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Fondateur de l’ONG #Savetheblu

Murali Krishna Appandi : «Nos baleines ne sont pas une attraction Instagram»

21 décembre 2025, 07:30

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Murali Krishna Appandi : «Nos baleines ne sont pas une attraction Instagram»

L’ONG #Savetheblu et son fondateur, Murali Krishna Appandi, tire la sonnette d’alarme face aux dérives du tourisme impliquant des mammifères marins. À l’issue d’un «think-tank» inédit à Grand-Gaube, réunissant acteurs de terrain, scientifiques et institutions, l’ONG plaide pour une protection marine éthique, appliquée et fondée sur la science, ainsi que pour une éducation océanique au cœur des politiques publiques.

?La récente rencontre à Grand Gaube a réuni enfants, pêcheurs, scientifiques, officiers de la National Coast Guard et experts juridiques autour d’un même cercle. Pourquoi était-il important pour #Savetheblu de créer un espace aussi inclusif ?

Chez #Savetheblu, nous croyons profondément en l’inclusion. Imaginez un jeu de Lego aux multiples couleurs : chaque pièce doit réfléchir, s’adapter et trouver sa place. C’est dans cet esprit que nous avons organisé le tout premier think-tank à Maurice, réunissant enfants, membres de la National Coast Guard, plaisanciers, organisations non gouvernementales (ONG), avocats et professionnels de la mer. L’objectif était clair : réfléchir ensemble à la situation sous différents angles et proposer des solutions efficaces pour l’océan, pour le bienêtre des mammifères marins et pour l’équilibre de leur environnement, qu’il soit biotique ou abiotique.

? «Project Rescue Ocean Mauritius», dirigé par Carine Bouille, a joué un rôle central dans cet événement. Quelle est l’importance de telles collaborations pour renforcer la conservation marine ?

Malgré des lois précises interdisant le harcèlement des cétacés à Maurice, cette pratique persiste. Les causes sont multiples : des lacunes dans l’application des lois, la pression économique du tourisme et un manque d’informations. La National Coast Guard fait face à des ressources limitées et à une capacité de surveillance restreinte, ce qui permet à certains opérateurs de contourner la loi. Une solution durable passe par une réévaluation systématique des permis et licences : compétences techniques, sécurité, santé, sobriété des opérateurs, mais aussi formation obligatoire en conservation marine et en écotourisme. Des exemples en Nouvelle-Zélande, en Norvège, au Canada et en Australie montrent que l’engagement des opérateurs dans la science et la protection marine favorise un tourisme responsable, sûr et durable.

?Vous évoquez la Mission Colibri. En quoi cette initiative collective renforcet-elle la protection des océans ?

Le Conseil de #Savetheblu, à travers la Mission Colibri, rassemble ONG, scientifiques, avocats, entreprises et citoyens autour d’un même objectif : protéger nos océans. Avec Project Rescue Ocean, Longitude 181, Une Vie d’Océan et nos partenaires, nous ne faisons pas que défendre la vie marine : nous incarnons une force collective capable de changer l’avenir de nos mers. Seuls, nos efforts restent limités ; ensemble, ils deviennent puissants.

?Comment expliquez-vous les dérives actuelles autour de la nage avec les mammifères marins à Maurice et que reprochez-vous aux autorités et aux institutions chargées de leur protection ?

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Le gouvernement ne doit plus tolérer que nos mammifères marins soient réduits à une attraction touristique malsaine, transformée en bucket list sur Instagram, Facebook ou OnlyFans, où l’on exploite des femmes influenceuses presque nues pour vendre du rêve et gonfler les profits de la nage avec les cachalots et les baleines. Ces dérives, déjà signalées par #Savetheblu auprès d’Interpol, du bureau du Directeur des poursuites publiques, des ambassades et des autorités policières, doivent être stoppées. Il est temps de rompre avec cette logique de sex-appeal et d’imposer une observation éthique, inclusive et scientifique. Protéger la santé des dauphins et des baleines, c’est rendre à l’île Maurice son rôle de champion mondial de la dignité environnementale.

Le principal défi de la conservation marine à Maurice reste le manque de synchronisation entre les institutions et les ONG. Chacun agit dans son coin, le partage de données est insuffisant, entraînant des duplications, et certaines autorités clés, comme la Mauritius Tourism Promotion Authority, affichent une impotence totale depuis des années, fragilisant l’action collective. Espérons que les nouveaux nommés seront plus à l’écoute du peuple, car ce vide est exploité par des opérateurs illégaux qui continuent de nuire aux mammifères marins et ne respectent pas les lois. Chez #Savetheblu, nous avons choisi de placer la communication et l’engagement du public au cœur de notre stratégie, afin de créer de la visibilité, responsabiliser les acteurs et transformer les idées en actions concrètes. Après tout, il paraît que l’impotence prolongée est aussi une stratégie… mais pour qui exactement ?

