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«Kreol Morisien»
Après le succès au NCE, objectif HSC
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«Kreol Morisien»
Après le succès au NCE, objectif HSC
Les résultats du National Certificate of Education (NCE) 2025 livrent un tableau contrasté mais résolument encourageant pour la République de Maurice. Parmi les matières qui se distinguent: le Kreol Morisien. Avec un taux de réussite impressionnant de 93%, en deuxième position des meilleurs résultats nationaux après Art and Design (96,32%).
Une situation qui réjouit le professeur Arnaud Carpooran, président de la Creole Speaking Union. Sur les 2586 candidats, 2405 ont réussi l’épreuve. Pour lui, cette réussite ne relève d’aucun mystère :«On dit souvent que la langue maternelle, c’est la langue du cœur. Si on veut atteindre un enfant, on doit lui parler dans sa langue, surtout aux premières étapes de sa scolarité.» Selon lui, lorsqu’un enfant doit d’emblée interagir dans une langue qui n’est pas celle de son quotidien, un décalage s’installe. «Il sent que ce n’est pas à lui qu’on s’adresse, mais à quelqu’un qu’on voudrait qu’il devienne – un francophone ou un anglophone – alors qu’il est d’abord créolophone.»
Le professeur souligne également l’importance de partir de l’univers mental de l’enfant plutôt que de lui imposer celui de l’institution. «Quand l’école utilise la langue de l’institution, on demande à l’enfant de se hisser immédiatement au niveau de l’adulte. Cela fonctionne pour certains, mais certainement pas pour tous, surtout dans les foyers où seul le créole est parlé. On prend alors le risque de le désintéresser, ce qui est souvent observé.»
Pour lui, le Kreol Morisien constitue ainsi une passerelle efficace entre la maison et l’école, un moyen de «bridge the gap» en facilitant la transition entre les deux univers. Il réfute par ailleurs l’idée selon laquelle l’examen de Kreol Morisien serait plus facile que celui des langues orientales. «Au contraire, il est exigeant. La seule différence, c’est que la difficulté est exprimée dans la langue de l’enfant. Si un examen est difficile et qu’en plus on s’adresse à l’enfant dans une langue qui n’est pas la sienne, la difficulté est doublée. Cela vaut autant pour les langues orientales que pour l’anglais ou le français.»
Au-delà du NCE, l’attention se tourne désormais vers l’introduction du Kreol Morisien comme matière principale au Higher School Certificate (HSC). L’initiative demeure en suspens. «La balle est dans le camp du ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad», avance le Professeur Carpooran. Les différents organismes concernés – l’Université de Maurice, le Mauritius Examinations Syndicate, le Mauritius Institute of Education et la Creole Speaking Union – se disent prêts. Selon lui, une réunion tenue en mai dernier avec le ministre avait permis d’identifier deux obstacles majeurs: le manque de matériel pédagogique et les ressources humaines. «Dans les deux cas, un travail colossal a été accompli» : les nouveaux manuels seront prêts en janvier, et un Professional Diploma in Kreol Morisien offert par l’Université de Maurice vient d’être complété par une première cohorte, permettant de répondre à la demande en enseignants, notamment dans les collèges d’État.
Pour les établissements où la demande existe sans qu’il y ait suffisamment d’enseignants, une formule est actuellement à l’étude. Certains enseignants pourraient intervenir dans plusieurs écoles d’une même zone.
Le milieu éducatif, les acteurs institutionnels et les défenseurs de la langue espèrent tous que l’annonce sera faite avant la rentrée scolaire 2026. Ce serait une nouvelle étape dans l’histoire du Kreol Morisien, langue désormais pleinement ancrée dans le paysage éducatif et qui continue de gagner du terrain.
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