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Accord Royaume-Uni-MAurice

La voix de plus de 3 000 Chagossiens révèle injustice, méfiance et exigence de participation

18 décembre 2025, 08:10

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La voix de plus de 3 000 Chagossiens révèle injustice, méfiance et exigence de participation

Le rapport de l’«International Relations and Defence Committee» a été publié hier.

Publié hier, le rapport de l’International Relations and Defence Committee restitue les résultats d’une consultation menée auprès de la communauté chagossienne dans le cadre de l’examen parlementaire du projet de loi mettant en œuvre le traité entre le Royaume-Uni et Maurice sur l’archipel des Chagos, incluant Diego Garcia. Malgré un calendrier très contraignant et des limites méthodologiques reconnues, la mobilisation a été importante : plus de 3 000 réponses ont été reçues, traduisant, selon le Comité, l’ampleur de l’engagement communautaire et la volonté de faire entendre une voix longtemps marginalisée.

Après analyse, 3 123 réponses ont été acceptées comme preuves écrites. Parmi elles, 1 429 provenaient de Chagossiens vivant au Royaume-Uni, 1 420 de Maurice, 152 des Seychelles et 122 d’autres pays ou de personnes ayant choisi de ne pas divulguer leur localisation. Un chiffre ressort nettement : sur les 3 123 réponses acceptées, 2 690 personnes ont déclaré ne pas avoir été consultées par le gouvernement britannique au sujet de l’accord, bien que certaines aient pu échanger avec les autorités mauriciennes. Pour le Comité, cet élément met en évidence l’absence de consultation significative des Chagossiens par les gouvernements britanniques successifs tout au long des négociations.

Durant la période de consultation, le Comité a été informé de la circulation de vidéos sur les réseaux sociaux laissant entendre que des Chagossiens à Maurice auraient été orientés dans leurs réponses. Après examen des images et consultation de la High Commission à Port-Louis, aucune preuve d’influence indue n’a été établie. Le Comité conclut que les autorités mauriciennes avaient mis en place des centres d’assistance afin d’aider les personnes ne disposant pas des compétences informatiques nécessaires. Une lettre du ministre mauricien des Affaires étrangères, datée du 5 décembre, confirme la mise à disposition de terminaux informatiques et d’opérateurs pour accompagner les répondants.

Trois constats transversaux

Trois constats majeurs émergent des réponses qualitatives. Le premier est le sentiment profond d’injustice lié au déplacement forcé des Chagossiens et aux souffrances qui en ont découlé sur plusieurs générations. Le deuxième concerne la crainte largement partagée que le gouvernement mauricien ne soit pas en mesure de répondre aux aspirations chagossiennes. Le troisième est une demande claire de renforcement de l’agence chagossienne, c’est-à-dire une implication directe et durable dans les décisions concernant l’avenir de l’archipel.

Le rapport souligne que les témoignages évoquent des expulsions brutales, des séparations familiales, la perte du territoire natal et une précarité économique persistante. Pour le Comité, il est manifeste que la communauté chagossienne a été laissée-pour-compte par des gouvernements successifs. La question de la réinstallation constitue un thème central. Le traité permet à Maurice de faciliter des programmes de réinstallation sur les îles extérieures de l’archipel, sans obligation formelle, et exclut explicitement Diego Garcia. Pour de nombreux répondants, cette exclusion est vécue comme une perte personnelle et culturelle majeure, dépassant largement une simple question technique. Les obstacles pratiques sont également soulignés : insuffisance des infrastructures, accès limité aux soins de santé, à l’éducation, au logement et aux transports. Ces contraintes alimentent le doute quant à la faisabilité d’un retour durable.

Les réponses révèlent toutefois un attachement émotionnel très fort à l’archipel, et en particulier à Diego Garcia, décrite comme le cœur de l’histoire et de l’identité chagossiennes. Les réponses mettent fortement l’accent sur la nécessité de transparence et de participation chagossienne dans tout programme de réinstallation. Plusieurs répondants soulignent l’absence de clarté sur la manière dont un tel programme serait administré et indiquent que leur décision dépendrait de plans précis concernant les infrastructures, assortis de garanties fermes sur les droits et d’une implication directe des Chagossiens dans les mécanismes de gouvernance. La méfiance envers le gouvernement mauricien apparaît comme un frein majeur. Lorsqu’ils ont été interrogés sur leur niveau de confiance dans la capacité de Maurice à mettre en œuvre un programme de réinstallation, 2 193 répondants ont exprimé un manque de confiance. Parmi eux, 1 356 étaient basés au Royaume-Uni, 690 à Maurice, 53 aux Seychelles et 94 ailleurs. À l’inverse, 918 répondants, principalement à Maurice, ont indiqué avoir confiance ou une confiance partielle dans les autorités mauriciennes. Les motifs invoqués incluent le traitement passé des Chagossiens, des allégations de discrimination, de corruption et d’inefficacité administrative, ainsi que la crainte que Maurice privilégie des intérêts étrangers au détriment des besoins chagossiens.

Diego Garcia et la question de l’emploi

L’emploi sur Diego Garcia est présenté comme un enjeu central, tant sur le plan économique que symbolique. Bien que l’accord ne mentionne pas explicitement les Chagossiens, de nombreux répondants estiment que l’accès à l’emploi sur la base constitue une voie essentielle pour rétablir un lien concret avec leur territoire. Le Comité rappelle qu’il avait déjà demandé, en juin 2025, au gouvernement britannique d’explorer des voies permettant aux Chagossiens de travailler sur la base. Selon le rapport, la main d’œuvre actuelle est principalement composée de contractants philippins et mauriciens, et très peu de Chagossiens ont historiquement pu y travailler. L’accord prévoit l’emploi de ressortissants mauriciens qualifiés et une préférence pour les entreprises mauriciennes, sans mention spécifique des Chagossiens. Dans l’enquête, 2 477 répondants jugent très ou assez important d’élargir les opportunités d’emploi pour les Chagossiens sur Diego Garcia, certains appelant à des priorités d’embauche et à des programmes de formation adaptés.

Le rapport s’attarde sur les mécanismes de soutien financier, notamment le trust fund de £40 millions destiné aux Chagossiens et la subvention annuelle de développement de £ 45 millions versée à Maurice. Les répondants privilégient un soutien financier direct aux individus et aux familles chagossiennes, avec supervision chagossienne, représentation majoritaire et audits indépendants. Une ambiguïté demeure sur les bénéficiaires du trust fund, dont les modalités relèvent de Maurice. Perçu comme un instrument de justice, le fonds devrait répondre en priorité aux besoins en logement, coût de la vie, santé, éducation et pensions, notamment pour les aînés. Les répondants soulignent aussi l’importance de la protection environnementale et des droits de pêche, défendant des pratiques traditionnelles durables et une gouvernance de la Marine Protected Area fondée sur une stewardship chagossienne, malgré une défiance envers la capacité de Maurice à assurer une gestion efficace.

Selon le Comité, la communauté chagossienne possède un droit moral clair à être entendue et à participer aux décisions affectant son avenir, et les injustices révélées par l’enquête relèvent pleinement de la responsabilité du gouvernement.

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