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Les distractions politiques relèguent au second plan les priorités socio-économiques
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Les distractions politiques relèguent au second plan les priorités socio-économiques
Partira ou partira pas ? Après avoir déclaré qu’il se voit difficilement changer d’avis sur une probable démission, Paul Bérenger est revenu une nouvelle fois à de meilleurs sentiments. Ce, suivant une rencontre à la onzième heure avec le Premier ministre qui lui a donné l’assurance qu’il procéderait à une réforme en profondeur de la force policière avec en filigrane la création de la National Crime Agency.
Entre les deux hommes forts du gouvernement, la partie d’échecs se poursuit. Connu pour son tempérament sanguin, Paul Bérenger semble las d’attendre le Premier ministre enclencher les grandes réformes visant à construire une société plus juste et plus démocratique que l’Alliance du Changement a promis de léguer aux générations futures. À l’opposé, Navin Ramgoolam est plus stratégique. Il veut avancer pas à pas. Après tout, la présente mandature ne prend fin que dans quatre ans.
En l’espace d’une douzaine de jours, c’est la seconde fois que ce gouvernement se retrouve au bord du précipice avec la perspective d’une cassure. Certes, il est normal que dans une démocratie, il y ait des divergences au plus haut sommet de l’État. Mais il est malsain quand ces divergences créent un climat toxique au point de provoquer la quasi-implosion d’un gouvernement.
La principale leçon qu’on peut tirer de cette crise, c’est qu’il ne saurait y avoir deux capitaines aux commandes du vaisseau amiral. Au nom de la stabilité, le Premier ministre doit asseoir son autorité et gouverner à son rythme, sans ayant à justifier ses actions ou ce qui est perçu comme «ses inactions» auprès de ses partenaires. Car il est difficile de penser que l’alliance gouvernementale saura résister à un nouveau séisme. Quant à Paul Bérenger, il devra apprendre à mettre un peu d’eau dans son vin, dompter son caractère tumultueux et ne plus réagir de manière épidermique.
Est-ce que la crise est derrière nous ? On préfère ne pas se hasarder à des pronostics. Une chose est sûre : il y a eu beaucoup trop de distractions politiques ces dernières semaines. Et après la tempête, l’heure est à l’apaisement. Certes, on doit garder en vue les priorités de long terme, comme le renforcement de la démocratie au travers notamment de la réforme électorale. Mais, aussi vrai que Rome ne s’est pas faite en un jour, les grandes réformes prendront du temps à se concrétiser.
À courte et moyenne échéances, il y a des problématiques auxquelles le gouvernement doit s’attaquer en urgence. Côté social, les drogues de synthèse sont en train de tuer et de détruire l’avenir de milliers de jeunes et, pour le moment, la National Agency for Drug Control semble être dépassée par les événements. Sur le plan économique, le pays est dans un cycle de croissance modérée, alors que l’inflation en glissement annuel oscille mois après mois au-dessus de 4 %. Parallèlement, la politique d’austérité fiscale caractérisée par la suppression des allocations sociales paupérise la population, avec Analysis, filiale de Kantar, concluant à la suite d’une enquête sur la consommation menée auprès de 1 200 Mauriciens, que 60 % des ménages ont réduit leur consommation alimentaire. Un constat qui n’est pas à prendre à la légère car la baisse du pouvoir d’achat a des répercussions autant sociales qu’économiques. Quant à la dette publique, elle s’élevait à plus de 89 % du PIB à fin septembre, soit une valeur nominale de Rs 654 milliards.
Ces problématiques socio-économiques nécessitent toute l’énergie des pouvoirs publics. Dans le même temps, Maurice se doit d’être actif sur le plan de la diplomatie et consolider ses partenariats avec des pays amis comme la France dans ce monde devenu multipolaire et avec de moins en moins de filet de protection.
La visite d’État d’Emmanuel Macron cette semaine est l’occasion pour le pays de nouer des relations durables avec un partenaire traditionnel, mais aussi de redéfinir la coopération avec La Réunion qui peut nous donner un sacré coup de main dans notre stratégie énergétique.
Cet intermède, espérons-le, sera l’occasion pour nos dirigeants de mettre un peu d’ordre dans leurs esprits et de repartir sur de nouvelles bases.
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