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Chagos

Les Mandarin, père et fils, vent debout contre le gouvernement britannique

2 novembre 2025, 18:00

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Les Mandarin, père et fils, vent debout contre le gouvernement britannique

Ils ne sont ni politiciens ni diplomates mais leur nom fait frémir dans les couloirs du pouvoir à Londres. Les Mandarin, père et fils, ont choisi d’affronter l’une des plus grandes puissances du monde : le gouvernement britannique. Leur combat ? Obtenir justice pour le peuple chagossien, dépossédé de sa terre natale depuis plus d’un demi-siècle. Au gouvernement britannique, ils réclament justice, reconnaissance et surtout, le droit pour leur communauté de décider librement de son avenir.

Michel Mandarin, âgé de 72 ans, est né à Peros Banhos, l’un des atolls paisibles de l’archipel des Chagos. Il avait 10 ans lorsque sa vie a basculé. Un matin, ses parents lui annoncent qu’un bateau est arrivé au large de l’île et qu’ils doivent «rentrer à Maurice». Sans comprendre, il quitte sa terre natale, arraché à son enfance, à ses animaux et à son île où il pensait vieillir.

À son arrivée à Maurice, la réalité est brutale. Sa grande famille erre de village en village, cherchant un toit et de quoi vivre. Ils finissent à Cassis, dans une grande cour appartenant à la famille Chazal. Son père, sans emploi, cherche désespérément du travail pour nourrir les siens. Le jeune Michel, déterminé à l’aider, enchaîne les petits boulots. «Nou ti sanze pei, me pa ti gagn pei. Dimounn ti ignore nou. Nou lidentité pa ti ena valer. Pou bann Morisien, nou ti zis bann zilwa», raconte-t-il.

Michel commence dans l’hôtellerie, avant de devenir débardeur au port. La vie est rude. «Ena fois, nou al fer demars, banla fer nou comprend ki nou pena nou plas isi. Si zordi nou finn rekonet kouma sitwayen britanik, ena enn rezon. Bondié li koné ki nou, bann Chagossien, nou finn traverse.»

Depuis son exil, Michel cherche inlassablement justice et réparation. Ses parents sont morts sans jamais avoir revu leur île. «Dan Moris, tou politisien kinn vini finn servi maler pep Chagos. Personne pa finn fer lager pou nou mama, la terre Chagos», s’indigne-t-il. Installé en Angleterre depuis près de quinze ans, Michel poursuit son combat sans relâche.

Son fils, Misley Mandarin, âgé de 47 ans, se décrit comme «Chagossien de source». Né en exil à Maurice, du fait de l’expulsion de ses parents, il n’a jamais réussi à s’y sentir chez lui. «Mo pa ti trouv mo plas laba. Mo pa ti gagn mo lidentité. Mo finn soufer boukou diskriminasyon», explique-t-il.

Son oncle, Fernand Mandarin, fut l’un des premiers à entamer une bataille pour la reconnaissance des droits des Chagossiens. Misley suit ses traces. En 2002, il quitte Maurice pour l’Angleterre et réalise un rêve d’enfant : intégrer la British Army.

Mais c’est en 2011, lors d’un voyage sur les terres de ses ancêtres, qu’il trouve sa véritable vocation. Sur une plage, il aperçoit deux raies géantes. «Mo finn gagn enn epifani. Mo finn realize ki mo bizin leve pou mo pep» confie-t-il. Dès lors, il s’engage pleinement dans la lutte pour les droits de son peuple.

En 2019, il intensifie sa mobilisation en publiant régulièrement des vidéos pour informer les Chagossiens de leurs droits. À cette époque, un projet de loi – le Nationality and Borders Bill – menace d’exclure certaines générations du droit à la citoyenneté britannique. «Se la ki mo finn koumans mo vre lager. Kan sa lalwa-la finn vini dan Parlement, mo finn dir non.»

Grâce à la mobilisation de militants comme lui, une victoire historique est obtenue le 20 novembre 2022 : les générations chagossiennes sont reconnues comme citoyens britanniques et du British Indian Ocean Territory. «Sa ti enn gran viktwar pou nou», se souvient Misley.

Mais le chemin reste semé d’embûches. Le gouvernement britannique exige que les nouveaux arrivants trouvent eux-mêmes un logement, alors que la majorité des familles chagossiennes vivent dans la misère. «Nou finn fer plizir propozision, me gouvernman finn fer sourd oreille. Mo finn pran bann rénn mo lamé. Mo finn organiz bann batch kot bann Chagossiens vini. Nou finn fors gouvernman pou akomod bann fami. Zot finn fer li, me li pa ti fasil.»

Aujourd’hui, environ 3 000 Chagossiens ont pu s’installer en Angleterre grâce à cette organisation communautaire. Mais la lutte continue. Lorsque le gouvernement conservateur a entamé des négociations avec Maurice sur la souveraineté des Chagos, la colère est montée d’un cran. «Kan gouvernman Labour, avek Keir Starmer, finn aksepte donn souverennte mo pei Maurice, nou finn dir non. Maurice zame finn dan linteret pep Chagos.»

Depuis, les Mandarin et leurs soutiens multiplient les actions : manifestations devant le Parlement, devant le haut-commissariat de Maurice, mobilisations sur les réseaux sociaux. Leur mot d’ordre : l’autodétermination. Les Chagossiens, en tant que peuple autochtone, veulent décider eux-mêmes de leur avenir.

L’affaire a désormais atteint un tournant décisif : le dossier est devant la Royal Courts of Justice, où un jugement est attendu la semaine prochaine. Les Mandarin peuvent compter sur des soutiens de poids, parmi lesquels des députés conservateurs comme Priti Patel, Andrew Rosindell, Henry Smith, ainsi que le Shadow Foreign Secretary et d’autres figures politiques britanniques.

«Sa fer plis ki 50 an ki nou pe lager pou nou drwa. Nou drwa bizin respekte. Ek tant ki nou pa gagn nou drwa, nou pou kontinie lager», affirme Misley Mandarin, la voix ferme.

Michel et Misley Mandarin, père et fils, unis par une même conviction : la vérité et la justice finiront par triompher. «Le peuple chagossien n’a pas disparu. Il réclame simplement ce qu’on lui a volé : sa terre, sa dignité et son droit d’exister.»

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