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Fin de la mixité dans les académies

Vraiment une bonne idée ?

15 décembre 2025, 13:45

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Vraiment une bonne idée ?

Arvind Bhojun, président de l’UPSEE et Dhruv Nirbhay Ramkhelawon, sociologue et enseignant.

Le Conseil des ministres a approuvé une démarche de consultation pour finaliser l’intégration de plusieurs mesures dans un futur blueprint de l’éducation secondaire, le vendredi 28 novembre. Le projet prévoit la transformation des 12 Académies en 21 National Colleges, dont quatre relevant du Service diocésain de l’éducation catholique. La rupture la plus marquante est le retour à des collèges non mixtes, à l’exception du Mahatma Gandhi Institute (MGI).

Concrètement, le collège Royal de Port-Louis (RCPL) et celui de Curepipe (RCC) redeviendront exclusivement masculins, tandis que le Queen Elizabeth College (QEC) et le Dr Maurice Curé reprendront leur identité féminine. Le gouvernement justifie ce virage par des préoccupations exprimées lors des Assises de l’éducation 2025 sur l’adaptation des élèves, la discipline et une «baisse relative» des résultats après l’introduction de la mixité en Grade 10. Une consultation nationale est annoncée du 8 décembre au 20 janvier 2026 pour éclairer la décision finale. mixite.jpg

Les objectifs sociaux affichés : que veut changer la réforme ?

Pour le sociologue et éducateur Dhruv Nirbhay Ramkhelawon, la finalité d’une réforme au secondaire doit rester le «développement de l’individu», filles et garçons confondus, et l’apprentissage du «vivre ensemble». La coéducation, explique-t-il, «peut montrer aux garçons et aux filles comment cohabiter dans le monde du travail, dans une société équitable», tout en aidant à combattre des problèmes «comme le harcèlement sexuel, les teasings et les inégalités». Elle doit aussi corriger l’héritage d’un système exam-oriented exacerbé par la compétition précoce, la pression et l’exclusion des moins performants.

Ces préoccupations résonnent avec les constats internationaux sur l’équité et le bien-être scolaires. En moyenne, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les garçons restent en retrait en lecture, tandis que les filles sont derrière en mathématiques, un double fossé qui persiste en 2022 et nécessite des approches pédagogiques sensibles au genre plutôt qu’un seul levier structurel.

Mixité vs non-mixité : que disent les recherches ?

La recherche internationale ne tranche pas en faveur d’un modèle unique. Une méta-analyse publiée par l’American Psychological Association, regroupant des centaines d’études comparant écoles non mixtes et mixtes, ne trouve pas d’avantage généralisable à la non-mixité sur les apprentissages une fois les facteurs de sélection contrôlés. Les différences observées tiennent souvent à la composition sociale, à la motivation des familles ou au climat d’établissement. Des travaux quasi expérimentaux à Trinité-et-Tobago aboutissent à une conclusion similaire : dans l’ensemble, «la plupart des élèves n’obtiennent pas de meilleurs résultats dans les écoles non mixtes». Les filles dans le système non-mixte ont tendance à choisir moins de sciences et davantage de disciplines traditionnellement féminines, un signal d’alerte si l’on vise davantage de filles en Sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM).

À l’inverse, certaines statistiques brutes peuvent laisser croire au «miracle». En Angleterre, les élèves des écoles non-mixtes ont affiché en 2023 un Attainment 8 (mesure de performance scolaire qui évalue le niveau moyen des élèves à la fin du lycée sur leurs huit meilleurs résultats aux examens de General Certificate of Secondary Education) moyen de 59,0 contre 46,3 en écoles mixtes. Mais les analystes préviennent que ces écarts reflètent surtout le profil de ceux qui fréquentent ces établissements, pas l’architecture de genre elle-même.

Discipline, climat et sécurité : la variable décisive est-elle la mixité ?

Les difficultés disciplinaires mises en avant dans le pays depuis le passage en mixité ne sont pas isolées à l’échelle mondiale. Environ un élève sur trois déclare avoir été victime d’intimidation au cours du dernier mois et plus de 36 % rapportent avoir pris part à une bagarre physique. Ces chiffres ne disent pas que la non-mixité élimine la violence ; ils montrent que la sécurité des apprentissages exige des approches de «toute l’école» de codes de conduite, de surveillance efficace, de dispositifs de signalement et d’accompagnement psychosocial. Dans les pays ayant réduit les violences scolaires, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) souligne des facteurs communs : formation des enseignants, mécanismes de plainte adaptés aux enfants, participation des élèves et données fiables pour guider l’action publique. Là encore, ce sont des conditions de gouvernance et de pratique plus que le statut mixte ou non-mixte qui corrèlent avec l’amélioration durable du climat.

