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Rétrospective

Sites classés patrimoine national : «Se pa bann biblo ki nou pe gete»

26 décembre 2025, 17:00

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Sites classés patrimoine national : «Se pa bann biblo ki nou pe gete»

■ Trois ans après l’incendie qui a ravagé une partie des Casernes centrales, des travaux sont en cours pour mettre en état ce vestige du 18ᵉ siècle.

L’année 2025 a-t-elle été une bonne ou une mauvaise année pour la préservation du patrimoine ? En recoupant le bilan de la première année du mandat de l’Alliance du changement avec les très nombreux chantiers de longue durée qui caractérisent ce secteur, c’est l’image d’un éternel recommencement qui se dégage. Arrmaan Shamachurn, président de SOS Patrimoine en péril dresse le bilan, avec de grandes espérances pour 2026.

L’espoir d’un renouveau

? Convention nationale sur les arts et la culture

Les vieilles pierres ont connu quelques avancées positives durant l’année écoulée. L’une des neuf séances de la convention nationale sur les arts et la culture était consacrée à la préservation du patrimoine. «La parole nous a été donnée. Nous espérons que cet exercice n’était pas qu’une formalité. Nous attendons de voir les retombées d’ici peu.» Ces consultations doivent déboucher sur la National Open Arts Commission. Le 12 décembre, le Conseil des ministres a donné son aval à la création de ladite commission qui doit conseiller le ministère de tutelle dans la formulation d’un plan stratégique national. «En attendant, les opérateurs fonctionnent toujours sans une politique nationale, sans coordination.» Parmi les changements souhaités, une (re)définition du rôle du ministère, de celui des ONG.

? La déclaration d’intention

Le 25 avril dernier, une déclaration d’intention sur la préservation du patrimoine a éte signée par le ministère des Arts, l’ambassade de France à Maurice et SOS Patrimoine en péril. C’était lors de la visite officielle du ministre délégué français chargé de la Francophonie et des partenariats internationaux, Thani Mohamed-Soilihi. Ce qui a été suivi d’un partenariat avec la Fondation Mansart.

image.png ■ Le musée de Mahébourg a fermé ses portes le 15 décembre dernier pour un an de rénovation.

La préservation des vestiges se caractérise par une «certaine urgence». La déclaration d’intention identifie quatre sites: Clarisse House, le musée d’histoire à Mahébourg, le jardin botanique de Pamplemousses et l’ancienne cour suprême. Point de départ pour mettre en place une structure «qui pourra mener des projets d’une plus grande envergure». Le musée de Mahébourg a lui fermé ses portes le 15 décembre pour la rénovation de la toiture.

? Heritage stewardship scheme

Ce programme a été annoncé dans le Budget 2025-26. Il doit servir à encourager les investissements privés dans la rénovation, l’entretien et la gestion de sites patrimoniaux clés, notamment les théâtres et les musées. Il y a eu des amendements à l’Economic Development Board Act pour la création du programme. Des règlements sont attendus avant son entrée en vigueur. «Ce serait bien que les avantages fiscaux proposés ne concernent pas uniquement les gros investisseurs, mais aussi les particuliers souhaitant injecter des fonds dans la conservation du patrimoine.»

? Meilleure communication

Arrmaan Shamachurn note une meilleure communication avec le ministère des Arts et de la culture. La préservation du patrimoine c’est aussi l’affaire d’autres ministères. SOS Patrimoine en péril a eu une rencontre avec le ministère de l’Environnement, «qui est d’accord sur le principe pour contribuer à l’embellissement de sites ayant une valeur historique. Dans le passé, il y avait la Living Environment Unit qui s’occupait des lieux de culte. Pourquoi ne pas avoir une équipe dédiée pour les sites historiques ?» Le président de SOS Patrimoine en péril cite aussi l’exemple de la Mauritius Post, qui pourrait se pencher sur la rénovation d’anciens bureaux de poste.

