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Questions à…

Mohammad Parvez Hullemuth : «Promouvoir l’île comme un lieu d’harmonie sociale»

19 décembre 2025, 04:00

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Mohammad Parvez Hullemuth  : «Promouvoir l’île comme un lieu d’harmonie sociale»

Mohammad Parvez Hullemuth, ambassadeur en Arabie saoudite.

Il quitte bientôt le pays pour occuper le poste d’ambassadeur en Arabie saoudite. Il n’est peut-être pas un diplomate de carrière, mais il maîtrise l’arabe comme pas deux, a agi comme interprète pour les délégations officielles mauriciennes en Égypte du temps où il faisait des études supérieures à l’université d’Al-Azhar au Caire. Il a travaillé pour la famille royale de Bahreïn dans le golfe Persique. Il a donc un réseau bien établi de contacts. Avant son départ pour Riyadh, il a accepté de parler à «l’express».

? Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui est Mohammad Parvez Hullemuth ?

J’ai 50 ans et je suis originaire de Chemin-Grenier. Ma mère était femme au foyer et mon père laboureur. À un moment, nous avons déménagé pour Riche-en-Eau avant de nous installer à New-Grove. J’ai été scolarisé à l’école Notre-Dame du Refuge RCA et au secondaire au collège Sookdeo Bissoondoyal à Rose-Belle.

Depuis que j’ai huit ans, j’étudie l’arabe à l’école coranique. J’ai toujours caressé le rêve d’être enseignant/responsable pédagogique. Lorsque j’ai obtenu une bourse d’études en Égypte, j’étais aux anges. C’est ainsi qu’en 1993, j’ai quitté Maurice pour l’université d’Al-Azhar au Caire. À cette époque-là, les certificats de l’université de Cambridge n’étaient pas reconnus dans ce pays ; j’ai non seulement dû refaire mes études secondaires pendant trois ans mais aussi un foundation course en langue arabe. Une fois cette étape franchie, pendant quatre ans, j’ai pu étudier à l’université pour obtenir un Bachelor of Arts in Education.

Au cours des neuf années que j’ai passées en Égypte, comme je maîtrisais l’arabe, j’ai servi d’interprète aux étudiants mauriciens qui en avaient besoin, à plusieurs ambassadeurs et délégations officielles de Maurice qui ne parlaient pas l’arabe, et aux autres délégations gouvernementales et sportives. Le tout gratuitement.

? Vous avez regagné Maurice, une fois votre licence obtenue ?

Je suis rentré au pays en 2003 et j’ai commencé à enseigner les Islamic studies au Mahatma Gandhi Institute pendant un an. En 2006, j’ai introduit cette matière au Mahatma Gandhi Secondary School de Flacq et un de mes élèves s’est classé premier au niveau national et mondial en Form VI. J’ai ensuite répondu à un appel à candidatures pour être directeur de projets humanitaires à Bahreïn et aux Seychelles pour la famille royale de Bahreïn, et j’ai réussi l’entretien. Ainsi, j’ai passé deux ans et demi à Bahreïn, faisant des tournées professionnelles dans les pays du golfe et un an et demi aux Seychelles.

À mon retour, j’ai repris mon poste d’enseignant/responsable pédagogique d’Islamic studies au collège St-Helena à Vacoas. J’ai passé 12 ans dans ce collège où j’ai commencé comme Educator et terminé comme Acting Rector, après avoir répondu à un appel à candidatures. Alors que la moyenne de réussite du pays était de 8,9 % au National Certificate of Education Extended Exams, je suis fier d’avoir contribué à cce que le collège St-Helena soit premier à Maurice en 2023 avec un score de 39 % de réussite. En 2023, ce collège a obtenu 100 % de réussite aux examens du Higher School Certificate. J’ai aussi eu mon Master in Business Administration après avoir pris un cours en ligne de l’université de Northampton en Grande-Bretagne et j’ai suivi le cours du Mauritius Institute of Education pour obtenir un Post Graduate Diploma in Education. Ma thèse est venue expliquer comment le collège St-Helena et son personnel ont œuvré pour faire que cette école obtienne le taux de réussite susmentionné en 2023. Alors que je croyais être confirmé comme recteur, on m’a rétrogradé à mon poste initial.

? Pourquoi cela ?

Je pense, sans me tromper, que c’était en raison de mon engagement politique, d’abord, auprès du Mouvement militant mauricien (MMM). J’ai toujours été intéressé par la politique et le social, et j’ai suivi le MMM pendant des années. Ce n’est pas un secret de dire que je suis de l’école du MMM, même si en 2019, j’ai pris mes distances du parti en raison d’une divergence de vues avec un des membres. J’ai ensuite rejoint le Parti travailliste (PTr). Et quand j’ai intégré le PTr, je l’ai payé très cher par la suite.

? C’est-à-dire ?

