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Suicide de jeunes
Le cri d’alarme d’une génération en détresse
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Suicide de jeunes
Le cri d’alarme d’une génération en détresse
Entre tragédies individuelles et statistiques inquiétantes, le pays se retrouve confronté à un phénomène complexe et multiforme, nécessitant une réflexion urgente sur l’accompagnement des adolescents et la prévention des suicides. Selon les données officielles de la police, cinq cas de suicide impliquant uniquement des enfants ont été signalés entre janvier et octobre 2025, contre deux pour la même période en 2024. Les victimes de cette année étaient âgés de 12 à 14 ans. En 2024, les deux victimes étaient âgées de 15 et 17 ans.
Cas marquants de 2025
?17 février : une élève de 15 ans, en Grade 9, disparaît dans la nuit. Son corps est retrouvé le lendemain sous le pont SAJ à Coromandel. Le médecin légiste conclut à un décès par choc lié à de multiples blessures. L’autopsie évoque l’hypothèse d’un suicide. Face à ce drame, la ministre de l’Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie, annonce un renforcement des actions contre le harcèlement scolaire, en collaboration avec le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad.
?Juillet : à Montagne-Longue, Triolet et Vacoas, trois ados de 14 ans, 13 ans et 12 ans se suicident, provoquant un véritable choc émotionnel dans les communautés locales.
?Octobre : une adolescente de 14 ans du London College se jette de la passerelle St-Louis à Pailles. Elle a succombé à ses blessures quatre jours plus tard à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo.
?25 octobre : une collégienne de 17 ans se suicide à son domicile après la diffusion de photos intimes sur Telegram. Son ex-petit ami, âgé de 20 ans, est soupçonné d’être à l’origine de cette divulgation. Le ministre des Technologies de l’information et de la communication, Avinash Ramtohul, a rencontré les parents et a annoncé que son ministère, en collaboration avec celui de l’Égalité des genres et du Bienêtre de la famille ainsi que l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA), travaille sur des stratégies pour prévenir ces tragédies. Il a par ailleurs lancé un appel aux parents pour mieux encadrer leurs enfants.
?31 octobre – 1er novembre : une jeune femme de 19 ans est retrouvée pendue à son domicile à Grande-Rivière-Sud-Est.
Ces drames, qui s’étalent sur plusieurs mois, mettent en lumière la fragilité psychologique des jeunes et le rôle parfois exacerbant des réseaux sociaux – nouvelle zone de risque. L’adolescence est une période où le regard des pairs et l’estime de soi jouent un rôle central. La diffusion de contenus intimes ou le cyberharcèlement peut devenir un facteur déclencheur de détresse chez les jeunes.

■Doris Dardanne, présidente de Befrienders.
«Les jeunes peuvent se sentir acculés, isolés et avoir l’impression qu’il n’existe aucune issue», explique Doris Dardanne, présidente de Befrienders Mauritius. Les réseaux sociaux, tout en étant un outil de communication, peuvent amplifier les conflits, les humiliations et le sentiment de solitude. Ces plateformes, lorsqu’elles ne sont pas utilisées avec précaution, deviennent un terrain à risque pour les adolescents vulnérables.
Explosion des appels de détresse
Depuis janvier, près de 2 500 appels de détresse ont été enregistrés par Befrienders Mauritius. Une proportion importante concerne des mineurs. L’organisation reçoit également en moyenne 250 appels par mois, principalement de jeunes et de femmes. «Nous constatons une augmentation des cas d’automutilation chez les adolescents, souvent influencés par leurs amis ou pour apaiser une souffrance émotionnelle. Le harcèlement, y compris le cyberharcèlement, est également en hausse», précise Doris Dardanne. Les motifs les plus fréquents chez les jeunes : stress scolaire, harcèlement, problèmes familiaux, rupture amoureuse, isolement et dépression.
L’association rappelle que son rôle premier est l’écoute et le soutien émotionnel, sans jugement, afin que chaque personne se sente comprise et épaulée. Pour Doris Dardanne, «malgré toutes les innovations et les moyens de communication, beaucoup de jeunes se sentent seuls. Ils n’osent pas parler par peur d’être jugés. La pression scolaire est forte et l’adolescence est une période fragile. La présence bienveillante des adultes est essentielle. Malheureusement, le manque de communication entre parents et enfants aggrave parfois la détresse».
Befrienders rappelle également qu’une tentative de suicide doit toujours être prise au sérieux, car le risque de récidive est réel. Son message aux adolescents qui traversent des moments difficiles : ne prenez pas de décisions irréversibles. Chaque action a un impact sur votre famille, vos amis et vos proches. Vos parents, frères et sœurs, enseignants tiennent à vous, même si cela n’est pas toujours visible. «Vous n’êtes pas seul. Il existe toujours une main tendue, un soutien, une personne prête à vous écouter», rappelle Doris Dardanne.
?Conseil : avant de prendre une décision radicale, respirez, parlez à quelqu’un, notez vos pensées et vos sentiments. Chaque problème a une solution – même si elle n’est pas immédiatement évidente. Il existe toujours une issue et une aide disponible, qu’il s’agisse d’un parent, d’un psychologue ou d’une ligne d’écoute.
?Facteurs pouvant favoriser le passage à l’acte
Dépression, troubles bipolaires, anxiété, troubles de la personnalité ;
Isolement social, deuil, rupture, divorce ;
Maladies chroniques, fatigue, douleurs persistantes ;
Abus d’alcool ou de substances ;
Crises financières ou difficultés économiques.
?Mesures de prévention
Limiter l’accès aux méthodes de suicide ;
Prendre en charge les troubles mentaux et l’abus de substances ;
Communication responsable des informations dans les médias ;
Améliorer les conditions sociales et économiques ;et
Développer l’écoute et le soutien familial et scolaire. L’enchaînement de ces drames révèle un mal-être profond chez la jeunesse mauricienne. Entre pression scolaire, isolement, harcèlement et usage parfois dangereux des réseaux sociaux, de nombreux adolescents peinent à trouver un espace sûr pour exprimer leur souffrance. L’enjeu n’est plus seulement de réagir, mais d’écouter avant qu’il ne soit trop tard, de soutenir les familles et de renforcer les réseaux d’accompagnement.
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