la situation sur le plan légal.

Face à ce constat, la SENA a décidé de revoir l’ensemble du dispositif. «Nous sommes en train de revoir tout l’exercice et de trouver une solution légale afin que le ministère de l’Éducation puisse recruter directement les carers. Quant aux ONG, c’est à elles de recruter leur personnel, mais selon des critères bien définis que la SENA est en train d’élaborer», précise Caroline Arekion.

Cette réorganisation explique en partie le retard dans le déploiement du personnel requis dans certaines écoles. «Cela va se régler de manière assez urgente, que ce soit dans les écoles publiques ou dans les écoles SEN gérées par des ONG», assure la directrice. Actuellement, les équipes de quality assurance de la SENA effectuent des visites dans l’ensemble des établissements afin d’identifier les manquements et de recueillir les besoins sur le terrain. «Au niveau du board, nous allons ensuite demander le finance clearance et définir les critères nécessaires.» L’approche se veut désormais plus ciblée. «Par exemple, pour un groupe de dix enfants, après une période d’adaptation, on évaluera s’ils peuvent être encadrés par un carer, un teacher assistant et un enseignant. Mais certains cas nécessitent une attention individuelle», explique-t-elle. Une fois l’état des lieux complété, la SENA formulera des requêtes budgétaires auprès du ministère concerné.

Par ailleurs, Caroline Arekion indique que les écoles ayant soumis des demandes depuis l’année dernière ont déjà reçu un feu vert pour entamer leurs recrutements. «Elles doivent maintenant nous soumettre leurs applications. Nous ferons le due diligence afin de vérifier que les carers disposent des certificats et qualifications requis.»

La directrice appelle les parents à faire preuve de patience. «Je pense que d’ici février, tout sera rentré dans l’ordre et la situation sera plus stable.» Concernant les écoles publiques, elle invite les directions à ne pas refuser les enfants. «Cela demandera peut-être un effort supplémentaire en janvier, mais le nécessaire sera fait rapidement. Des arrangements temporaires, comme une sortie à 11 heures, peuvent être envisagés avec les parents.»

Enfin, à propos d’une école située dans le sud de l’île, Caroline Arekion confirme que le dossier est en cours d’examen. «L’établissement ne disposait pas d’enseignants et de teacher assistants formés. On ne peut pas autoriser une école à opérer sans le personnel et les infrastructures adéquats.» Elle invite les responsables à soumettre l’ensemble des documents requis afin d’obtenir un contrat conforme et permettre à l’école de fonctionner dans les règles.

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