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Vacances scolaires et fêtes
Décembre, ce traditionnel mois du boom des petites affaires
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Vacances scolaires et fêtes
Décembre, ce traditionnel mois du boom des petites affaires
Le Dr Bhavish Jugurnath, «President Accounting» à la Fintech and Law Foundation et shaktee Ramtohul, expert-comptable, consultant et économiste à la FCCA.
Chaque mois de décembre, une économie parallèle se met en place. Portée par les fêtes de fin d’année et les vacances scolaires, elle mobilise des centaines de jeunes étudiants, d’artisans et de petits vendeurs qui profitent de cette période de forte consommation pour arrondir leurs fins de mois. En dehors des circuits officiels, cette économie informelle devient un véritable moteur saisonnier, révélateur des tensions économiques qui traversent la société et de la capacité d’adaptation de nombreux ménages face à la hausse du coût de la vie.
Premier contact avec le monde du travail
Pour de nombreux étudiants en vacances, décembre représente une occasion rare de générer un revenu rapide. Libérés des contraintes scolaires, ils investissent l’espace public et proposent des services ponctuels dans les quartiers résidentiels, sur les parkings ou à proximité des centres commerciaux. Nettoyage de voitures, emballage de cadeaux, aide à domicile ou petits travaux deviennent autant de sources de revenus temporaires, souvent payées en espèces. Pour ces jeunes, il s’agit parfois du premier contact avec le monde du travail. Ces petits boulots permettent de financer la rentrée scolaire, de soulager le budget familial ou d’assurer des dépenses personnelles pour les fêtes.
Parallèlement, la pâtisserie maison connaît un essor notable. Gâteaux de Noël, bûches, biscuits et autres spécialités festives sont confectionnés à domicile, puis vendus sur commande, principalement via les réseaux sociaux et les applications de messagerie. Cette activité, largement féminisée, attire par ses faibles coûts de démarrage et sa grande flexibilité. Elle permet à de nombreuses personnes de valoriser leur savoir-faire culinaire et de générer un complément de revenu. Toutefois, cette dynamique s’opère en marge de tout cadre réglementaire, sans enregistrement officiel ni contrôle sanitaire formel, ce qui soulève des questions en matière de sécurité alimentaire et de concurrence avec les opérateurs formels.
L’artisanat local profite également de cette effervescence saisonnière. Décorations de Noël, bougies, objets personnalisés et créations faites main trouvent preneur à travers de petits stands improvisés, sur les trottoirs, lors de foires temporaires ou grâce au bouche-à-oreille. Décembre représente pour certains artisans une période pouvant générer une part importante de leurs revenus annuels.
Pour Bhavish Jugurnath, President Accounting, à la Fintech and Law Foundation (AFL), les vacances scolaires ne constituent pas nécessairement une pause : «School holidays are often seen as a pause in learning. But for many young people, artisans, and small vendors, they are not a pause at all, they are an opportunity». Selon lui, cette période transforme les villes et les villages en véritables espaces de travail temporaire, où étudiants, artisans et vendeurs intensifient leurs activités. Cette participation saisonnière repose sur la nécessité, l’ambition et la résilience. Elle permet aux jeunes de gagner en dignité et en indépendance financière, tout en soutenant les dépenses familiales et les coûts liés à l’éducation.
Il met toutefois en garde contre les limites de cette économie informelle. «When work is unregulated, it offers income but not protection. No contracts. No insurance. No guarantees of safety or fair pay», rappelle-t-il. Pour lui, l’enjeu n’est pas de freiner ces activités, mais de mieux les encadrer. Il plaide notamment pour une protection de l’éducation, afin que l’emploi saisonnier reste compatible avec le retour en classe, ainsi que pour l’acquisition de compétences essentielles, telles que la gestion financière, le service à la clientèle ou la sécurité au travail. Selon lui, ces compétences peuvent transformer un revenu temporaire en opportunité durable.
Un système D qui échappe à l’état
Tout comme Bhavish Jugurnath, Shaktee Ramtohul, expert-comptable, consultant en affaires et économiste à la FCCA (Fellow Chartered and Certified Accountant), reconnaît que pour les étudiants, cette période représente un premier contact avec l’activité économique, leur permettant d’alléger les pressions financières qui pèsent sur leurs familles et de financer leurs achats de fin d’année.
Pour les micro-entrepreneurs et artisans, décembre peut être le mois le plus rentable de l’année. Toutefois, cette montée en puissance saisonnière met aussi en lumière l’ampleur de l’économie informelle dans le pays.
Il rappelle que nombre de ces opérateurs ne disposent pas de Business Registration Number et que les revenus générés ne sont, pour la plupart, pas déclarés. Si cette économie parallèle joue un rôle important pour atténuer les difficultés économiques et sociales, elle représente également un manque à gagner pour l’État en matière de recettes fiscales et pose des problèmes de concurrence équitable. Néanmoins, selon lui, ces activités ne relèvent pas principalement de l’évasion fiscale, mais bien de la nécessité économique. Face à l’augmentation du coût de la vie, de plus en plus de ménages cherchent à diversifier leurs sources de revenus.
L’expert estime que l’État ne devrait pas chercher à supprimer ces pratiques, mais plutôt à élaborer une voie de transition vers l’économie formelle, notamment à travers des régimes fiscaux allégés pour les micro-entreprises et les jeunes entrepreneurs. Si la période festive révèle un fort potentiel entrepreneurial, celui-ci gagnerait à être soutenu par un cadre plus inclusif et adapté aux réalités du terrain.
Si cette économie parallèle échappe aux statistiques officielles, elle constitue pour beaucoup un filet de sécurité économique en fin d’année. Elle reflète à la fois la créativité, la débrouillardise et la précarité d’une frange de la population contrainte de trouver des solutions temporaires pour faire face aux pressions économiques croissantes.
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