Performances académiques : un contexte mondial chahuté

Toute évaluation honnête de la mixité doit tenir compte du contexte post-pandémique. Entre 2018 et 2022, les scores du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE ont subi une baisse sans précédent : –15 points en mathématiques et –10 points en lecture en moyenne dans l’OCDE, soit une perte équivalente à plusieurs mois d’apprentissage. Autrement dit, comparer avant/après la mixité sans isoler l’effet de la pandémie risque d’attribuer à l’architecture scolaire des tendances qui relèvent de facteurs systémiques (fermetures, absentéisme, désengagement). Des travaux publiés en 2025 estiment la chute moyenne en mathématiques à l’équivalent d’environ sept mois d’apprentissage, avec des pertes plus fortes dans les écoles longtemps fermées et chez les élèves les plus fragiles. Cette dynamique renforce l’idée qu’il faut outiller plutôt que reconfigurer uniquement rattrapages ciblés, le tutorat et le développement professionnel des enseignants.

Les arguments sociologiques : qui gagne, qui perd ?

Dhruv Nirbhay Ramkhelawon rappelle les atouts prêtés à la non-mixité : rôle de modélisation par les pairs, moindres distractions, sentiment d’homogénéité réduisant certains biais. Mais il pointe aussi les angles morts des social skills intergenres moins développés, une intégration sociale plus difficile à l’université et au travail, et des bénéfices asymétriques dans notre contexte. «Les garçons bénéficient le plus» quand les filles ne retrouvent «pas suffisamment de respect» dans la société, ce qui interroge l’intérêt réel du système non-mixte pour elles. Les recherches internationales convergent sur le fait que les effets moyens de la non-mixité sont faibles et variables, et que les choix d’orientation peuvent se polariser (moins de sciences pour les filles en non-mixte, davantage de filières stéréotypées), à rebours des objectifs d’égalité.

Au-delà des notes : culture d’établissement et relations de pairs

Beyond the grades, la mixité peut enrichir la culture scolaire : projets communs, sports days, prize-givings et collaborations qui réduisent les stéréotypes, et favorisent l’entraide. À condition d’avoir des garde-fous : comités disciplinaires opérationnels, counseling, psycho- logues scolaires, travailleurs sociaux et engagement parental. L’UNESCO insiste que les approches efficaces sont globales et participatives, pas purement structurelles.

Ce que disent élèves et professeurs

Chez les élèves, les avis sont partagés. «I don’t understand why they want to separate boys from girls again. At university and at work, we will have to work together anyway. So school should prepare us for real life», plaide une élève de Grade 11. D’autres demandent à y voir plus clair : «If the government thinks it will improve discipline or results, they should explain it clearly to us.» Quelques-uns y voient la possibilité qu’il n’y ait plus de distraction. «Maybe separating boys and girls could help some students focus better, admet un élève de Grade 12, à condition que la réforme soit based on evidence, not assumptions.» Des enseignants de terrain, en écho aux recherches internationales, préviennent : «There is no evidence that separating boys and girls automatically improves results.» «Teaching quality and school leadership matter far more than gender separation.» Plusieurs suggèrent d’explorer des «modèles flexibles» : coéducation maintenue mais renforcée par le mentoring, le counseling et des pédagogies sensibles au genre, plutôt qu’un retour tout-ou-rien à la non-mixité.

Voix syndicale : garder la coéducation, corriger ses faiblesses

Pour Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), la coéducation «est un pas en avant» qui devrait se poursuivre du primaire au supérieur, y compris dans les collèges d’État. Il plaide pour préserver l’esprit du Nine-year schooling afin d’éviter une rat race et la compétition précoce relancée par un Primary School Achievement Certificate plus sélectif. Les changements dans les évaluations (par exemple, relever le seuil d’un A à 70 points) doivent être introduits progressivement, par phases, pour laisser aux cohortes et aux enseignants le temps d’ajuster le mindset et les pratiques.

