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De bracelets brésiliens à «De Loisirs» : Adrianna Bézéguy a fait d’un loisir son métier
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De bracelets brésiliens à «De Loisirs» : Adrianna Bézéguy a fait d’un loisir son métier
À Baie-du-Cap, face à l’océan et aux paysages bruts du sud, Adrianna Bézéguy façonne depuis près d’une décennie un univers singulier d’accessoires de mode, où la couleur, la lumière et l’émotion occupent une place centrale. Aujourd’hui âgée de 24 ans, la jeune créatrice artisanale de Baie-du-Cap regarde avec lucidité et gratitude le chemin parcouru depuis ses tout premiers bracelets brésiliens réalisés pour ses proches. Une aventure entrepreneuriale entamée très tôt et qui s’est transformée au fil des années en une marque artisanale affirmée comme «De Loisirs».
L’histoire commence en 2016. Adrianna est encore collégienne lorsque sa sœur lui apprend à confectionner des bracelets brésiliens. Le geste est simple, répétitif, presque méditatif. Très vite, le plaisir de créer prend le dessus. Elle en fabrique pour ses amies, puis pour ses cousines. Au collège, la rumeur circule : Adrianna fait des bracelets. Les demandes affluent. «Pourquoi tu ne les vends pas ?», lui souffle un jour quelqu’un de son entourage. La graine est plantée. Sans plan d’affaires, ni stratégie marketing, mais avec une intuition forte, elle lance sa toute première boutique en ligne sous le nom d’Anna Création. Le courage, dit-elle aujourd’hui, est né d’un enchaînement naturel : l’amour du fait main, la reconnaissance des autres et l’envie de transformer un loisir en quelque chose de plus grand.
Le bracelet brésilien devient alors bien plus qu’un simple accessoire. Il marque un premier pas dans sa vie d’entrepreneure, la toute première étape d’une aventure qui ne cessera de s’élargir. Des années plus tard, ce produit fondateur reste l’un des best-sellers de la marque. Adrianna le considère comme un chapitre impossible à refermer : un objet qu’elle doit sans cesse réinventer, décliner en nouvelles couleurs, en nouveaux motifs, souvent en grande quantité. Le bracelet brésilien n’est pas un souvenir figé, mais une base vivante, un fil conducteur entre l’adolescente curieuse d’hier et la créatrice affirmée d’aujourd’hui.
Avec le temps vient aussi la nécessité de redéfinir son identité. Le nom Anna Création, choisi dans l’urgence et la simplicité, finit par lui sembler trop étroit. «Anna» pour Adrianna, «Création» pour ses produits : le choix était logique, mais incomplet. Le passage à «De Loisirs» marque un tournant. Cette fois, le nom est pensé, mûri, réfléchi. Il incarne la passion, le fait main, les loisirs créatifs devenus métier. «De Loisirs n’est pas juste un nom», expliquet-elle. «C’est le nom qui a transformé mon loisir en mon métier.» Un changement sémantique, mais surtout symbolique, qui accompagne une maturation artistique et personnelle.
Au cœur de cet univers, un matériau occupe une place particulière : l’argile polymère. Adrianna y voit un champ infini de possibles. Bijoux, magnets pour réfrigérateur, accessoires pour véhicules, objets décoratifs… Les idées ne connaissent aucune limite. Chaque pièce est façonnée à la main, souvent impossible à reproduire à l’identique. C’est précisément ce caractère imprévisible qui la séduit. Mélanger les couleurs, obtenir une teinte rare, créer une forme inattendue : l’argile polymère lui offre une liberté totale. «Tu es libre de ton art», résume-t-elle, évoquant le rendu final qu’elle juge «magnifique», presque magique.
Cette liberté se reflète dans des collections hautes en couleur, profondément métissées culturellement. Derrière chacune d’elles se cache une histoire. Parfois, une idée soufflée par quelqu’un. Parfois, une image aperçue en voyage. Il arrive aussi que l’inspiration surgisse en pleine nuit, au point de provoquer des insomnies créatives. Adrianna se lève alors, travaille sans savoir ce que cela donnera. Peu importe l’incertitude : l’idée doit être testée. Créer devient une nécessité, presque une urgence intérieure, sans laquelle elle ne trouve pas le repos.

