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Pétards

Le bruit de la fête, le silence des animaux

31 décembre 2025, 11:00

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Le bruit de la fête, le silence des animaux

■ Pour de nombreux animaux, les célébrations du Nouvel an riment avec peur, panique et stress intense.

À l’approche de la nouvelle année, une question revient inévitablement dans le débat public : comment célébrer sans nuire au bien-être animal ? Chaque 31 décembre, les 12 coups de minuit s’accompagnent d’une explosion de pétards et de feux d’artifice. Si ces manifestations sonores incarnent la joie et la tradition pour une partie de la population, elles représentent, pour de nombreux animaux domestiques et sauvages, une source de stress intense, parfois aux conséquences dramatiques.

Longtemps porté par les défenseurs de la cause animale, le sujet a récemment refait surface sur la place publique après une prise de parole du junior minister à l’Agro-industrie, Fabrice David, sur les réseaux sociaux, une intervention soutenue par la junior minister à l’Environnement, Joanna Bérenger. Cette sortie a rapidement suscité de nombreuses réactions, révélant des opinions profondément divergentes au sein de la société mauricienne.

Pour certains, la question ne se résume pas à une opposition entre fête et compassion, mais à la nécessité de mieux encadrer une pratique devenue, selon eux, incontrôlée. Ludovic, par exemple, estime qu’une interdiction totale serait contre-productive. «En cas d’interdiction, je suis certain que cela ne s’appliquera pas aux spectacles pyrotechniques ni aux hôtels», avance-til. Il plaide plutôt pour une régulation plus stricte, notamment en matière d’importation et de distribution des pétards. À ses yeux, limiter les types de produits autorisés dans les zones résidentielles, encadrer les niveaux sonores et fixer des dates et horaires précis d’utilisation permettrait de réduire les nuisances sans créer un marché parallèle. «Une interdiction brutale favoriserait surtout le marché noir», prévient-il.

À l’opposé, Sanjana adopte une position sans compromis. Pour elle, la question ne mérite pas de demi-mesure. «Il faut interdire, point barre», tranche-t-elle. Elle rappelle que les nuisances sonores ne concernent pas uniquement les animaux, mais aussi les personnes âgées, les malades, les nourrissons et, plus largement, l’environnement. Selon elle, des exemples existent dans la région. Elle cite notamment l’île de La Réunion, où l’usage des pétards et des feux d’artifice est strictement réglementé, démontrant qu’il est possible de concilier festivités et respect du cadre de vie.

Entre ces deux positions, Kelly défend une approche plus progressive. Consciente des difficultés liées à l’application immédiate d’une interdiction totale, elle propose une sélection plus rigoureuse des produits autorisés sur le marché. «On pourrait privilégier des feux d’artifice moins bruyants et imposer une plage horaire stricte», suggère-telle. Elle insiste également sur le fait que les débats autour des pétards ne doivent pas occulter les impacts sur les personnes vulnérables, notamment les personnes âgées et les malades, souvent oubliées dans ce type de discussions.

Profitant de cet échange public, Kelly interpelle directement le ministre Fabrice David sur la question plus large de la maltraitance animale. Elle réclame un renforcement du cadre légal et des sanctions réellement dissuasives, en particulier à la lumière de récents faits largement relayés sur les réseaux sociaux. «Le bien-être animal reste un débat éternel, sans évolution majeure», déplore-t-elle, tout en exprimant l’espoir de voir émerger des actions concrètes et rapides.

Hassenjee, pour sa part, se dit favorable à une interdiction ou, à défaut, à une réglementation très stricte. Il rappelle que les effets des pétards sur les animaux sont largement documentés : stress intense, panique, fugues incontrôlées, accidents parfois mortels. «Tout cela pour un divertissement bref et non essentiel», souligne-t-il. Il ajoute qu’il existe aujourd’hui des alternatives visuelles, plus respectueuses, qui permettent de célébrer sans provoquer de nuisances sonores. «Protéger le bien-être animal et la sécurité publique, ce n’est pas être contre la fête, mais faire preuve de responsabilité et d’humanité», estime-t-il.