? Les projets de rénovation

Durant de sa première année de fonction, Mahen Gondeea, ministre des Arts et de la culture, a effectué une série de visites de lieux classés, dont Trou-Chenille, à l’entrée du Morne et plus récemment les Trianon barracks – anciens logements de travailleurs engagés – débouchant sur des projets de restauration.

*** 

Le désespoir de solutions qui tardent

? Plus de siège au National Heritage Fund

SOS Patrimoine en péril ne siège plus au board du National Heritage Fund. «Le siège n’est pas réservé à notre association, mais nous sommes dans le flou : est-ce qu’il y a une autre ONG qui siège sur ce board?La loi prévoit que trois personnes ayant une vaste connaissance du secteur figurent sur le board.»

? Le processus de nominations

Arrmaan Shamachurn, se référant à la nomination – sous l’ancien régime – de Somduth Dulthummun à la présidence du Mauritius Museums Council, se demande en quoi les nominations de l’actuel gouvernement se démarquent des anciennes pratiques. «Avec le processus actuel de nominations, nous risquons de fermer la porte aux professionnels du secteur.»

L’ancien ministre de la Sécurité sociale, Vishnu Bundhun, a été nommé directeur de l’Aapravasi Ghat Trust Fund. Sukhend Ramdass, un directeur de compagnie de Triolet, a été nommé président. Le National Heritage Fund a été confié au duo Minakshi Thannoo, comme directrice (NdlR : l’épouse de Shiam Thannoo nommé directeur du Central Water Authority) et Ricardo Lalande à la présidence. Rigg Needroo est devenu président du board of trustees du Sir Seewoosagur Botanic Garden (NdlR : il est l’époux de Nishta Jooty-Needroo, CEO du Sugar Investment Trust). Au Mauritius Museums Council, Shiam Persand, ancien Chief Technical Producer et responsable de la Senn Kreol à la Mauritius Broadcasting Corporation, a été propulsé à la présidence.

Par contre, dans le cas de Le Morne Heritage Trust Fund (LMHTF), chargé de la gestion d’un patrimoine mondial, il n’y a toujours pas de board, après un an de mandat. Ce qui constitue un frein à la bonne marche des opérations, qui sont centralisées au ministère des Arts. «Le ministre a publiquement émis des critiques contre la direction du LMHTF (NdlR ; recrutée sous l’ancien régime), donnant l’impression de la pousser vers la sortie. Il y a une distinction entre les nominés politiques et ceux qui, sous l’ancien régime, sont passés par un exercice de recrutement. Pour évaluer leur performance, il faut prendre en considération s’ils ont eu les moyens de travailler.»

? Champ-de-Mars, non classé patrimoine national

C’est un cheval de bataille de SOS Patrimoine en péril : que l’hippodrome du Champ-de-Mars soit reconnu comme patrimoine national. «Nous ne comprenons pas pourquoi le ministère éprouve autant de difficultés à procéder à ce classement.» Dans la foulée de la refonte annoncée de la National Heritage Act, «des consultations sont souhaitables, avant que le projet de loi n’arrive au Conseil des ministres, pour revoir le mode de classement de sites sur la liste du patrimoine national». Le National Heritage Authority bill est en préparation.

? Le cas de Château Bénarès

Dans ce vestige à l’abandon, Arrmann Shamachurn voit l’exemple type du «manque de synergie. Sakenn pe pas boul». Le site est sous la responsabilité du conseil de district de Savanne, qui a déjà fait savoir qu’il n’a pas les moyens de s’en occuper. «Quand un propriétaire de site historique demande de l’aide, c’est au ministère des Arts de prendre les rênes du projet de rénovation. Il doit aller au-delà du simple soutien technique et adopter une nouvelle approche. Le patrimoine, se pa bann biblo ki nou pe gete. Toute une économie peut être développée autour de ces sites.»

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