Publicité
Rétro politique
Alliance du Changement : L’année où la coalition a vacillé
Par
Partager cet article
Rétro politique
Alliance du Changement : L’année où la coalition a vacillé
L’année 2025 s’achève sur un constat paradoxal pour l’Alliance du Changement. Forte d’une victoire électorale écrasante, un 60-0 inédit, la coalition au pouvoir devait incarner la stabilité, la cohérence et la rupture avec les pratiques du passé. Douze mois plus tard, la réalité politique s’est révélée autrement plus complexe. Derrière l’unité affichée, la coalition PTr/MMM/ND/ReA a été traversée d’une succession de crises, de frictions internes, de conflits de personnes et de divergences stratégiques, mettant à l’épreuve la solidité de l’attelage gouvernemental.
Dès les premiers mois, des signaux d’alerte apparaissent. La gestion des nominations dans les institutions clés, les rapports parfois heurtés entre partenaires de coalition et l’autorité exercée par le Premier ministre adjoint Paul Bérenger deviennent des sources récurrentes de crispation. L’éviction successive de figures de premier plan dans des postes stratégiques nourrit un malaise croissant.
Institutions sous pression et crispations précoces
Après le départ du gouverneur de la Banque de Maurice, Rama Sithanen, et celui du Second Deputy Governor Gérard Sanspeur, c’était au tour du chairman d’Air Mauritius, Kishore Beegoo, de quitter la scène. Trois sorties majeures en moins d’un an. Du jamais-vu à ce stade d’un mandat. Ces décisions alimentent les critiques sur le style de gouvernance et l’équilibre réel des pouvoirs au sommet de l’État. À Rodrigues, la tension prend une tournure encore plus préoccupante lorsque le Deputy Chief Commissioner Johnson Roussety critique ouvertement et insulte publiquement le Deputy Prime Minister. Un épisode qui révèle les fragilités de l’autorité centrale jusque dans les dépendances de la République.
?Janvier
Franco Quirin, la fracture au sein du MMM
Le mois de janvier marque une première rupture politique majeure. Franco Quirin, député de la circonscription n° 20 (Beau-Bassin/Petite-Rivière), est exclu du Mouvement militant mauricien. Le leader du MMM, Paul Bérenger, confirme publiquement que «Franco Quirin n’est plus dans le MMM», une situation que le parti dit avoir constatée «depuis un bon bout de temps».
Le 11 janvier, le comité central du MMM remplace Franco Quirin par Joanna Bérenger à la vice-présidence du parti. En parallèle, il est évincé du bureau politique et du comité central. Cette décision fait suite aux positions critiques répétées du député, notamment après sa non-nomination comme ministre de la Jeunesse et des Sports à l’issue des élections générales du 10 novembre 2024. Franco Quirin conteste la légitimité de cette exclusion. Il affirme n’avoir reçu aucune notification officielle et rejette l’idée d’une auto-exclusion. Il maintient ses critiques sur l’absence de méritocratie dans l’attribution du portefeuille des Sports, finalement confié à Deven Nagalingum. Ce départ fragilise l’image d’un MMM uni et discipliné.
?22 mai
Polémiques à la National Empowerment Foundation
Un autre front s’ouvre avec la controverse entourant la National Empowerment Foundation (NEF). La présence de Dany Marie, compagne du ministre de l’Intégration sociale Ashok Subron et figure de Rezistans ek Alternativ, au sein du panel de sélection du conseil d’administration de la NEF suscite une vague de critiques. La nomination de l’ancien journaliste Axcel Chenney comme CEO accentue le malaise.
Des candidats non retenus dénoncent des zones d’ombre dans le processus. Une lettre est adressée au Premier ministre. Le silence de certains acteurs et les explications partielles d’autres renforcent le bad buzz autour d’un organisme censé lutter contre la pauvreté, plaçant ReA et le ministère de tutelle dans une position délicate.
?5 août
L’affaire Anishta Babooram éclate
Il s’agit de l’un des épisodes les plus violents de l’année sur le plan humain et politique. La junior minister Anishta Babooram accuse publiquement la ministre de tutelle Arianne Navarre Marie d’humiliations répétées et de marginalisation systématique.
