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Tendances musicales

Quand des artistes marchent sur la corde raide entre l’hommage et le plagiat

11 janvier 2026, 17:00

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Quand des artistes marchent sur la corde raide entre l’hommage et le plagiat

Coup de gueule pour débuter l’année. Celui d’un producteur qui travaille pour que la musique locale traverse les frontières. Mais qui entend nos sons bloqués par des questions de plagiat qui ne pardonnent pas. Si ce producteur a souhaité témoigner en toute discrétion, les questions qu’il pose n’en sont pas moins dérangeantes.

Elles méritent que l’on s’y intéresse, non seulement parce que c’est une nouvelle année qui commence. Mais surtout parce que l’industrie musicale est agitée par plusieurs sujets, comme la reconnaissance financière des chansons plébiscitées dans les concours de disque de l’année sur les radios publiques et privées. La refonte du système d’obtention de permis pour l’organisation de concerts. La restructuration annoncée de la Mauritius Society of Authors (MASA). Le tout dans un contexte où les outils sans cesse innovants des intelligences artificielles ouvrent des possibilités infinies. À titre d’exemple, le programme américain Suno lancé en 2023, qui permet de générer de la musique, à partir de sons et de prompts fournis par l’utilisateur. On plonge dans un univers qui dépasse le cadre traditionnel de la collecte de redevances par les sociétés de droits d’auteurs.

Ce qui a poussé ce producteur très inquiet à s’exprimer, c’est la nouvelle chanson de Blakkayo feat Anonym, intitulée Sa’em ki bez ar twa. Elle est en ligne depuis le 3 décembre 2025 et aborde un sujet d’actualité : le fléau de la drogue et ses ravages. Sa’em ki bez ar twa porte la mention «Hommage à Cesária Évora, la diva aux pieds nus, dont la voix continue de marcher avec nous». La chanson de Blakkayo feat. Anonym sample Sodade de Cesária Évora. Cette chanteuse du Cap-Vert est décédée en 2011. C’est Sony Music qui représente le catalogue de Cesária Évora depuis 2025. À Maurice, le Copyright Act prévoit que les droits d’un auteur sont protégés pendant les 50 années après sa mort.

«Quand les reprises ne sont pas signalées, que certains producteurs ne font cela que pour des gains financiers, il y a des répercussions. Comment mettre Maurice sur la scène internationale ? Comment proposer de la musique locale à des tourneurs, à des festivals, à des plateformes en ligne ? On me répond que je n’apporte rien d’original, seulement des copies, qui ne sont pas toutes autorisées», s’insurge le producteur inquiet.

Avant la toute-puissance des moyens technologiques, «c’était encore possible, mais aujourd’hui que tout est répertorié, on est tombé dans un piège. Ici, on croit que reprendre un rythme d’Amérique du Sud que le public mauricien ne connait pas et poser des paroles en kreol accrocheuses dessus, ça passe. À cause de cela, Maurice porte une marque, celle du pirate».

Des répercussions à l’international auxquelles des producteurs et DJ locaux ne sont pas sensibilisés, s’insurge leur confrère inquiet. «Ils courent après les showcases et ça s’arrête là. Une fois qu’on a ‘eklat partou’, qu’on a ‘lofe pa lofe’, ils ne se rendent pas compte des conséquences.»

Dans l’écosystème musical, la popularité d’une chanson ouvre la porte aux «zwe». Derrière un tube, il y aura les propositions d’animer des showcases dans des centres commerciaux, des soirées privées dans des établissements hôteliers, des restaurants, des soirées chez des particuliers, des bals, fêtes d’anniversaires, mariages. Cerise sur le gâteau: les cabarets organisés par la diaspora mauricienne au Canada, en Australie, dans plusieurs villes d’Europe. «Sauf qu’en faisant des covers non autorisées, on prend le public pour des cons, c’est du plagiat». Cette musique «mauricienne» tourne alors en circuit fermé et ne perce pas à l’international, se désole le producteur. Les réseaux étrangers étant à l’inverse en quête d’authenticité.

Un autre producteur, Stephan Rezannah, de Jorez Box, s’en était insurgé dans nos colonnes le 14 mai 2025. Ce qui l’avait fait bondir, c’était la polémique soulevée par Specta Say So, sur Youtube, dans une vidéo explicite intitulée L’île Maurice, plagiat du dancehall martiniquais ? Elle a été mise en ligne le 10 mai 2025. Il y est question de «reprises instru», pour ne pas dire des copies de DJ martiniquais reproduites dans des versions locales.

Stephan Rezannah soulignait en mai dernier – avant de devenir un membre élu siégeant au board de la MASA-que, «des artistes mauriciens font leur shopping sonore dans les rayons musiques d’artistes d’ailleurs. Oui, on parle de vol, de plagiat et c’est grave». Avant de plaider en faveur d’une meilleure connaissance des lois protégeant la propriété intellectuelle. «Inverser la tendance et inspirer, à notre tour, les autres artistes»


Ces ressemblances dérangeantes

Les exemples de similitudes entre des tubes locaux et des musiques de l’étranger sorties avant les versions locales ne manquent pas. Jugez-en par vous-même.

Exemple 1 Rapprochez Bouze Sarah de Bomboclak & Helix Dynasty avec le coupé décalé de Kedjevara, Tchoukou Tchoukou. bouze .jpg

Exemple 2 Comparez Nou viv lamour, d’Owen Gaspard, sorti le 3 septembre 2025, à Try Loving me, d’Anthony Q, publié le 2 mars 2024.
nou viv .jpg Exemple 3 Écoutez le Foss Akization, de Zantakwan feat. Tii Raffa paru le 1er juin 2024, puis le tube de 50 Cent feat. Olivia, Candy shop, qui est disponible en ligne depuis le 17 juin 2009. foss .jpg candy.jpg

Exemple 4 Place à Vrai Ganster de Favelas Gang, version locale mise en ligne le 20 juin 2025. Écoutez ensuite H.O.L.L.A, de Busta Ryhmes, en ligne depuis le 22 novembre 2015.

Exemple 5 Le titre Fam mo kamwad produit par DJ Wayn interprété par Mat King x Tipti x Yohan et ce qu’il cite comme son «inspi originale», Ils se demandent, de Denden.

Exemple 6 Flashback nostalgie. On peut apprécier le tube Mo sentiment pou toi de Laura Beg, mis en ligne le 27 novembre 2020. Et puis écouter Cherish, de Kool & The Gang, publié le 7 octobre 2009.


La MASA prévoit une meilleure surveillance pour 2026

Quelles sont les procédures pour reprendre une chanson dans les règles ? La porte à laquelle frapper: la MASA. L’artiste et/ou son producteur peuvent adresser une demande à la MASA, qui à son tour prend contact avec la société sœur où sont enregistrés les ayants-droits de l’artiste dont on souhaite utiliser l’œuvre. «Nous avons un rôle de facilitateur. Parfois, des artistes locaux et leurs producteurs vont directement vers les ayants-droits sans passer par la MASA», indique Gérard Louise, directeur de la MASA. Y a-t-il des droits à payer pour l’utilisation d’une œuvre existante ? «Cela dépend du producteur de l’œuvre que l’on souhaite utiliser et des ayants-droits».

Il reste optimiste qu’une meilleure visibilité du phénomène sera possible avec l’installation du système World Intellectual Property Organisation (WIPO) Connect, prévu cette année à la MASA. «Avec ce réseau, toutes les œuvres seront identifiables. Chaque œuvre déposée porte un code. Tout va changer en 2026».

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