Joyce élargit quant à elle le débat à la question de la sécurité publique. Elle dénonce le manque de vigilance de certains parents qui laissent des enfants manipuler des pétards sans encadrement. Elle évoque les risques d’incendie, les blessures graves et les dangers que représentent les détonations soudaines pour les personnes souffrant de problèmes cardiaques. «Chaque année, on parle d’accidents évitables», regrette-t-elle, appelant à une prise de conscience collective.

Enfin, Guylaine souligne que le problème dépasse largement la seule nuit du 31 décembre. «Les pétards sont utilisés à toute heure et à n’importe quel moment de l’année», déplore-t-elle. Elle pointe du doigt le non-respect des règles existantes et des comportements irresponsables, comme le fait de lancer des pétards sur des passants. À ses yeux, ces dérives justifient une interdiction pure et simple.

Comment protéger nos amis ?

Du côté des défenseurs des animaux, le message est clair et sans équivoque : la priorité reste la protection des animaux durant cette période à haut risque. Pour l’association Rescue Animals In Distress, la consigne est de sécuriser les animaux à l’intérieur des habitations. Sa fondatrice et militante, Preety Saachi, insiste sur l’importance de la présence des propriétaires auprès de leurs compagnons à quatre pattes durant cette nuit particulièrement anxiogène.

image.png ■ Preety Saachi conseille de laisser la télévision ou la radio allumée, ou de diffuser de la musique, pour atténuer l’impact des détonations et rassurer les animaux.

«Nous recommandons aux propriétaires de chiens et de chats de rester avec leurs animaux de compagnie à la maison, de fermer les fenêtres et les portes afin qu’ils voient moins l’extérieur et qu’ils entendent moins les explosions», explique-t-elle. Selon elle, la panique générée par les pétards peut pousser les animaux à des comportements extrêmes. «Ils sont vraiment terrifiés. Ils vont essayer de s’enfuir, de sauter les murs ou les portails. Il faut absolument les mettre à l’intérieur et les garder en sécurité», insiste-t-elle.

Pour atténuer le stress, plusieurs solutions simples peuvent être mises en place : allumer la télévision ou la radio, diffuser de la musique pour masquer les bruits extérieurs, ou encore distraire les animaux avec des jouets et des friandises. Dans certains cas, des compléments anti-stress ou des calmants légers, sur avis vétérinaire, peuvent également être envisagés.

Même son de cloche du côté de Pet Taxi, spécialisé dans le transport d’animaux. Sa représentante, Usha Oodit Bawani, élargit toutefois le message à l’ensemble des animaux, y compris ceux qui vivent habituellement à l’extérieur. «Tous les animaux, qu’ils soient dans la cour ou dans la rue, devraient être mis à l’intérieur de la maison, dans une chambre ou un garage bien fermé, afin qu’ils n’entendent pas le bruit des pétards», recommande-t-elle.

Elle insiste également sur l’importance d’une présence humaine rassurante. «Gardez vos animaux près de vous. Prenez-les dans vos bras, installezles dans un endroit où ils se sentent en sécurité. Beaucoup d’animaux font de véritables crises de panique à ce moment-là», avertit-elle. Les oiseaux ne sont pas épargnés : ceux qui se trouvent sur des balcons ou à l’extérieur devraient être déplacés dans des espaces fermés. «La poudre des pétards est dangereuse, pour les animaux comme pour les enfants qui peuvent la respirer», rappelle-t-elle.

image.png ■ Usha Oodit Bawani recommande de mettre les animaux à l’abri dans une pièce fermée au moment des pétards, afin de limiter leur stress et d’éviter les réactions de panique.

Les conséquences d’un manque de précautions sont bien connues : animaux perdus, blessés, voire victimes d’accidents de la route après une fuite incontrôlée. Pour limiter les risques, Usha Oodit Bawani recommande également l’identification des animaux. «Si votre chien porte une chaîne, écrivez votre numéro de téléphone dessus. En cas de perte, quelqu’un pourra vous contacter rapidement», conseille-t-elle.

Au-delà des divergences d’opinions, une chose est certaine : le débat est désormais ouvert. Entre traditions festives, sécurité publique et respect du bien-être animal, la société est appelée à repenser ses pratiques. L’enjeu est de taille : faire en sorte que la fête du Nouvel an reste un moment de partage et de joie, sans qu’elle ne se fasse au détriment des plus vulnérables.

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