Selon plusieurs sources, des fonctionnaires auraient reçu instruction de ne plus traiter avec la junior minister. Anishta Babooram affirme avoir été écartée du plan d’action 2025-2030 et même de la conférence de presse ministérielle. À bout après huit mois de silence, elle déclare dans l’express le 4 août : «Li koz manti kouma li respire.» Elle décrit un climat de mépris, l’absence totale de communication depuis janvier et un sentiment d’exclusion institutionnelle. Le 7 août, un communiqué officiel annonce son transfert au ministère de la Santé, sous l’autorité du ministre Anil Bachoo, confirmant implicitement l’existence d’un malaise profond.
?9 octobre
Sudheer Maudhoo quitte le MSM
Le 9 octobre, Sudheer Maudhoo , ancien ministre de la Pêche, claque la porte du MSM. Il évoque des raisons personnelles, mais sur les réseaux sociaux, d’autres motifs circulent. Cet épisode rappelle que l’instabilité politique ne se limite pas à l’Alliance du Changement.
?22-25 octobre
Le clash entre Shakeel Mohamed et Ehsan Juman
Le 22 octobre, une confrontation verbale oppose le ministre Shakeel Mohamed au député Ehsan Juman à Camp Yoloff. En cause : un article du Sunday Times au sujet de la gestion du dossier Hadj par l’Islamic Cultural Centre. Les mots fusent : «frustré», «incompétent». La tension est palpable jusqu’à une réconciliation publique le 25 octobre via des messages Facebook, illustrant une gestion des conflits désormais aussi médiatique que politique.
?15 novembre
La démission avortée de Paul Bérenger
Moment charnière de l’année : la menace de démission de Paul Bérenger. Après deux têteà-tête décisifs, le 15 novembre à River Walk et le 16 novembre au PMO, le leader du MMM déchire sa lettre de démission. Le feuilleton «on-off» prend fin. Trois raisons expliquent ce revirement : la capacité de Navin Ramgoolam à rétablir le dialogue, la réticence d’une partie du MMM à quitter le gouvernement, et l’importance des réformes institutionnelles en cours, notamment la création d’une National Crime Agency, et la réforme électorale. La crise révèle toutefois des ambitions dissimulées au sein du MMM et du PTr. Certains espéraient tirer profit d’une rupture. Ils en sortent affaiblis.
?6 décembre
Farhad Aumeer dénonce des pressions
Le 6 décembre, le député Farhad Aumeer affirme avoir subi des pressions de la part de Paul Bérenger et de l’Attorney General Gavin Glover pour ne pas intervenir sur le Law Practitioners (Disciplinary Proceedings) Bill. «On m’a dit clairement que je n’étais pas légiste», déclare-t-il, dénonçant une marginalisation progressive de son rôle parlementaire.
?9 décembre
Tensions au sein même du MMM-PTr
Le 9 décembre, une question de la députée Stéphanie Anquetil à la ministre Navarre-Marie sur le Baie-du-Tombeau Child Day Care Centre provoque des échanges vifs au parlement. Paul Bérenger intervient pour défendre la ministre MMM, suscitant des crispations sur les bancs travaillistes. La Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra recadre : «No hearsay evidence.» Puis, sur un ton plus personnel : «Personne n’est dupe.»
?15 décembre
Aadil Ameer Meea contre Ehsan Juman
Le torchon brûle entre le ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, Aadil Ameer Meea (à g.) et Ehsan Juman, député PTr, au sujet d’un permis accordé à Aquaris Ltd. Accusations de conflit d’intérêt, attaques personnelles, répliques sur les réseaux sociaux : le conflit s’envenime. Paul Bérenger intervient publiquement pour appeler à la discipline au sein de l’alliance. Mais plusieurs députés du PTr affichent leur solidarité avec Ehsan Juman, révélant des lignes de fracture de plus en plus visibles au sein de la coalition.
Publicité
Publicité
Les plus récents