À travers ses accessoires, la créatrice revendique une intention claire : transmettre de la joie et de la lumière. Ce n’est pas un simple parti pris esthétique, mais un message plus profond. Elle cherche à apporter du positif dans le quotidien, un détail qui fait sourire ou réconforte. Certaines clientes lui confient même des fragments de leur histoire personnelle, des moments de vie importants qu’elles souhaitent voir transformés en bijoux. La couleur, la forme et la lumière deviennent alors des vecteurs d’émotion, parfois de consolation.
Cette sensibilité trouve ses racines dans l’enfance. Adrianna se souvient avec précision des boîtes à bijoux offertes par ses parents. Elle passait des heures à les ouvrir, à observer, toucher et trier chaque pièce. Des instants calmes, presque suspendus, où elle imaginait déjà des histoires autour de chaque bijou. Avec le recul, elle y voit la naissance de son regard de créatrice, bien avant que «De Loisirs» ne voie le jour.
L’enfance continue d’ailleurs d’influencer son travail. La collection Kaïsse est née de l’inspiration apportée par son neveu et sa nièce. Sans être mère elle-même, Adrianna a souvent reçu des demandes de créations pour enfants. L’univers spontané, joyeux et ludique des plus jeunes l’a poussée à imaginer des pièces adaptées aux petits comme aux grands, afin que chacun puisse trouver son bonheur dans ses collections. La mer aussi est omniprésente, notamment dans la collection Zanfan Lakot. Originaire de Baie-du-Cap, Adrianna décrit l’océan comme son refuge depuis l’enfance : le sable chaud sous les pieds, les coquillages ramassés, l’air salé sur la peau. Porter un bijou inspiré de la mer, c’est pour elle emporter un morceau de l’île avec soi. Petite, alors que d’autres rêvaient d’être princesses, elle rêvait d’être sirène. Aujourd’hui, coquillages, fleurs exotiques et figures marines peuplent ses créations, transformant chaque bijou en fragment de territoire et de mémoire.

Dans un contexte de forte concurrence, notamment face aux grandes marques, «De Loisirs» a su se faire une place en misant sur l’unicité. Adrianna travaille avec des matières variées, parfois recyclées, et revendique le caractère artisanal de chaque pièce. Elle préfère les collections multiples, parfois en éditions limitées, aux grands stocks uniformes. L’objectif est clair : que chaque client se sente spécial, porteur d’une création qui lui ressemble.
Cette philosophie se retrouve dans la diversification de son offre : accessoires pour adultes, bébés, objets de décoration. L’équilibre se fait par la cohérence de l’univers. Couleur, lumière et joie demeurent les fils conducteurs. Chaque pièce raconte une histoire, transmet une émotion, tout en restant fidèle à l’identité de «De Loisirs».

La vente en ligne, souvent fondée sur le coup de cœur, exige un lien émotionnel fort. Adrianna l’entretient par des photos, vidéos, échanges personnalisés. Elle prend le temps de comprendre les envies, les souvenirs et le style de ses clients, afin que chaque commande dépasse le simple achat. Recevoir un bijou «De Loisirs», c’est recevoir un fragment de son univers.
En regardant le chemin parcouru depuis ses premiers bracelets offerts à ses proches, la jeune femme exprime surtout de la gratitude. Ce qui n’était qu’un plaisir créatif est devenu une aventure structurante, faite de défis, d’apprentissages et de remises en question. Pour tenir face au découragement, elle s’appuie sur une conviction profonde : croire en elle et en ses rêves. Créer pour soi, préserver son bien-être, transformer les obstacles en énergie créative.

Aux jeunes artisans mauriciens qui hésitent encore, Adrianna adresse le message qu’il ne faut jamais laisser la peur de l’échec freiner l’élan. Persévérer, croire en son intuition et avancer, malgré les difficultés. Car, comme son parcours le démontre, les loisirs d’hier peuvent devenir le métier de demain.
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