J’étais toujours engagé dans le social. Lorsque la deuxième vague de Covid-19 a éclaté à Maurice, mon cousin et moi avons distribué des food packs dans plusieurs localités du Sud. Malgré le respect des protections sanitaires, j’ai contracté le virus et j’ai été testé positif. Comme mon état se détériorait, j’ai été envoyé à l’hôpital ENT et placé sous respirateur artificiel pendant cinq jours à l’Intensive Care Unit. Ma seule pensée lorsque l’ambulance me transportait à l’hôpital ENT était pour mon épouse Zahira, qui est enseignante, et mes trois enfants aujourd’hui âgés de 14, 12 et huit ans. Je me demandais ce qui leur arriverait si je mourais.

Figurez-vous que j’ai été le seul patient ayant contracté le Covid-19 et encore vivant dont le nom a été cité par le ministère de la Santé sur les ondes de la Mauritius Broadcasting Corporation. La consigne était que tous ceux qui avaient été en contact avec moi devaient se faire tester. Quand j’ai récupéré et pu quitter l’hôpital, le ministère de la Santé a fait cinq dépositions contre moi à la police en disant que j’avais violé le couvre-feu pour distribuer à manger. J’ai passé deux jours au Central Crime Investigation Department et j’ai été traduit en cour, y allant à plusieurs reprises avant d’être libéré sous une caution de Rs 10 000. Mon passeport a été confisqué et il fallait que je demande un Variation order à la cour pour voyager. Fautes de preuves, en 2022, mon affaire a été rayée, mais j’en ai bavé et ma famille aussi. J’appelle cela de la persécution politique.

Quand j’étais au MMM, je n’ai jamais subi ce genre de traitement. C’est après que j’ai rejoint le PTr en 2019 que les embrouilles ont commencé pour moi. Je suppose que je devais gêner les candidats du Mouvement socialiste militant dans la circonscription Rivière-des-Anguilles–Souillac (no 13). Mais je dois dire que j’ai reçu beaucoup de messages de sympathie, que ce soit de l’actuel Premier ministre, des membres du PTr, de la presse et de bon nombre de personnes que j’avais aidées.

? Déçu de n’avoir pas eu de ticket avec les Rouges aux élections de 2024 ?

Pas du tout, j’avais rejoint le parti en 2019 et je ne pouvais prétendre à un ticket aussi vite. J’ai donné un coup de main au no 13. L’essentiel pour moi est que l’Alliance du changement ait remporté les élections de 2024 et que le Dr Navin Ramgoolam ait été porté au pouvoir et soit devenu Premier ministre.

? Surpris d’avoir été nommé ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite?

Un peu quoique je connaisse bien ces pays et que j’aie un bon réseau de contacts là-bas, sans compter que je m’exprime parfaitement en arabe. Je dois dire que le Dr Ramgoolam a tenu parole. Ce que j’avais pris pour une plaisanterie avant les élections quand il m’a dit «Riad, ou pou al Riyadh» m’a été confirmé par lui le 24 septembre lorsqu’il m’a appelé pour me dire qu’il me nommait ambassadeur au Royaume de l’Arabie saoudite. Lorsqu’il me l’a annoncé, j’ai fondu en larmes car je suis un enfant issu d’un milieu très modeste. Quand, à sa demande, je l’ai rejoint à son bureau, il m’a fait comprendre que ce poste est très convoité mais que je suis le candidat approprié. Je suis très fier de cette nomination qui montre aux enfants issus d’un milieu modeste et venant de la campagne qu’eux aussi peuvent en faire autant. Je crois avoir reçu une belle bénédiction de Dieu car j’ai consacré une bonne partie de ma vie à aider les gens et à donner des leçons gratuites aux enfants.

? Votre contrat est d’une durée de… ?

Trois ans. Je serai basé avec ma famille à Riyadh, mais je serai en déplacement dans plusieurs pays du golfe. Malgré le déracinement familial que cette nomination va entraîner, je la prends comme un challenge. Le Dr Ramgoolam m’a fait confiance et je veux relever ce défi.

? Quel type de diplomatie appliquerez-vous ?

La diplomatie reste la même où que l’on soit en poste : il faut que ce soit une win-win situation pour les deux pays. La politique étrangère de l’île est sa vitrine. Notre île est surtout connue pour ses plages et son lagon, mais moi, je veux promouvoir l’île comme un pays où règne l’harmonie sociale, une destination où toutes les religions cohabitent en paix. Je veux faire en sorte d’attirer plus de touristes arabes pour booster l’économie. L’Arabie saoudite peut nous aider en matière de sport, d’intelligence artificielle, de santé pour que nous ayons des centres de désintoxication de drogue modernes. Je veux attirer plus d’investisseurs dans l’hôtellerie et l’immobilier.

Nous avons une vingtaine d’accords bilatéraux avec l’Arabie saoudite et il faudra les renforcer. Je suis confiant car nous avons un ministre des Affaires étrangères jeune, compétent et dynamique, et c’est la même chose pour le secrétaire aux Affaires étrangères, qui montre un intérêt particulier pour les pays du golfe. Mon rêve est que le Dr Ramgoolam puisse venir en visite officielle et rencontrer le Crown Prince Mohammad Bin Salman.

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