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Héros du stade de France

Dix ans après les attentats, Salim Toorabally revient en pleine lumière

20 novembre 2025, 10:00

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Dix ans après les attentats, Salim Toorabally revient en pleine lumière

Salim et Fatiha posant près de la plaque commémorative au Stade de France.

Par un geste simple, Salim Toorabally a sauvé le Stade de France d’un carnage. En bloquant l’accès de la porte L à un terroriste, le 13 novembre 2015, ce Mauricien de la diaspora vivant à Paris a empêché un kamikaze de se faire sauter en public, alors que l’équipe de France affrontait ce jour-là l’Allemagne, et qu’un massacre allait se dérouler peu après, en plein cœur de Paris et au Bataclan. «En faisant juste mon boulot», comme il l’avait répété humblement, l’agent de sécurité de 52 ans qui travaillait au Stade de France pour la première fois ce soir-là a épargné des vies et empêché une tragédie encore plus terrible ce jour-là. Mais 10 ans plus tard, à l’heure des cérémonies de commémoration de ce jour sanglant, samedi dernier à l’occasion du match France - Ukraine (4-0), l’homme de l’ombre revient en pleine lumière.

? Légion d’honneur en 2026

Salim Toorabally est en effet de retour dans le cirque médiatique. Le quotidien sportif français L’Équipe lui a consacré un grand article la semaine dernière. Une première salve qui a fait resurgir notre compatriote de l’anonymat où il était retombé depuis toutes ces années. RMC, La Dépêche, Los Angeles News, Canada Times, SBS Australie… L’acte de bravoure du Mauricien, qui lui avait valu une reconnaissance internationale et des décorations aux États-Unis, entre autres, passionne à nouveau les médias. «Je suis de retour sur les devants de la scène médiatique», s’enthousiasme-til à notre appel. «Figurez-vous que je suis invité la semaine prochaine pour un tournage pour une série sur YouTube : La légende de Guillaume. C’est suivi par plus de 300 000 abonnés. Ils ont décidé de m’honorer en tant que héros dans cette série», nous dit-il. Sur Gossip Room, un post relatant que notre compatriote obtiendra la Légion d’honneur l’année prochaine atteint 116 000 likes… Salim Toorabally était d’ailleurs en vacances à Maurice en mai dernier, 10 ans après sa dernière visite chez nous, lorsqu’il avait été invité par le Daily Mail pour un reportage exclusif dans le cadre des attentats du 13 novembre. «J’ai beaucoup apprécié d’être reçu par le président de la République de Maurice, Dharam Gokool, la dernière fois que je suis venu au pays. C’est très important pour moi, cette marque d’estime de Maurice aussi», glisse-t-il.

Bitmap (19).jpgD’agent de sécurité à chauffeur de taxi

Mais pourquoi notre compatriote est-il tellement en demande et cristallise-t-il autant l’attention des médias internationaux selon lui ? «Parce que je suis humble et simple, selon les journalistes qui m’ont parlé récemment», déclare-t-il. Une décennie après qu’il avait été reconnu comme un héros national en France et décoré de la médaille d’argent de la Défense française par le président François Hollande et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, l’agent de sécurité n’a pas changé. Mais s’il a disparu de la sphère médiatique et de l’espace public, son quotidien n’a plus jamais été le même. Il a abandonné le domaine de la sécurité pour devenir chauffeur de taxi. «Je saturais avec mon métier. J’avais besoin de respirer. De faire autre chose. Travailler comme taxi, c’est super. Ça me permet de m’intéresser à l’histoire et à la culture, et de les partager avec des touristes, de discuter et rencontrer des gens. C’est passionnant», affirme-t-il. Et parfois, des policiers le reconnaissent et le saluent : «Oh, vous êtes l’agent de sécurité du Stade de France ! Vous êtes un héros !» Mais il y a aussi une autre face plus sombre, car l’incident qui l’a rendu célèbre l’a aussi touché dans sa chair. Son fameux «geste simple» du 13 novembre 2015 où il bloque l’accès à un terroriste «qui voulait absolument rentrer dans le stade alors qu’il n’avait pas de billet» a eu des répercussions psychiques traumatisantes.

Bitmap (20).jpgInvité en soirée au Parc des Princes pour France - Ukraine (4-0), où il a célébré la qualif des Bleus pour la Coupe du Monde.

? «J’ai failli mettre»

? «Fin à mes jours…»

«Il y a un moment où j’ai même pensé mettre fin à mes jours, il y a deux ans, c’était trop difficile. Pendant 10 ans, j’ai vécu avec ce traumatisme… Parfois, la nuit, je me réveille et je repense à ça. Comment j’arrête un terroriste et comment on m’appelle ensuite pour identifier son corps, et là je vois que sa tête est détachée de son corps après qu’il se soit fait exploser en dehors du stade. C’est un vrai traumatisme. Surtout de penser que je l’avais vu vivant devant moi quelques instants plus tôt et de le voir dans cet état, déchiqueté, après…», témoigne Salim. «Après l’explosion, j’avais pris une victime qui travaillait à l’extérieur dans mes bras et je l’ai allongée par terre».

C’est là que j’ai vu que ma main était remplie de sang et qu’il y avait des miettes de chair éparpillées. Il y avait l’odeur de poudre. Le bruit de l’explosion. Tout ça me hante», dit-il. Le Mauricien avoue avoir vécu une période trouble et en avoir vraiment souffert. «J’ai eu un bon psychologue qui m’a beaucoup aidé.» Et quel regard porte-t-il sur le geste du kamikaze du Stade de France et ses motivations après tout ce temps ? «Pour moi, le kamikaze Bilal Hadfi n’est pas un vrai terroriste, c’est plutôt quelqu’un qui a été endoctriné et manipulé pour devenir fanatique. Une bien triste histoire…»

? La religion et sa famille

Pour lui, la religion et sa famille, sa femme Fatiha et son fils Omar, ont été le point de repère principal pour s’en sortir. «Juste après le cauchemar du Stade de France, le sourire de mon fils Omar m’avait apporté beaucoup de réconfort.» Samedi dernier, il était invité pour le match des Bleus France - Ukraine (4-0), au Parc des Princes.

Bitmap (21).jpgNotre compatriote fait le buzz sur Gossip Room.

Une journée de commémoration, débutée le matin au Stade de France, aux côtés du président français Emmanuel Macron, de son épouse Brigitte, de la mairesse Anne Hidalgo et des ministres du gouvernement. Qui s’est poursuivie par l’inauguration du jardin des victimes du 13 novembre 2015 à l’Hôtel de Ville, dans le 4e arrondissement. Un moment chargé d’émotions, en présence des familles des victimes du Stade de France et du Bataclan. «Je remercie la Fédération française de football de m’avoir invité avec mon épouse au match, dans la soirée, car ça m’a permis de me ressourcer et de me distraire après toutes les émotions de cette journée. La qualification des hommes de Didier Deschamps pour la Coupe du Monde a été une grande fête pour tout le peuple.» Une fin heureuse pour l’homme de l’ombre enfin reconnu à sa juste valeur.

Bitmap (22).jpgL’Equipe lui a consacré une page le 13 novembre dernier.

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