Publicité

Éducation alternative

Mary-Joyce Philippe : «Nos petits bonshommes ont du talent»

4 novembre 2025, 18:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Mary-Joyce Philippe : «Nos petits bonshommes ont du talent»

Christabelle Panier est la cofondatrice et la seconde éducatrice de ce centre.

Depuis janvier, à Beau-Bassin, To Rev Nou Vision, cofondé par Mary-Joyce Philippe, permet à des élèves en échec scolaire dans leurs études primaires de regagner confiance en eux et estime de soi. Pour poursuivre sa mission et aborder la rentrée scolaire de janvier sereinement, ce centre ANFEN est à la recherche urgente de sponsors à travers Small Step Matters.

? Comment est née votre aspiration à créer l’école To Rev Nou Vision ?

Cette idée a existé dans nos cœurs depuis bien longtemps. Je précise dans nos cœurs au pluriel, car nous sommes deux cofondatrices. Je partage également la direction avec Christabelle Panier. Après mes études d’enseignante, je n’ai pas été attirée par l’enseignement dans le système mainstream, car je constatais déjà le taux important d’échec et d’illettrisme. J’ai donc opté pour une carrière d’éducatrice au sein d’un centre d’éducation alternatif. À Espérance 2000, à Curepipe, j’ai enseigné pendant 21 ans.

Mais dans ma région de Beau-Bassin– Rose-Hill, les parents me demandaient sans cesse si je donnais des leçons, y compris des parents qui payaient des écoles privées. L’accès à l’alphabétisation n’est pas qu’un souci pour les élèves des écoles publiques… Bien entendu, j’étais trop fatiguée pour donner des leçons, mais l’idée a ainsi germé de créer une école à Beau-Bassin. Et après dix mois d’existence, nous avons déjà obtenu l’adhésion à ANFEN (Adolescent Non Formal Education Network).

Dans nos classes, nous maintenons un ratio de dix élèves maximum par enseignant, et nous nous basons sur la pédagogie alternative inclusive et sur la méthode d’alphabétisation fonctionnelle de Caritas. Dans notre école, chaque cours se fait en interaction permanente avec les élèves. Un cours sur les unités de mesure, par exemple, comporte une phase pratique, où les élèves mesurent leur taille, leur bureau… trouvent par eux-mêmes les applications concrètes dans la vie quotidienne ou pour les métiers qui les attirent (la couture, la mécanique automobile…).

? Dans votre école, il y a une certaine mixité sociale avec quelques enfants issus des écoles privées ?

Oui, mais ils restent bien minoritaires : deux seulement. Notre projet est avant tout un projet social pour les enfants issus des familles et des quartiers vulnérables, comme Barkly, par exemple. Après, l’adjectif «vulnérable» peut aussi s’appliquer aux enfants. Ils sont vulnérables socialement et/ou en raison de leurs difficultés scolaires accumulées sur plusieurs années, y compris, je le répète, dans les écoles privées.

Nous avons déjà de belles success stories après seulement dix mois d’existence de notre école. Par exemple, une jeune fille de 13 ans a vaincu ses lacunes. Aujourd’hui, elle lit couramment l’anglais et le français. Et je précise, bien entendu, qu’elle comprend ce qu’elle lit. Nous sommes vraiment fières d’elle, et ce n’est que le début de son parcours !

? Le parcours d’un élève dans un centre ANFEN l’emmène jusqu’où ?

Si possible, jusqu’à l’employabilité. Les centres ANFEN visent à offrir à la société des jeunes qui peuvent se tenir debout sur leurs pieds avec un bagage académique, une formation vocationnelle et, surtout, des valeurs. Dans nos classes à petit effectif, nous avons à cœur de les connaître, de les protéger… Chaque matin, avant même les cours, nous avons un temps de dialogue sur leur vie personnelle, la vie à la maison, etc. Plus tard, s’il y a un besoin, nous n’hésitons pas à interrompre un cours pour entamer une conversation, écouter une peine, creuser ce qu’un blocage particulier cache.

Express.mu (620 x 330) (13).png Mary Joyce Philippe œuvre avec l’engagement à la fois de mère et d’enseignante auprès des enfants de sa classe.

Par exemple, nous avons un élève qui a perdu sa mère. Récemment, il a réussi à verbaliser que travailler dans un cahier lui causait beaucoup de chagrin, car il avait l’habitude de faire ses devoirs avec sa maman. Donc, en situation d’apprentissage, ce sont ces souvenirs-là qui refaisaient surface…

? Votre rôle d’enseignante va donc bien au-delà de l’apprentissage ?

Tout à fait, Christabelle Panier et moi-même sommes de véritables «petites mamans». Nous avons à cœur le bien-être et le développement intégral, holistique des adolescents.

? Et comme les mamans, vous êtes «bénévoles» dans vos responsabilités auprès des enfants ?

Il est vrai que depuis août 2024, nous travaillons toutes les deux de manière volontaire. Toute la semaine et souvent le week-end. Nous avons dû aménager les lieux, organiser des levées de fonds… Nous préparons nos cours. Nous sommes des enseignantes expérimentées, des éducatrices qualifiées. Nous aspirons donc à une juste rémunération, mais nous peinons à trouver des sponsors, y compris pour subvenir au règlement du loyer. Or, c’est important pour nous d’accueillir les jeunes dans un bel espace, avec une cour de récréation, une infirmerie… D’où notre appel à travers la plateforme SmallStepMatters.org pour recueillir des dons individuels et des fonds CSR pour notre mission.

J’espère que la campagne Small Step Matters nous permettra d’aborder la rentrée de janvier dans les meilleures conditions. Nous avons déjà des demandes pour de nouvelles inscriptions de la part des parents. Si possible, avec une équipe de trois enseignantes, nous pourrions aller jusqu’à un effectif de 30 adolescents.

? Votre persévérance et vos efforts considérables derrière la création de cette école, c’est aussi une manière de montrer aux jeunes qu’aucun rêve n’est hors de portée ?

Disons que notre parcours pour lancer cette école n’a pas toujours été simple… et que la recherche de sponsors et de donateurs reste encore aujourd’hui un gros défi. C’est vrai que nous répétons aux enfants qu’ils ne doivent jamais se laisser décourager. Leurs rêves doivent rester leurs rêves ! Souvent, les désirs des jeunes sont refoulés au fond d’eux, car l’entourage, la famille, les enseignants antérieurs, au fur et à mesure des années, n’ont pas été encourageants. Quand ils sont arrivés en janvier, la plupart de nos élèves ne savaient pas ce qu’ils voulaient faire, alors que je suis persuadée que dans la petite enfance, ils avaient des idées de métier…

Au sein de notre centre ANFEN même, la formulation de leurs rêves et de leurs ambitions personnelles prend du temps. On en revient toujours à l’importance du temps consacré au dialogue avec l’enfant. C’est certain que nous devons insister pour qu’aucun d’entre eux ne baisse les bras face aux épreuves de la vie, face aux défis académiques, face aux réflexions négatives qu’ils recevront dans la société, malheureusement… Ensuite, ils ne doivent jamais perdre le fil de leur voix intérieure, à travers laquelle a déjà émergé, ou émergera, la vocation qu’ils portent chacun dans leur cœur.

Nos petits bonshommes ont du talent. Je dirais même des trésors cachés en eux. On leur répète chaque jour que nous croyons fermement en eux et que nous serons là pour les aider à exploiter cela. L’échec en primaire est déjà derrière eux !

Contact pour soutenir ce projet: [email protected]

Publicité