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Paul Biya

La victoire du système sur la nation

5 novembre 2025, 03:00

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Il a gagné, encore. Pour la huitième fois, Paul Biya, 92 ans, a été proclamé président du Cameroun. Un exploit biologique, plus qu’un triomphe politique. Et pourtant, derrière ce chiffre, ce n’est pas la longévité qu’il faut saluer, mais la lassitude qu’il faut lire : celle d’un peuple enfermé dans une boucle où l’alternance n’existe pas et où chaque élection ressemble à une répétition.

La «victoire» de Biya n’a surpris personne. Elle n’a même pas eu le goût amer d’un suspense. Avec 53,7 % des voix, elle a simplement confirmé ce que tous savaient déjà : au Cameroun, on ne gagne pas contre le système. Car Biya, c’est moins un homme qu’une architecture de pouvoir. Un État à lui seul. Un dispositif verrouillé où la justice valide, l’armée veille et la peur discipline. L’opposition, divisée et désarmée, joue un match où l’arbitre porte le maillot du capitaine adverse.

Mais, paradoxalement, cette victoire ressemble à un crépuscule : à la fin d’un règne qui se prolonge sans partage, sans souffle, sans horizon. Car Biya ne gouverne plus – il préside à distance, depuis Genève, comme un monarque absent dont les serviteurs administrent le royaume. Il ne parle presque jamais, ne convoque plus de cabinet, ne fixe plus de cap. Ses ministres gouvernent par inertie, comme ces horloges qui continuent à tourner longtemps après qu’on a cessé de les remonter.

Le vrai drame, c’est que cette absence est devenue le mode de gouvernement. Elle a fait école. Elle a produit une élite politique sans boussole, qui attend tout d’un vieil homme et ne prépare rien pour l’après. Les fidèles du régime, pris dans une lutte silencieuse pour la succession, se surveillent, s’espionnent, s’immobilisent. Le pouvoir ne se partage pas, il se fige.

Et pourtant, le pays, lui, bouge – mais dans le désordre et la douleur. Les balles ont encore parlé à Douala et à Garoua. Les manifestations se sont tues dans le sang. Le fossé entre l’État et la rue n’a jamais été aussi profond. Dans les régions anglophones, la rébellion gronde, faute d’avoir été entendue. Ailleurs, c’est la pauvreté, le chômage et la désillusion qui nourrissent une colère froide. Un Camerounais sur trois vit sous le seuil de pauvreté et plus de la moitié des jeunes songent à partir.

Alors, peut-on encore gagner un match quand on joue à la fois contre l’adversaire et l’arbitre ? Non. Mais on peut refuser de quitter le terrain. Et c’est ce que fait la jeunesse camerounaise – cette génération qui n’a connu que Biya et qui commence à comprendre que la stabilité sans justice n’est qu’un autre nom de la stagnation.

Le paradoxe du Cameroun est là : une démocratie sans alternance, un président sans parole, un peuple sans espoir. Biya, en prolongeant son règne, achève de l’épuiser. Il confond continuité et éternité, oubliant que même les dieux, quand ils se taisent trop longtemps, cessent d’être crus.

L’Afrique change autour de lui. À Dakar, un président de 44 ans a pris le relais. À Tana, les militaires veillent après la révolte de la Gen Z. À Libreville, les palais tombent sans bruit. Partout, les peuples réclament le droit de respirer. Le Cameroun, lui, reste suspendu à un souffle : celui d’un vieil homme qui, chaque fois qu’il gagne, rapproche un peu plus son pays du vide. La victoire de Paul Biya n’est donc pas une fin : c’est un déni. Et le temps, ce vieil adversaire que même les dictateurs ne peuvent acheter, a déjà commencé à compter les jours.

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Dans un monde saturé de vieux pouvoirs – des Biya qui s’accrochent et des Trump qui s’imposent – surgit une autre voix : celle de Zohran Mamdani, 34 ans, fils d’immigrés ougandais et candidat à la mairie de New York. Hip-hoppeur devenu élu et socialiste assumé, il incarne cette génération qui ne veut plus choisir entre idéal et pragmatisme.

Il accumule non pas les mandats , m ai s les causes : logement abordable, bus gratuits, crèches universelles. Son discours ne cherche pas à séduire Wall Street mais à rallumer la foi dans la cité. Il n’a ni le costume de Cuomo ni la brutalité de Trump. Il a ce que l’époque réclame : une cohérence entre la parole et la vie.

New York, ville du brassage et des fractures, pourrait bien confier son destin à un homme qui incarne la diversité, non comme un slogan mais comme un souffle. Mamdani ne promet pas un miracle : il promet un mouvement. Et, dans un monde fatigué de rois et de faux prophètes, c’est déjà une révolution.

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