?Pourquoi l’objectif 30×30 est-il crucial pour l’avenir des océans ?

L’objectif 30×30 est né d’un constat simple et grave : la planète ne peut plus attendre. Protéger 30 % des océans d’ici 2030 n’est ni un slogan, ni un luxe écologique ; c’est le seuil minimum établi par la science pour permettre au vivant de se reconstituer et de résister au dérèglement climatique. Encore faut-il que cette protection soit réelle, appliquée et respectée. À Maurice comme ailleurs, le défi n’est plus d’annoncer des pourcentages, mais de garantir des espaces marins réellement préservés. Chez #Savetheblu, nous défendons une ambition claire : protéger pour transmettre.

?L’initiative «Protez Nou Lagon» place la protection des mammifères marins et de leur habitat au cœur de ses actions. Comment complète-t-elle le travail plus large de #Savetheblu ?

Le festival Protez Nou Lagon, rendez-vous culturel annuel, a invité pour la deuxième année consécutive #Savetheblu à animer les programmes académiques et scientifiques destinés aux enfants. C’est une occasion précieuse d’éveiller les jeunes esprits à la protection des mammifères marins et de leur habitat. Après ces sessions éducatives, des artistes montent sur scène, offrant une plateforme idéale pour sensibiliser le grand public. À travers cette alliance entre éducation et culture, #Savetheblu transmet ses messages de conservation, incite la communauté mauricienne à prendre ses responsabilités et renforce le sentiment d’être les gardiens de nos lagons.

?Vous plaidez pour l’introduction des sciences marines comme matière dans le curriculum au primaire et au secondaire. Pourquoi l’éducation est-elle la pierre angulaire de votre stratégie ?

L’éducation est au cœur de notre stratégie, car elle façonne non seulement ce que les jeunes savent, mais surtout la manière dont ils comprennent le monde. L’amour du vivant naît de la compréhension : lorsqu’on comprend, on protège. Introduire les sciences marines comme discipline structurée dans le curriculum ne vise pas uniquement à former des scientifiques, mais à révéler de nouvelles vocations. La mer ouvre aujourd’hui des champs professionnels encore largement inexplorés à Maurice : observation et recherche sur les mammifères marins, technologies de surveillance océanique, restauration des écosystèmes, ingénierie côtière durable, droit maritime environnemental, économie bleue, carbone marin, médiation scientifique ou encore éducation océanique. Dans un État insulaire, l’océan est un pilier stratégique. Une éducation ancrée dans les sciences marines transforme la protection du vivant en opportunités d’emplois qualifiés, durables et porteurs de sens. Ainsi, l’éducation ne prépare pas seulement l’avenir : elle en dessine les horizons.

?Savetheblu prévoit d’organiser des séances de travail avec le ministère de l’Économie bleue et celui de l’Éducation. Quels résultats concrets espérez-vous de ces échanges ?

#Savetheblu se réjouit de ses échanges avec le ministère de l’Économie bleue, la Blue Economy Unit et le ministère de l’Éducation, dont la compétence et la vision se sont affirmées lors des Assises de l’Océan. Ces discussions ont révélé une volonté partagée de structurer l’action publique et de renforcer les liens entre savoir, gouvernance et terrain. Nous espérons voir émerger des synergies concrètes : co-développement de parcours éducatifs en sciences marines, meilleure coordination entre recherche, protection et transmission, et dialogue fluide entre les institutions concernées. Dans cet esprit, #Savetheblu souhaite contribuer avec humilité et méthode à cette dynamique, en mettant son expertise au service d’une approche transversale, cohérente et tournée vers l’avenir, afin que l’océan devienne un véritable levier de connaissance, de responsabilité et de continuité pour les générations futures.

?Quelles sont les grandes priorités de #Savetheblu pour l’année à venir ?

Pour l’année à venir, #Savetheblu continuera à écouter, rassembler et inspirer. Chaque communauté, chaque étudiant, chaque scientifique a un rôle à jouer pour que la mer ne soit plus un simple horizon, mais un lieu de vie respecté et protégé. Nous transformerons les idées en actions mesurables, guidés par la patience et la persévérance, car le vrai changement ne se décrète pas ; il se construit. La bureaucratie peut ralentir, les lenteurs peuvent frustrer, mais l’océan nous enseigne que la constance finit toujours par triompher. Maurice a le pouvoir d’être un exemple pour le monde, si nous agissons avec cœur.

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