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Travailleurs étrangers exploités
Derrière les champs, une réalité préoccupante pour des migrants
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Travailleurs étrangers exploités
Derrière les champs, une réalité préoccupante pour des migrants
Entre manque d’hygiène, promiscuité et précarité, le quotidien de certains travailleurs migrants met en lumière une réalité souvent invisible.
À peine la nouvelle année entamée que la Special Migrant Workers Unit du ministère du Travail se retrouve déjà confrontée à un dossier sensible mettant en lumière la vulnérabilité de travailleurs étrangers employés à Maurice. En cause : des conditions de vie jugées insalubres, qui ont poussé ces derniers à solliciter l’aide du syndicaliste Fayzal Ally Beegun, afin que leur situation soit portée à la connaissance des autorités.
Ces travailleurs, originaires du Népal et de l’Inde, seraient employés au sein d’une entreprise du secteur agricole, un domaine moins souvent associé aux accusations d’abus, mais qui n’échappe pas aux risques d’exploitation. Selon les informations recueillies, leur quotidien soulèverait de sérieuses inquiétudes, tant sur le plan humain que sanitaire.
Cette affaire survient dans un contexte où la question des travailleurs migrants a été récemment abordée au plus haut niveau de l’État. Lors de son message de vœux, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a reconnu l’importance de cette maind’œuvre étrangère, rendue nécessaire par l’indisponibilité de travailleurs locaux dans plusieurs secteurs. «Dans tous les secteurs économiques, nous devons avoir recours aux travailleurs étrangers, qui font du bon boulot et qui nous aident dans nos activités économiques», a-t-il souligné, tout en saluant les sacrifices consentis par ces travailleurs, souvent éloignés de leur famille.
Mais il ne faut pas oublier l’enjeu crucial du respect des normes internationales, Maurice ayant été placée l’an dernier sur une liste américaine liée au travail forcé. Une situation que les autorités souhaitent à tout prix éviter de voir se reproduire.
Pour Fayzal Ally Beegun, le traitement réservé aux travailleurs étrangers est aujourd’hui un test de crédibilité pour le pays. «Le bon traitement de ces travailleurs est primordial si nous voulons éviter d’être à nouveau blacklistés», affirme-t-il. Or, ce qu’il dit avoir constaté récemment le laisse profondément préoccupé.
Selon ses déclarations, les travailleurs concernés seraient transportés dans les caissons de vans, sans protection adéquate. Plus alarmant encore : leurs conditions d’hébergement. «Le dortoir est dans un état déplorable. La cour est jonchée de détritus. Deux bassins, placés au fond, servent à la vaisselle. Les toilettes et les salles de bains sont insalubres, avec une odeur persistante», décrit-il.
Au-delà de l’indignité, ces conditions représenteraient un risque sanitaire réel. «Avec les cas de gastro-entérite ou encore le chikungunya signalés dans le pays, on ne peut pas laisser des travailleurs vivre dans un tel environnement», insiste le syndicaliste. Il ajoute que ces travailleurs n’auraient toujours pas perçu leur salaire du mois de décembre, ni leur bonus de fin d’année, les plaçant dans une situation de précarité extrême. «Une personne les aide actuellement à se nourrir, mais cette aide ne pourra pas durer», prévient-il.
Le dossier prend une tournure encore plus sensible avec des allégations de confiscation de passeports dès l’arrivée au pays, une pratique strictement interdite. Fayzal Ally Beegun affirme également qu’un travailleur aurait été déporté après avoir contesté ses conditions de travail, avec l’intervention des forces de l’ordre. «Lever la voix ne devrait jamais mener à une expulsion», soutient-il.
Le syndicaliste indique avoir saisi le ministre du Travail, Reza Uteem, et appelle à une réaction rapide face à ce qu’il qualifie d’urgence humanitaire. Il demande notamment que des mesures fermes soient prises à l’encontre des entreprises qui ne respecteraient pas leurs obligations, allant jusqu’à suggérer qu’elles soient privées du droit de recruter des travailleurs étrangers.
Il plaide aussi pour un meilleur encadrement des procédures, notamment en matière de déportation. «La police ne peut agir seule. En dehors de crimes graves, la Special Migrant Workers Unit doit être informée et une enquête menée avant toute décision», souligne-t-il.
Enfin, Fayzal Ally Beegun propose une piste concrète : l’introduction d’une clause spécifique lors des demandes de permis de travail, obligeant les entreprises à garantir l’entretien régulier des dortoirs, éventuellement par le recours à des travailleurs locaux. À travers ce cas, c’est une réalité souvent invisible qui refait surface. Celle d’hommes et de femmes venus travailler à Maurice dans l’espoir d’une vie meilleure, et dont la dignité mérite d’être protégée. Un enjeu humain, mais aussi un signal fort attendu de la part des autorités, à l’heure où le regard international reste braqué sur les pratiques en matière de droits humains.
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