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Le CEO qui ne vise pas petit. Il vise deux continents...

8 décembre 2025, 05:40

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Veemal Gungadin, le plus jeune CEO de Mauritius Telecom, a une façon particulière d’entrer dans la pièce : sans bruit, mais avec une conviction qui déplace l’air. À 44 ans, il ne se contente pas de succéder à une génération de bâtisseurs : il veut réécrire la géographie numérique de Maurice. Son plan – Rs 20 milliards injectés sur trois ans – ne relève pas d’un catalogue technologique. C’est un manifeste. Celui d’un jeune patron qui a brillé à Singapour, au cœur de l’un des hubs numériques les plus performants au monde, et qui revient au pays avec une certitude : notre avenir se joue désormais sur des cartes traversées de câbles, de data et d’intelligence artificielle.

Ce que Gungadin propose n’est pas un simple upgrade de réseau. C’est une couture. Une tentative audacieuse de raccommoder l’Asie à l’Afrique en passant par Maurice, ce point minuscule sur le globe qui rêve d’être un point nodal. Là où certains se contentent d’alimenter le Wi-Fi des foyers, lui voit un corridor intercontinental, une dorsale numérique, un territoire de transit et de calcul qui pourrait enfin donner au pays la place qu’il n’a jamais pleinement assumée : celle d’un trait d’union.

À écouter le CEO de MT, vendredi, à Côte-d’Or, pratiquement tout converge : nouveaux câbles sousmarins, 5.5G expérimentée en avance, data centers musclés, GPU de dernière génération pour entraîner des modèles IA, cloud souverain consolidé, cybersécurité renforcée, couverture satellitaire pour Rodrigues et Agaléga. Le tout dans un même souffle : connecter, sécuriser, accélérer.

On a connu, par le passé, des plans ambitieux chez MT. Mais rarement un programme aussi articulé, qui pense simultanément l’infrastructure, l’usage, la souveraineté et l’inclusion. Rarement un dirigeant qui parle d’IA non pour impressionner, mais pour démocratiser. «L’IA pour tous», répète-t-il. Pas comme slogan : comme horizon. On sent chez lui la conviction qu’un pays de 1,3 million d’habitants peut rattraper son retard non en courant plus vite, mais en sautant des étapes.

Ce qui frappe surtout, c’est sa compréhension de l’enjeu géopolitique. Là où beaucoup voient dans les câbles un simple passage de bande passante, lui y voit une route commerciale moderne. Quand il évoque SEACOM 2.0 ou le projet T4, c’est l’ancienne logique des ports qui ressurgit : être présent là où circulent les flux, sinon disparaître.

Il reste, bien sûr, un test. Celui de l’exécution. Les grandes ambitions se fracassent parfois sur la lenteur bureaucratique, les réflexes frileux ou les vieilles habitudes. Gungadin devra naviguer un paysage où chaque innovation bouscule une rente, où chaque milliseconde gagnée dérange un statu quo. Mais l’homme semble prêt. Ses réponses, dans notre interview en pages 10-11, respirent la clarté stratégique et l’impatience maîtrisée de ceux qui savent que les fenêtres d’opportunité ne restent jamais ouvertes très longtemps.

Maurice a, trop souvent, laissé passer les trains technologiques. Cette fois, un jeune CEO veut attraper le prochain au vol. En reconnectant l’Afrique à l’Asie, il tente, au fond, de reconnecter Maurice à elle-même : à son ambition, à sa modernité, à cette vocation d’île-carrefour que l’Histoire nous a léguée mais que nous avons cessé de cultiver. Gungadin n’est pas seulement en train d’améliorer la connectivité du pays. Il tente de rehausser sa destinée.

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Dans un moment où l’Afrique devient la nouvelle frontière et où l’Asie accélère, nous ne pouvons plus rester spectateurs. Et ce n’est pas un hasard si Maurice accueillera, du 26 au 29 juillet 2026, le U.S.–Africa Business Summit, rendez-vous hors norme (lire en page 14) où se croiseront décideurs, fonds d’investissement et géants technologiques. Ce sommet est l’extension diplomatique de la vision technologique de Gungadin : un pays qui veut devenir carrefour doit d’abord se câbler.

En voulant recoudre deux continents, il nous rappelle que les nations qui gagnent ne parlent pas d’avenir : elles le construisent. À lui le cap. À nous la bande passante.

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