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Beltrami Bolzano Kemayou

Le tragique destin d’un jeune exilé raconté par ses proches

10 janvier 2026, 11:00

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Le tragique destin d’un jeune exilé raconté par ses proches

■ Beltrami Bolzano Kemayou, 24 ans, est venu à Maurice en 2023 (à g.) pour étudier, travailler et s’installer.

Il y a des vies qui basculent en quelques heures, chargées de zones d’ombre et de douleurs irréversibles. Celle de Beltrami Bolzano Kemayou, 24 ans, Camerounais arrivé à Maurice avec l’espoir d’un avenir meilleur, est aujourd’hui liée à l’un des faits divers les plus bouleversants de ces derniers mois. Accusé du meurtre de sa concubine, Sivanee Saminaden, 29 ans, à Petit-Raffray, et poursuivi pour plusieurs agressions, il est au cœur d’une affaire où se mêlent tragédie intime, choc collectif et attente de vérité.

Avant de basculer, Bolzano était un jeune homme venu chercher des jours meilleurs à Maurice, convaincu que l’exil pouvait lui offrir une seconde chance.

? Aucun antécédent criminel connu

La police l’a confirmé : jusqu’à cette affaire, Beltrami Bolzano Kemayou n’avait jamais commis de crime ni fait l’objet de poursuites. Aucun casier, aucun signalement. Un élément factuel qui surprend ceux qui l’ont côtoyé et qui suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations.

? Didipè, Cameroun : une enfance sans violence

Bolzano est originaire de Didipè au Cameroun. Il grandit dans une famille modeste mais structurée. Son père est un professeur respecté. Sa mère, Diane Mbankeu Tchana, le décrit comme un garçon calme, réservé, incapable de brutalité. Adopté à l’âge de 19 ans, il apprend tôt à survivre par le travail. Il cultive la terre, travaille dans les champs, accepte les tâches difficiles, convaincu que l’effort est une valeur cardinale. «Mon fils n’a jamais levé la main sur quelqu’un. La seule erreur de mon fils c’était de tomber amoureux», plaide-t-elle.

La veille de son départ pour Maurice, elle se souvient d’un geste banal. Ils l’avaient invité dans un bar pour lui souhaiter bonne chance. «Il a pris un soda. Rien d’autre. Ce n’était pas un garçon violent. Il ne touchait pas à l’alcool.» En 2023, Bolzano arrive à Maurice avec l’ambition de travailler, d’étudier et de s’installer. La réalité est rude. Il cumule les petits boulots, loue une maison dans la région de Grand Baie. «Il espérait des jours meilleurs à Maurice», confie sa mère. «Revenir aurait été pour lui un échec», confiera cette dernière sur la question de sa situation irrégulière.

? Marlène Jane, un soutien constant

À Maurice, Marlène Jane, responsable immobilière, devient l’un de ses principaux appuis. Elle l’aide à se familiariser avec l’utilisation d’un ordinateur, à chercher des formations, à s’orienter. Elle devient sa première vraie amie, une vraie connaissance. «Ilcumulait beaucoup de petits boulots. Il faisait aussi de petits travaux chez moi pour mettre un peu d’argent de côté», raconte-t-elle.

Bolzano s’occupait de temps en temps du jardin de Marlène Jane. Elle le décrit comme un jeune homme serviable et humain. Elle se souvient notamment d’un épisode marquant : «Il est venu en aide à une jeune Malgache. Elle était sous l’emprise de son patron. Bolzano l’a aidée à se libérer, puis il a cherché de l’argent pour qu’elle puisse se remettre sur pied alors qu’il n’était lui-même pas dans son pays. Il voulait s’assurer que cette fille aille bien.» Pour elle, ce geste résume l’homme qu’elle a connu. «C’était un gentil garçon. Je ne crois pas qu’il ait pu commettre un tel crime. Il était incapable de taper quelqu’un.»

Comme d’autres proches, elle avance l’hypothèse qu’il ait pu être sous l’emprise de la drogue, tant les faits qui lui sont reprochés semblent en rupture totale avec son comportement habituel.

Quand Bolzano entame une relation avec Sivanee Saminaden, il parle à sa famille d’amour, de projets et de leur bébé de six mois. Mais les derniers jours semblent marqués par une tension grandissante.

Selon sa famille, dont sa sœur Guylene, lors d’un appel téléphonique le samedi fatidique, Bolzano aurait indiqué que l’excompagnon de Sivanee se trouvait dans la maison.

Ce détail rapporté par ses proches, fait aujourd’hui partie des zones d’ombre entourant cette affaire. Nous avons demandé à la police si elle disposait de cet élément d’information et ce n’est pas le cas. «J’espère que la police va fouiller la maison», disent-ils.

? Les voisins évoquent une femme isolée et apeurée

Le jour du crime, lorsque nous nous sommes rendus à Petit-Raffray, les voisins évoquaient une femme discrète et renfermée. Sivanee avait l’habitude de sortir seule pour aller acheter à manger.«Elle ne parlait presque à personne», ont-ils confié. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, elle semblait désespérée et avait peur. Un malaise perceptible, mais silencieux, qui n’avait jusque-là alerté personne. «Kan nou ti pe koz ar li, li pa ti pe reponn. Li pa ti gagn drwa koze. Li pez lizie»

? Dernier appel avant le drame de Petit-Raffray

Ce samedi-là, Bolzano appelle sa sœur et dit ne pas aller bien. Il aurait aussi effectué un appel vidéo avec sa sœur. Quelques heures plus tard, Sivanee Saminaden est retrouvée morte à leur domicile. Leur bébé est découvert vivant dans un baril à l’extérieur de la maison.

Bolzano aurait pris la fuite avant d’être retrouvé blessé à Calodyne, agressé par des habitants, puis interpellé par la police.

? Les Camerounais ont peur de l’amalgame

L’Association des Camerounais à Maurice a exprimé ses sympathies à la famille de Sivanee Saminaden et condamne ce crime, qualifié d’acte de barbarie. Dans le même temps, elle tient un message clair : *«Tous les Camerounais ne sont pas comme ça. La majorité est ici pour travailler honnêtement et l'association condamne cet acte et exige que la lumière soit faite.

Depuis le Cameroun, Diane Mbankeu Tchana pense avant tout au sort du nourrisson de six mois. Malgré la douleur, elle se dit prête à s’occuper de l’enfant, si les autorités l’y autorisent. «Cet enfant est innocent. Il ne doit pas payer pour ce drame», affirme-t-elle.

Dans l’immédiat, la famille de Bolzano a désigné Marlène Jane comme représentante à Maurice, afin de suivre l’évolution de l’affaire et servir d’intermédiaire avec les autorités. Pour l’heure, elle n’a pas encore eu le droit de rencontrer Bolzano. «Je veux le voir et l’entendre dire de sa bouche qu’il a commis ce crime et pourquoi. C’est difficile à croire qu’il ait fait ça», nous a-t-elle déclaré.

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