Publicité
L’alliance qui fonctionne… quand elle ne se déchire pas
Par
Partager cet article
L’alliance qui fonctionne… quand elle ne se déchire pas
Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont mis près d’un an à trouver leurs marques, à défaut d’avoir trouvé un rythme. Leur premier anniversaire de retour au pouvoir aurait dû être un moment de célébration politique; il s’est souvent transformé en psychodrame. Ils ont frôlé la rupture, ravivé les vieux fantômes de 1997, avant de recoller les morceaux à coups de concessions, de tête-à-tête et de demi-mesures pour calmer les humeurs du numéro deux, qui, face à la presse hier, a expliqué la différence entre les «nuances» et les «désaccords» à la tête du gouvernement.
C’est donc dans une atmosphère électrique – nominations contestées, caisse quasi vide, promesses reportées, pension repoussée, chiffres économiques «déconstruits» – que les ministres, dont trois quarts sont des novices, ont dû faire tourner la machine. Un baptême du feu sans eau, sans huile et sans filet.
Et pourtant, ils ont travaillé. Parfois bien. Parfois avec maladresse. Mais ils ont travaillé. Et certains sortent du lot grâce à une communication soignée et une volonté d’être transparents avec la presse.
S’il fallait résumer l’année gouvernementale en un visage, ce serait celui de Gavin Glover, selon nos journalistes. Attorney General pour la première fois, il a abordé la fonction avec une éthique rare : “give back to the country”, dit-il. Et il le fait. Ancien lauréat, avocat aguerri, infatigable technicien des textes, il mène plusieurs dossiers de front (Chagos, réforme judiciaire, Cour d’appel, recrutement de juges étrangers, DPP, police) sans perdre la clarté ni le sens du dialogue.
Accessible, didactique, jamais hautain, Gavin Glover débat avec les journalistes, répond sur les sujets sensibles, assume les désaccords tout en respectant ses interlocuteurs. Sa connaissance intime des cours de justice et des acteurs de l’appareil judiciaire en fait un des rares ministres capables d’allier vision et méthode. Il finit premier de notre évaluation. Et ce n’est pas un hasard. Dans un gouvernement secoué par les tiraillements internes, il offre ce qui manque ailleurs: de la continuité, de la compétence, et une capacité à enquêter sur lui-même avant de critiquer les autres, mais aussi une volonté de se mettre au service de l’État et non d’un parti politique ou d’un propriétaire de parti.
Mais un gouvernement ne se dirige pas avec un seul bon élève. D’autres suivent mais doivent être encouragés.
Ramgoolam et Bérenger se connaissent trop bien pour ignorer leurs défauts, mais pas assez pour éviter leurs collisions. Le Premier ministre, concentrant entre ses mains finances, police, ports, aéroports et diplomatie, ralentit malgré lui la mécanique. Son numéro deux, frustré mais conscient du risque de rupture, tempère. Résultat : une alliance qui vacille au moindre faux pas, un gouvernement qui fonctionne par à-coups, un agenda coincé entre les urgences et les susceptibilités.
Les ministres ne déméritent pas. Certains apprennent vite, d’autres attendent encore leur moment. Mais tous pourraient faire mieux si on leur offrait un cap clair, une coordination digne d’un Cabinet, et moins d’interférences partisanes. La vérité, c’est que l’Alliance du Changement a gaspillé une partie de son capital politique en querelles internes. Une année pour s’installer, c’est normal. Une année pour se déchirer, c’est dangereux.
Apres quatre fois 100 jours, le pays n’attend plus les excuses, il attend les résultats : sécurité, prix, gouvernance, lutte contre la drogue, transparence, réformes institutionnelles. La rue a déjà montré qu’elle ne gobera pas la pension à 65 ans sans explications et surtout sans exemplarité. Les partenaires de l’alliance n’avaleront pas indéfiniment les nominations imposées. Et les électeurs n’attendront pas 2029 pour juger.
L’Alliance du Changement n’a plus droit à l’erreur. Elle doit aplanir ses divisions, retrouver l’esprit du compromis, redonner une direction au pays. Gavin Glover prouve qu’on peut gouverner autrement : avec méthode, intelligence, courage et discipline. Reste à savoir si les autres suivront. Ou si, comme souvent, c’est le peuple qui finira par balayer la scène.
Publicité
Publicité
Les plus récents