Indicateurs pour décider d’ici deux à trois ans

Plutôt que d’opposer dogmatiquement mixité et non-mixité, il serait judicieux de se doter d’un tableau de bord robuste, public et suivi chaque trimestre.

Résultats : évolution des scores National Certificate of Education/Higher School Certificate par matière et par sexe ; mesure des écarts filles/ garçons en maths, lecture et sciences en miroir des écarts OCDE où les garçons sous-performent en lecture et les filles en maths.

Assiduité et retards d’apprentissage : fréquentation, retards cumulés post-pandémie, répartition des dispositifs de rattrapage.

Discipline et climat : incidents par 100 élèves, délais de traitement, perception de sécurité (enquêtes anonymes) pour faire baisser les violences qui touchent environ un élève sur trois au niveau mondial, via des approches de toute l’école.

Orientation et stéréotypes : part des filles en STEM et des garçons dans les humanités/langues, pour repérer d’éventuels effets de polarisation signalés par la recherche en non-mixte.

Bien-être et santé mentale : accès au counseling, satisfaction scolaire, sentiment d’appartenance.

Formation et leadership : heures de développement professionnel (gestion de classe, pédagogies sensibles au genre), observations en classe, stabilité des équipes.

Équité socio-économique : écarts de performance selon l’origine sociale, qui pèsent souvent davantage que le genre sur les acquis.

Trois scénarios réalistes pour le pays

Retour généralisé à la non-mixité (excluant le MGI)

Atouts : lisibilité et continuité historique (RCPL, RCP, QEC, DMC).

Risques : enfermement des choix d’orientation (moins de STEM pour les filles), déficit «d’apprentissage intergenre», transfert plutôt que résolution des problèmes de discipline.

Mixité maintenue mais «musclée»

Atouts : préparation à la vie adulte et au travail en équipe mixte ; réduction des stéréotypes si l’acte pédagogique est aligné. Conditions : codes de conduite, équipes psychosociales, formation, encadrement des couloirs et des sorties, tutorat. L’UNESCO classe ces leviers parmi les plus efficaces contre les violences.

Modèle hybride et transitoire

Atouts : garder l’identité de quelques collèges emblématiques, tout en créant des filières mixtes ciblées (STEM, arts, langues), des activités parascolaires obligatoirement mixtes et du mentoring croisé. Risques : complexité de pilotage, lisibilité moindre pour les familles.

La consultation publique : un test de méthode

Le ministère assure «qu’aucune décision finale n’a été prise» et que le blueprint reflétera la parole des acteurs. Des rencontres et une enquête en ligne sont prévues du 8 décembre 2025 au 20 janvier 2026 pour nourrir la décision du Cabinet. La réussite de ce processus tiendra à la transparence des données et à la capacité d’évaluer les options à l’aune de critères partagés pas de perceptions isolées.

Verdict provisoire : bonne ou mauvaise décision ?

À la lumière des données disponibles, revenir massivement à la non-mixité n’offre pas, en soi, la garantie d’une hausse des résultats ni d’un apaisement disciplinaire. La recherche la plus solide suggère des effets moyens faibles et hétérogènes de la non-mixité sur la performance, et alerte sur des effets pervers possibles sur les choix d’orientation des filles. À l’inverse, la mixité n’est pas un remède miracle : sans formation, leadership et règles claires, elle peut souffrir des mêmes dérives que tout autre modèle.

Le véritable choix n’est donc pas mixité contre non-mixité, mais qualité d’enseignement et sécurité contre l’improvisation structurelle. Dans un monde où les écarts post-pandémiques pèsent déjà lourd (-15 points en maths et -10 en lecture à l’OCDE entre 2018 et 2022), l’urgence est d’investir dans la salle de classe avec des groupes raisonnables, des pédagogies explicites et sensibles au genre, un accompagnement socio-émotionnel, le pilotage par les données et la lutte prioritaire contre les violences. Appliquer ces leviers dans un cadre mixte bien gouverné apparaît, au vu des recherches, plus susceptible d’améliorer équité et résultats que de simples réaffectations par sexe. Et si certains collèges conservent une identité non mixte, que ce soit assorti d’objectifs mesurables sur la sécurité, l’orientation et la réussite et d’une clause de revoyure dans 24 à 36 mois. C’est à ces conditions que la réforme quelle qu’en soit l’issue sur la mixité aura une chance raisonnable d’être une bonne décision, pour toutes et tous.

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